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Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger (Auditions)

3 avril 2013 : Dérives thérapeutiques et dérives sectaires : la santé en danger (Auditions) ( rapport d'information )
Audition de M. Daniel KIEFFER, directeur du Collège européen de naturopathie traditionnelle holistique (Cenatho) (mardi 26 février 2013)

Mme Muguette Dini, présidente. - Mes chers collègues, nous recevons M. Daniel Kieffer, directeur du Collège européen de naturopathie traditionnelle holistique (Cenatho). Notre réunion d'aujourd'hui n'est pas ouverte au public. M. Kieffer, me confirmez-vous que vous n'avez pas donné votre accord pour que cette audition fasse l'objet d'une captation vidéo ?

M. Daniel Kieffer. - En effet.

Mme Muguette Dini, présidente. - Je précise à l'attention de M. Daniel Kieffer que notre commission d'enquête s'est constituée à l'initiative de M. Jacques Mézard, qui est notre rapporteur.

Je vais maintenant, conformément à la procédure applicable aux commissions d'enquête, demander à M. Daniel Kieffer de prêter serment.

Je rappelle qu'un faux témoignage devant notre commission serait passible des peines prévues aux articles 434-13, 434-14 et 434-15 du code pénal.

Monsieur Kieffer, veuillez prêter serment de dire toute la vérité, rien que la vérité, levez la main droite et dites : « Je le jure ».

M. Daniel Kieffer. - Je le jure.

Mme Muguette Dini, présidente. - Ainsi que vous en avez été informé, notre audition est prévue pour durer 45 minutes. Je vous invite donc à prononcer un court exposé introductif, puis mon collègue Jacques Mézard, et les sénateurs membres de la commission vous poseront quelques questions.

Je précise à l'attention de M. Kieffer que notre commission d'enquête s'est constituée à l'initiative de M. Jacques Mézard, qui est notre rapporteur.

Ainsi que vous en avez été informé, notre audition est prévue pour durer quarante-cinq minutes. Je vous invite donc à prononcer un court exposé introductif, puis mon collègue Jacques Mézard, et les sénateurs membres de la commission vous poseront quelques questions.

Monsieur Daniel Kieffer, vous avez la parole.

M. Daniel Kieffer, directeur du Collège européen de naturopathie traditionnelle holistique (Cenatho). - Je me réjouis d'avoir l'opportunité historique d'ouvrir un dialogue transparent avec les élus de la Nation, et vous en remercie chaleureusement, Mesdames et Messieurs les sénateurs. Je vais faire une présentation très simple de notre discipline, la naturopathie. Elle est née aux Etats-Unis, où le mot apparaît pour la première fois en 1896. En 1902 est fondée la première école, dans l'Oregon, et, à la veille de la crise de 1929, la naturopathie compte quelque milliers de professionnels et vingt écoles.

Ce courant hygiéniste se développe en Europe dans les années 1935-1940, où sont fondées les premières écoles, de façon informelle à l'époque et empirique. Il faut attendre 1985 pour voir naître la Fédération française de naturopathie (Fenahman), qui regroupe les principaux chefs d'école. Le niveau de compétence, l'éthique et la déontologie de la profession sont établis. En 1982 était née l'Omnes (Organisation de la médecine naturelle et de l'éducation sanitaire), l'association à vocation syndicale de la profession, qui donne accès à l'assurance professionnelle et qui assure également la formation continue.

Une autre date intéressante : à la suite du rapport Collins-Lannoye, la résolution européenne du 29 mai 1997 invite les Etats membres à considérer avec bienveillance l'intégration des médecines dites non conventionnelles dans les pays membres. En 2000, la naturopathie était intégrée dans dix Etats membres sur quinze, notamment en Allemagne et dans les pays scandinaves, en Grande-Bretagne, etc.

