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Filière arboricole

 

II. DES DIFFICULTÉS CONJONCTURELLES AGGRAVÉES PAR UNE FRAGILITÉ STRUCTURELLE

A. UNE CONJONCTURE DIFFICILE

1. Des crises récurrentes depuis le début des années 90

Le secteur des fruits, se caractérisant par un difficile équilibre entre offre et demande, est marqué de façon récurrente par d'importantes variations des cours aboutissant souvent à des crises : d'offre lorsque toutes les régions produisent en même temps ou que le climat est particulièrement favorable ; de demande dans les cas inverses. La relative substituabilité d'un produit à l'autre renforce les effets de ces crises, la baisse du prix d'un produit entraînant avec elle celle des autres.

Des crises de nature climatique (gels de 1991, 1998 ou 2003) et sanitaire (apparition de maladies dites « émergentes », telles que sharka, xanthomonas, monilia...) sont apparues au cours de la dernière décennie et ont aggravé l'effet des crises de nature purement économique.

Ces crises économiques, dont les dernières ont eu lieu en 1999, 2000 et 20021(*), ont profondément fragilisé les exploitations et réduit de façon drastique des capacités d'investissement, faisant perdre à notre pays son avance en termes d'innovation variétale et de qualité des produits.

2. Des résultats inquiétants au cours des derniers exercices

 Selon les statistiques fournies par le Conseil national des centres d'économie rurale (CNCER)2(*), les résultats comptables de l'année 2004 révèlent une dégradation de la situation économique et financière des exploitations par rapport à l'année précédente.

Le résultat d'exploitation est ainsi passé de près de 50.000 euros à moins de 1.000 euros, du fait à la fois d'une baisse du prix des produits3(*) et d'une augmentation des charges. Si les producteurs de pommes sont parvenus à maintenir leur rentabilité, celle des producteurs de pêches s'est en revanche très sérieusement dégradée.

Plusieurs éléments expliquent les résultats particulièrement médiocres de l'année 2004 : de grosses difficultés d'écoulement dues à une faiblesse notable de la demande intérieure, du fait notamment du climat atypique de l'été ; une concurrence extérieure particulièrement dure, qu'il s'agisse des produits espagnols, grecs ou italiens, mais aussi marocains ou hollandais, pesant à la fois sur les prix internes et sur le niveau des exportations ; enfin, la mise en place par la grande distribution d'opérations promotionnelles ciblées pour une durée limitée, qui ont certes permis d'assainir le marché, mais ont sans doute également contribué à conserver des cours peu élevés.

 C'est une véritable situation de crise n'épargnant aucun produit à laquelle a été confrontée la filière durant l'année 2005. Faibles dès le début de l'année, les prix de vente à la production n'ont cessé de diminuer tout au long de l'été, passant rapidement au-dessous des coûts de production.

Ainsi, l'indicateur de marché du service de nouvelles des marchés (SNM), mis en place en 2005 en application de la loi du 23 février de la même année relative au développement des territoires ruraux, a d'ailleurs permis de notifier une situation de crise pour la quasi-totalité des fruits français.

Les pertes ont été très élevées pour les producteurs, la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) les ayant chiffrées à 8 à 9.000 euros à l'hectare en pommes, 8.000 euros à l'hectare en cerises et 5.000 euros à l'hectare en pêches-nectarines.

 S'il est bien évidemment trop tôt pour avoir des données significatives sur l'ensemble de l'année 2006, certains éléments tendent à nourrir les inquiétudes des professionnels du secteur. Ils s'expliquent sans doute en grande partie par la météo médiocre du mois de mai, qui n'a pas incité les consommateurs à acheter en quantité importante les premiers fruits d'été.

Ainsi, selon les chiffres communiqués par Interfel, les prix de la cerise au stade du détail au mois de mai sont inférieurs à ceux des années précédentes, de 6 % par rapport à 2005 et de 30 % par rapport à la moyenne des quatre dernières années, et ceci alors que le volume de récolte est d'un niveau similaire.

* 1 Hormis les deux derniers exercices, traités dans le paragraphe suivant.

* 2 Etude réalisée par le CNCER pour le compte de la FNPF, du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) et de l'Office national interprofessionnel des fruits, légumes et de l'horticulture (ONIFLHOR) pour l'année 2004, sur des exploitations dont 50 % du chiffre d'affaires au moins est issu de l'activité fruitière.

* 3 Le niveau moyen de prix des fruits a ainsi chuté de 32 % entre juillet 2003 et juillet 2004.