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La justice, de la gestion au management? Former les magistrats et les greffiers en chef

 

2. Les voies de la diversification

Une trop forte homogénéité des profils des entrants dans ces écoles, au profit des profils à dominante juridique et au détriment des profils plus gestionnaires, constitue un handicap relatif au regard de l'objectif fixé de pouvoir compter, dans les juridictions comme dans les SAR, de compétences affirmées en matière budgétaire et managériale au sens large.

Aussi, votre rapporteur spécial estime nécessaire d'encourager la diversification des profils au sein des promotions de l'ENM et de l'ENG, qui ont vocation à former les futurs gestionnaires des juridictions, au profit d'un rééquilibrage en faveur des diplômés en gestion ou des candidats ayant déjà une première expérience dans ce domaine.

Attirer les diplômés en gestion n'est, certes, pas chose facile. Par tempérament et par leur formation d'origine, ces diplômés ne sont pas spontanément portés à ambitionner de mener une carrière au sein de l'institution judiciaire. En outre, et de manière parfaitement compréhensible, le corps professoral des universités et des écoles de gestion n'incite pas ces étudiants à préparer les concours de la fonction publique. Le contraire constituerait, d'ailleurs, une dérive inquiétante pour la vitalité de notre économie.

Il ne s'agit, cependant, pas de ponctionner massivement cette population de diplômés en gestion au profit de la justice, mais, plus modestement et de manière plus réaliste, d'attirer à elle, en un flux continu et plus substantiel qu'aujourd'hui, quelques éléments qui puissent insuffler une culture différente parmi les magistrats et les greffiers en chef, une culture plus orientée vers la gestion et le management des hommes et des femmes.

Dans ce but, votre rapporteur spécial préconise une présence de l'ENG et de l'ENM sur les campus de recrutement organisés chaque année par la plupart des écoles et des universités de gestion. S'il ne semble pas envisageable, eu égard aux moyens humains et financiers limités de ces deux écoles, d'assurer une présence sur l'ensemble de ces nombreux campus, une sélection pourrait être opérée, dans un premier temps, pour ne retenir que les plus importants ou les plus proches de l'ENM et de l'ENG. Afin de limiter les dépenses en temps, en déplacement et en hommes engendrés par cette politique, les deux écoles pourraient, en outre, organiser une présence sur un stand commun.

Votre rapporteur spécial considère qu'il n'y a aucune fatalité à ne pouvoir drainer vers le concours de ces deux écoles qu'un nombre marginal de diplômés en gestion. Il estime, au contraire, que ce déficit trouve l'une de ses explications dans l'absence d'information sur les concours ouverts et les carrières offertes par l'ENM et l'ENG. Si la concurrence par les salaires offerts par le privé à ces diplômés peut paraître un obstacle, celui-ci n'est pas insurmontable et nombre de fonctionnaires de l'Etat, et parmi les plus brillants, ont fait le choix du service public en tenant compte d'autres critères que des considérations simplement financières.

Afin de favoriser cette diversification des profils, votre rapporteur spécial estime, par ailleurs, souhaitable de faire évoluer les épreuves du concours d'entrée de l'ENM et de l'ENG en y introduisant une composante liée à la gestion.

Ces épreuves sont, en effet, aujourd'hui exclusivement centrées sur des matières juridiques. Une ouverture au domaine de la gestion, avec des épreuves, éventuellement facultatives, portant sur le contrôle de gestion, les finances, la gestion des ressources humaines ou encore le management des organisations, contribuerait à accroître les chances de réussite au concours de profils gestionnaires, jusqu'ici parfaitement atypiques.