Elle se définit comme la synthèse des méthodes naturelles de santé, à vocation préventive, éducative et pédagogique. Elle promet également le rétablissement de la santé dans les troubles mineurs, lorsqu'un diagnostic préalable a été posé par le médecin, en améliorant la qualité et l'hygiène de vie. Le naturopathe est un éducateur de santé. Son champ d'action, comme le recommande l'OMS (Organisation mondiale de la santé), est la prévention active primaire, passant par l'hygiène et la qualité de vie, le bien-être au sens global, tel que l'entend la définition de la santé de l'OMS.

La naturopathie se situe davantage du côté des médecines naturelles que des médecines douces (homéopathie, mésothérapie, acupuncture, phytothérapie, aromathérapie...) dont l'exercice relève de la médecine. Ces disciplines ne sont pas enseignées en naturopathie. La naturopathie ne pose pas de diagnostic et ne propose pas de traitement de maladie : elle vise la prévention, la promotion de la santé et de la qualité de vie. Lorsque nous recevons des personnes atteintes de troubles mineurs, nous ne faisons jamais ingérence dans un traitement médical en cours : nous coachons, nous délivrons des conseils portant sur l'alimentation - en insistant sur les bénéfices de l'alimentation bio -, sur l'hygiène corporelle, la gestion du stress, le contact avec les éléments naturels, la qualité du sommeil ou de la respiration - et une conscience écologique, bien évidemment.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Très schématiquement, si vous deviez définir en peu de mots la « Naturopathie holistique », vous le feriez comment ?

M. Daniel Kieffer. - Synthèse des méthodes naturelles de santé préventive orientées sur la qualité de vie sur tous les plans de l'être. Le mot holistique appartient aujourd'hui aux sciences humaines et définit une approche globale sur les différents plans de l'être et surtout dans l'interrelation entre ces plans, notamment dans les relations entre l'être humain et l'environnement.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Quel est le sens d'un registre national des naturopathes pour une profession non-réglementée ?

M. Daniel Kieffer. - Nous déplorons justement ce vide juridique. Il s'agit d'un répertoire des professionnels ayant fréquenté les écoles affiliées à la Fenahman (Fédération française de naturopathie). Faute de cadre légal, la profession s'est auto-organisée, avec un cursus de 1 600 heures académiques et 4 400 heures de formation au total.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Pour être un bon praticien, les élèves doivent-ils posséder des connaissances spécifiques, notamment en anatomie ?

M. Daniel Kieffer. - Les élèves sont pour la plupart en reconversion professionnelle et issus de formations diverses. 10 % à 20 % viennent du secteur médical ou paramédical. Nous leur demandons d'avoir vingt-trois ans au minimum et le bac. La formation en anatomie, physiologie et pathologie correspond à celle des études d'infirmier. Je ne parle pas des soins, mais des sciences fondamentales.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Quelles sont les obligations du praticien envers le Cenatho ?

M. Daniel Kieffer. - Je ne peux répondre que pour les 500 affiliés au registre des naturopathes, car il existe environ 1 000 naturopathes travaillant hors cadre : ceux-là attendent que la loi évolue et en attendant, gardent un job à mi-temps, ce qui est prudent dans le contexte de crise actuelle. Nos affiliés assurent des heures de formation, ont obtenu un diplôme de fin d'études devant un jury, suivi un cours de droit et de déontologie donné par Me Isabelle Robard. Nous avons également un examen national, fondé sur un tronc commun aux six écoles affiliées. A cette occasion, nous vérifions que chaque école joue le jeu du niveau de la formation.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Quel sont les taux de réussite ?

M. Daniel Kieffer. - De l'ordre de 80 %. Nos affiliés disposent des assurances requises en matière professionnelle, civile et juridique. Nous leur demandons de faire un minimum de formation continue annuelle. Ils ont également prêté serment sur le code de déontologie.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Tout relève de votre structure.

M. Daniel Kieffer. - De la structure nationale dont je suis le président pour l'instant seulement.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Vos adhérents s'engagent à respecter les règles. Payent-ils une cotisation ?

