Allez au contenu, Allez à la navigation



Réformer la protection sociale : les leçons du modèle suédois

 

f) La bonne gestion d'un système de retraite implique de pouvoir faire face aux chocs extérieurs

Tous les régimes de retraite, quels que soient leurs fondements, sont susceptibles de subir des chocs démographiques, économiques et financiers. Les éviter suppose un pilotage approprié, autorisant une intervention aussi précoce que possible avant la survenance des problèmes.

En Suède comme ailleurs, le rôle du pilote, c'est-à-dire des pouvoirs publics et des partenaires sociaux, consiste à jouer sur tous les leviers disponibles pour prendre les décisions les plus efficaces sur le long terme. Ces leviers sont aujourd'hui bien connus.

L'amélioration des recettes passe essentiellement par une hausse du taux de cotisation plus forte que celle des droits acquis et/ou l'augmentation de la durée de cotisation et/ou la constitution anticipée de réserves significatives avant que le régime n'arrive à maturité.

La limitation des dépenses repose principalement sur l'évolution du niveau des retraites (diminution de la valeur de service du point et/ou la réduction des droits acquis), voire des droits dérivés, et/ou la baisse de la durée moyenne de perception des pensions (report de l'âge de cessation d'activité).

Mais en pratique, piloter un régime de retraite constitue toujours un exercice difficile, car les mesures susceptibles d'être prises :

- ne produisent pas un effet de même ampleur ;

- ne présentent pas la même difficulté d'un point de vue politique ;

- ne produisent pas un effet avec la même rapidité ;

- ne touchent pas les mêmes catégories d'assurés ;

- sont susceptibles de produire des effets paradoxaux et illusoires.

Dans ce contexte, le mode de gouvernance original du système de retraite suédois constitue son principal point fort. Ses mécanismes d'ajustement sont suffisamment souples et précis pour viser un équilibre pérenne : les conditions de son équilibre à long terme sont assurées. A l'inverse, les grands régimes français, comme la Cnav ou l'Agirc/Arrco, ne peuvent ambitionner que de « maintenir une distance de sécurité » en repoussant la date à laquelle une crise de solvabilité est susceptible de se produire. Cette stratégie alternative, bien moins ambitieuse, suppose quand même l'intervention de mesures nouvelles à intervalles réguliers pour préserver le système.

Interrogé par la Mecss, Ole Settergren a souligné avec force que les gestionnaires d'un système de retraite ne peuvent que concevoir un système transférant les chocs externes, soit au niveau des pensions, soit au niveau des cotisations. Il est impossible de faire abstraction de ces chocs extérieurs. Dans ce contexte et jugeant au surplus les taux de cotisation actuels déjà très élevés, les pouvoirs publics suédois ont voulu disposer de mécanismes de pilotage souples et automatiques qu'ils jugent à l'usage très fiables.