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Avenir du fret ferroviaire : comment sortir de l'impasse ?

20 octobre 2010 : Avenir du fret ferroviaire : comment sortir de l'impasse ? ( rapport d'information )

I. III. LES PROPOSITIONS DU GROUPE DE TRAVAIL

A. RENFORCER LA QUALITE DE SERVICE DES OPÉRATEURS FERROVIAIRES

Proposition n° 1 : réaliser au plus vite les « corridors de fret » afin de faire émerger un réseau ferroviaire européen compétitif

De manière générale, votre groupe de travail considère que le fret ferroviaire doit être encouragé dans les domaines où il apporte une réelle valeur ajoutée. Il n'existe pas en soi de mode de transport optimal, tout dépend de la distance, du type de marchandise, de leur quantité et des délais imposés. Le transport ferroviaire est pertinent sur longue distance, pour des marchandises lourdes, en grande quantité et qui ne doivent pas être livrées dans des délais trop serrés. Le transport routier, que l'on s'en félicite ou non, demeurera longtemps encore le mode de transport prépondérant en France grâce à sa flexibilité. Il est clair que même si l'on parvient à faire payer à la route l'intégralité des coûts qu'elle génère, à travers l'intégration de la totalité des coûts externes, le transport routier de marchandises restera à moyen terme le mode de transport dominant dans notre pays. Même aux Etats-Unis, le chiffre d'affaires du fret ferroviaire représente moins d'un dixième de celui du transport routier37(*).

A cet égard, il paraît évident que la France doit réaliser en priorité les « corridors de fret » afin de faire émerger un réseau ferroviaire européen compétitif. Un règlement communautaire en cours d'élaboration38(*) prévoit ainsi neuf corridors de fret39(*) dans l'Union -avec des délais de réalisation oscillant entre trois et cinq ans- dont trois concernent l'hexagone. Le premier reliera Rotterdam à Metz, Dijon et Lyon, le second Lisbonne (ou Leixoes) ainsi que Madrid à Bordeaux et Metz, tandis que le troisième raccordera Almeria en Espagne à Marseille et Lyon et desservira in fine la Slovénie et la Hongrie. Comme le recommande le Centre d'analyse stratégique, il convient de « mettre en place un nouveau modèle industriel du transport ferré de fret à l'échelle de l'Europe », privilégiant les « trains lourds et longs sur des sillons de bonne qualité », voire sur des « axes dédiés »40(*).

Proposition n° 2 : privilégier une logique de la demande, au service des entreprises

La majorité des acteurs privés auditionnés par votre groupe de travail ont plaidé pour le passage d'une « logique d'offre » à une « logique de la demande » en matière de fret ferroviaire, en visant en particulier Fret SNCF. Le développement d'infrastructures ferroviaires et de services doit répondre aux besoins des chargeurs et des clients, comme l'a souligné Monsieur Nicolas Paulissen, délégué général adjoint de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR). La France a longtemps privilégié une logique de l'offre sans rencontrer le succès escompté, alors qu'il est impératif d'organiser le système de fret à partir des attentes des clients. Il paraît aujourd'hui indispensable que la SNCF s'inspire des méthodes d'encadrement utilisées dans les entreprises privées et de leur organisation du travail pour renforcer sa compétitivité et améliorer son approche client.

Votre groupe de travail regrette ainsi que la SNCF ne mette pas l'accent sur le développement de ses équipes commerciales afin de drainer de nouveaux clients ou, à tout le moins, d'endiguer ses pertes de part de marché. Les nouvelles entreprises ferroviaires ont, quant à elles, clairement fait le choix d'une politique volontariste, en démarchant les entreprises susceptibles d'être intéressées par le transport ferroviaire de marchandises. Ce n'est que grâce à une démarche pro-active, prenant en compte les attentes des entreprises clientes, que le volume global de marchandises transportées par voie de fer en France pourra augmenter.


* 37 Selon les informations fournies par la Federal Railroad Administration, le chiffre d'affaires du fret ferroviaire ne représente que 57 milliards de dollars par an en 2008 contre 680 pour le fret routier.

* 38 Cf. la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil relatif au réseau ferroviaire européen pour un fret compétitif, E4193 - COM (2008) 852 final du 11/12/2008.

* 39 Un corridor de fret désigne des lignes de fret continues entre plusieurs États-membres.

* 40 Cf. op. cit, p. 93.