M. Daniel Kieffer. - Oui, équivalente à celle d'un syndicat professionnel.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Y a-t-il eu des exclusions ?

M. Daniel Kieffer. - De mémoire, je ne connais pas de cas d'exclusion pour faute grave, et nous n'avons enregistré aucune plainte émanant des assurances.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Votre formation est en rapport direct avec la santé. Vous vous situez davantage en amont qu'en aval. Ce qui nous interpelle, ce sont les dérives possibles. Votre site renvoie par exemple à l'association Alliance pour la santé. Vous êtes membre de son comité de pilotage. Cette association milite pour le respect du « libre choix thérapeutique ». Qu'entendez-vous par là ? Est-ce à dire qu'il n'y a pas de libre choix thérapeutique en France ?

M. Daniel Kieffer. - Il y a un libre choix partiel, mais l'information circule trop peu. Nous déplorons le manque de circulation de l'information. Les patients doivent s'informer eux-mêmes, sur Internet ou par le bouche à oreille, si par exemple, ils veulent consulter un sophrologue ou un ostéopathe. Ce sont des professions qui sont encore en marge. L'objectif de l'association Alliance pour la santé, c'est le rassemblement des médecines. Nous sommes les premiers en France à militer pour une « médecine intégrative » comme elle existe déjà dans douze Etats américains, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada britannique, en Inde et, en Europe, ce système commence à venir en Suisse, en Allemagne, en Grande-Bretagne et dans les pays scandinaves. Il s'agit de promouvoir un partenariat respectueux entre des médecins et des non-médecins, chacun dans le respect des différences et des compétences des uns et des autres ; on peut voir aujourd'hui en Grande-Bretagne, dans le même hôpital, un médecin poser le diagnostic, un naturopathe délivrer des conseils pour gérer le stress lié à la pathologie, et un acupuncteur chargé de soulager la douleur. Ce système serait la conciliation entre toutes professions pour arrêter de se faire la guerre ; cessons de nous méconnaître !

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Qui fait la guerre à qui ?

M. Daniel Kieffer. - Certains médecins sont assez souvent inquiétés lorsqu'ils donnent l'apparence de l'exercice illégal. Les naturopathes n'encourent presque jamais ce reproche. On n'a pas eu ce souci depuis quasiment dix ans. J'ai su que quelqu'un qui se disait naturopathe, mais qui était autodidacte, il y a deux ans, en Bretagne, avait refusé des soins à son enfant : de telles personnes sont la honte de la profession. Cela n'existe pas chez nous. Si la profession était encadrée au même titre qu'une profession de santé - pas forcément paramédicale -, des études mesurant son efficacité et son innocuité seraient possibles. Vous savez que ces études sont sponsorisées par les laboratoires, en grande partie par les laboratoires pharmaceutiques. Or nous ne prônons pas l'automédication ou la surconsommation de médicaments. De ce fait, nous n'avons pas accès aux aides financières. En outre, la reconnaissance de notre profession aurait l'avantage de garantir que nous n'empiétons pas sur le territoire de la médecine.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Vous dénoncez l'absence de liberté thérapeutique... Je ne vois pas où est l'absence de liberté dans le système actuel !

M. Daniel Kieffer. - C'est plutôt le manque d'information que nous dénonçons.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - L'information pullule sur internet ! Vous nous indiquez que vous n'avez pas l'appui des laboratoires. Mais vous proposez dans votre école de l'eau « osmosée dynamisée Mélusine » et des « bols d'air Jacquier ». Vous dites que vous n'avez pas l'appui des laboratoires... Mais il y a bien des gens qui fabriquent ça ! Ce sont des boîtes qui ont un lien avec vous ?

M. Daniel Kieffer. - Non. Ce sont juste des produits de qualité de vie que j'offre aux étudiants. Par ailleurs, ce sont de très petites boîtes ! C'est une question de zéros...

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Cette Alliance pour la santé - vous êtes membre de son comité de pilotage - tient semble-t-il des propos qui peuvent paraître inquiétants. Au sujet du dépistage du cancer du sein, il est écrit sur son site : « Malgré ces méthodes de très forte incitation, voire de coercition, les preuves scientifiques étayant ce dépistage sont de plus en plus controversées. Le bénéfice en terme de mortalité est constamment revu à la baisse, et tant le surdiagnostic que le surtraitement ont des conséquences néfastes de mieux en mieux connues et importantes. Avant de prendre la décision de pratiquer ce dépistage, mieux vaut avoir eu accès à une information sur ces points ». Je doute que ces propos soient raisonnables. Dans la version originale de cet article, le dépistage du cancer du sein est considéré comme « le plus inutile et plus dangereux des dépistages ». Il comporterait de nombreux risques selon l'auteur de l'article.

M. Daniel Kieffer. - Sans aucune hésitation, je cautionne votre indignation. Ces propos, que je découvre avec vous, sont intolérables sur le site de notre association et je m'engage à les faire disparaître dès demain. Je suis scandalisé.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Vous comprenez les difficultés que peuvent générer un certain nombre d'informations pour la santé de nos concitoyens. Incitez-vous les gens à se passer des soins traditionnels ?

M. Daniel Kieffer. - En aucun cas, et en aucune façon. Cela fait partie des bases de notre déontologie.

M. Jacques Mézard, rapporteur. -Vous êtes l'auteur d'un ouvrage de 302 pages intitulé Vaincre la grippe : avec ou sans vaccin.

M. Daniel Kieffer. - Ce livre, qui prône la prévention et le renforcement des défenses naturelles, a été un échec commercial complet. On a vendu à peine 500 livres. Nulle part vous n'y trouverez d'incitation à ne pas se faire vacciner. C'est un livre qui parle plutôt de « terrain », de prévention pour que chacun résiste mieux.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Nous ne voulons pas de dérives dans ce domaine par rapport aux politiques de vaccination qui ont une utilité très claire pour la santé de nos concitoyens.

M. Daniel Kieffer. - Il n'y a aucun cours sur la vaccination dans aucune des écoles relevant de la Fenahman. La vaccination est laissée au libre discernement de chacun.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Et de la loi ! Vos praticiens délivrent-ils des ordonnances ?

M. Daniel Kieffer. - Ils délivrent des conseils d'hygiène de vie, un programme d'hygiène vitale, au quotidien. Cela peut aller jusqu'à apprendre à faire ses courses dans des magasins « bio », lire les étiquettes. On apprend aux jeunes à avoir une conscience écologique...

M. Jacques Mézard, rapporteur. - J'ai découvert récemment le système du « bol d'air Jacquier »...

M. Daniel Kieffer. - Jacquier était un ingénieur, il est décédé il y a deux ans. Il a inventé ce système dans lequel l'huile essentielle de pin des landes est traitée par un arc électrique particulier qui optimise l'oxygénation du corps. En respirant pendant trois minutes l'aérosol de pin des landes, le transport d'oxygène du poumon à la cellule peut être multiplié par six. Une étude toute récente montre que système aide aussi à perdre du poids.

Mme Hélène Lipietz. - L'huile de pin coûte très cher.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Quid de l'eau Mélusine ?

M. Daniel Kieffer. - Elle est obtenue par un procédé de purification de l'eau dite « osmose inverse ». La lumière la dynamise.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Que demandez-vous aux pouvoirs publics ?

M. Daniel Kieffer. - Nous voulons un cadre institutionnel, comme nos voisins européens. Le mois dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a proposé une loi-cadre pour la Lombardie. La Suisse, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, les pays scandinaves et le Portugal ont une loi-cadre.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Ce sont des choix qui leur appartiennent. Tout le monde ne prône pas dans son pays la création d'une Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Que vous apporterait cette reconnaissance ?

M. Daniel Kieffer. - Elle nous garantirait la sécurité professionnelle, inciterait des écoles à ouvrir, des élèves à choisir ces formations. L'ostéopathie qui a obtenu ses lettres de noblesse en sait quelque chose. C'est un enjeu en termes de création d'emplois et de santé publique. Nos pratiques garantissent moins de coûts pour les maladies chroniques. La naturopathie est d'intérêt national : c'est le « chaînon manquant dans le panorama de la santé publique ».

M. Gérard Roche. - Votre description est bien sympathique : prévention, confort de vie, qualité de vie... Mais je crains que des personnes fragilisées, appréhendant la médecine, ne trouvent un refuge dans la naturopathie. Des sportifs compulsifs sont aussi tentés par la naturopathie, et en finissent par confondre alimentation et armoire à pharmacie...

Vous vous faites appeler naturopathes : vous êtes censés délivrer un soin, or, vous faites de la prévention. Ce que nous craignons, c'est que des personnes présentant des symptômes de maladies graves ne soient pas détectées. J'ai vu des cas de lymphomes plusieurs fois. Il est important que vous vous en teniez à la prévention sans entrer dans le soin. N'y aurait-il pas une troisième étiquette possible, qui ne soit ni soin ni prévention ?

M. Daniel Kieffer. - Il ne serait pas absurde d'introduire dans le code de la santé publique un chapitre sur les « professions de santé préventives ». Mais vous avez raison. Nous avons pris modèle sur les Allemands qui ont mis la barre assez haut en matière de pathologies d'exclusion. Nous apprenons à déceler les signes qui permettent d'orienter immédiatement les gens qui viennent nous voir vers le médecin si c'est nécessaire.

Sinon, quand le client vient, le diagnostic est déjà fait.

M. Gérard Roche. - Je connais quelques naturopathes : ils sont soit médecins, soit infirmiers. Sans cette formation, je doute qu'on puisse déceler les symptômes.

M. Daniel Kieffer. - C'est la raison pour laquelle, au risque d'être qualifié d'alarmistes, nous préférons prévenir, au moindre signe.

M. Gérard Roche. - J'ai moi-même été un « sportif compulsif » ; je pratiquais le vélo. Je connais ces dérives, de la naturopathie vers l'alimentation sportive, voire le dopage. Une autre dérive possible est le refus de consulter la médecine traditionnelle. Enfin, il y a ce risque de ne pas voir le symptôme.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - On connaît les dérives liées au jeûne.

M. Daniel Kieffer. - Nous ne le prônons pas : tout au plus conseillons-nous une diète de 24 heures après un excès.

Mme Muguette Dini, présidente. - Quelles relations entretenez-vous avec les autres médecines non conventionnelles ?

M. Daniel Kieffer. - Des relations occasionnelles, de personne à personne. Nous utilisons peu les autres techniques : kinésiologie, réflexologie... La kinésiologie et le reiki ne sont pas enseignés en naturopathie. Ce sont des techniques mineures pour nous.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Utilisez-vous des iridoscopes professionnels ? De quels autres matériels disposez-vous ?

M. Daniel Kieffer. - Oui. Nous enseignons l'iridologie, nous pratiquons la relaxation, des massages relaxants. En ce cas, nous travaillons bien sûr sur table de massage.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Vous possédez également des appareils de neutralisation des nuisances électromagnétiques et environnementales.

M. Daniel Kieffer. - Vous êtes bien renseigné ! Les gens sont en effet inquiets au sujet des portables et du wifi. J'ai acheté les trois appareils existant sur le marché pour rassurer les élèves. Nous avons un système agrée par l'Afssap (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Les autres sont peut-être des placebos mais ils font leur effet. Mais ce n'est pas pour ça que les élèves viennent au Cenatho.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Votre réponse a le mérite d'être sincère, mais elle pose problème. Une foule d'appareils de neutralisation des ondes sont sur le marché ; ils inondent les salons du bien-être et autres : vous l'avez vu vous-même : on y voit une collection d'objets charlatanesques incroyables. Or, aucun n'a fait ses preuves et financièrement, l'enjeu est lourd. Je ne peux être d'accord avec vous.

M. Daniel Kieffer. - Je vous suis sur les produits charlatanesques. Ça fait peur parfois. Nous avons choisi les appareils les plus sérieux au niveau européen. On parle bien, en école d'architecture, du Feng shui et de l'importance des prises de terre et de la neutralisation des nuisances de l'environnement.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Il ne faut pas encourager les élèves dans cette voie. En tant qu'élus locaux, nous connaissons les conséquences de ces alertes qui font peur sans raison à nos concitoyens. On utilise la protection de la santé pour faire peur.

Mme Muguette Dini, présidente. - Quel est le prix des consultations chez un naturopathe ? Quel est la durée des séances ? Est-elle fonction de la personne ?

M. Daniel Kieffer. - Une séance coûte de 50 à 100 euros et dure d'une heure à 1 heure 30. C'est la fourchette proposée par la Fédération.

Mme Muguette Dini, présidente. - Peut-on vivre de ce métier si on travaille à temps complet ?

M. Daniel Kieffer. - Il faut deux ans pour se créer une clientèle, avec beaucoup de communication, car les gens ne « tombent pas du ciel comme ça ». Les revenus sont de l'ordre d'un à deux Smic au bout de deux ans.

Mme Muguette Dini, présidente. - Quelles sont la durée du cursus et son coût ?

M. Daniel Kieffer. - Il dure quatre ans et coûte 10 000 euros, trois fois moins cher que celui d'ostéopathe. Nous délivrons aussi une formation continue, deux week-ends par an.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Ne craignez-vous pas que vos clients se coupent peu à peu de la médecine traditionnelle ? Qu'à force de manger tels légumes ou tels fruits, on se dise que les antibiotiques ne servent plus à rien ? Avez-vous constaté des dérives ? Comment lutter contre ?

M. Daniel Kieffer. - En France, c'est rare. Les dérives existent plus en psychologie, avec certaines techniques, notamment l'hypnose, le rebirth. Des dérives en naturopathie ont eu lieu au Québec. C'est peut-être une question de culture : dans ce pays, les manipulations mentales semblent plus fréquentes. Hormis ce prétendu naturopathe breton dont j'ai parlé plus tôt et qui a été à l'origine de la mort d'une petite fille, je ne vois pas de cas chez nous. Il faut dire que nous ne cautionnons pas le végétalisme, le jeûne long, ou le 100 % cru. Nous ne sommes ni caricaturaux, ni fanatiques. Mais bien sûr, nous ne sommes pas à l'abri d'un naturopathe autodidacte qui ferait n'importe quoi... C'est pourquoi nous réclamons un cadre institutionnel.

M. Gérard Roche. - Les malades ont deux catégories de peurs : peur des soins, et peur du diagnostic. Le danger, ce serait qu'ils se réfugient chez vous et se coupent de la médecine traditionnelle.

M. Daniel Kieffer. - Une fatigue, ou une perte de poids non expliquées, des douleurs, une fièvre et nous envoyons immédiatement la personne chez le médecin. Nous avons autant d'amis médecins que non-médecins.

Mme Dini, présidente. - Qu'est-ce que l'iridologie ?

M. Daniel Kieffer. - L'examen de la partie colorée de l'oeil renseigne sur la constitution et les prédispositions d'une personne.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Y-a-t-il des données scientifiques ?

M. Daniel Kieffer. - Elles nous viennent d'Allemagne, qui compte 22 000 praticiens, contre 500 en France. Attention toutefois à ne pas confondre ce que certains nomment à tort « iridodiagnostic » avec un diagnostic. L'iridologie décèle, par exemple, un faible potentiel digestif, une prédisposition au stress.

M. Jacques Mézard, rapporteur. - Je vous remercie.