B. LE PLAN MATHÉMATIQUES, UN SUCCÈS QUI DOIT ÊTRE ACCOMPAGNÉ PAR UN RÉEL EFFORT BUDGÉTAIRE

1. Les avancées du Plan mathématiques en matière de formation continue doivent être soulignées
a) Le plan mathématiques a pour objectif de répondre à la baisse de niveau constaté dans la discipline

En 2017, le Gouvernement a confié à MM. Cédric Villani et Charles Torossian une mission d'évaluation portant sur l'enseignement des mathématiques , afin de pallier la baisse de niveau constatée lors des évaluations nationales. La mission s'inspirait de la commission de réflexion sur l'enseignement des mathématiques, en place de 1999 à 2003. Le rapport rédigé par la mission a été remis au ministre en février 2018 28 ( * ) .

Les 21 propositions qui y sont avancées concernent cinq axes prioritaires : la priorité au premier degré, la transmission didactique des mathématiques, l'approche des nombres et calculs, la formation continue et professionnelle des enseignants et enfin le pilotage et l'évaluation du « plan mathématiques » devant faire suite aux propositions du rapport .

S'agissant de la priorité au premier degré, qui a toujours été défendue par le rapporteur spécial, le plan mathématiques s'articule autour d'un volet pédagogique (enseignement par les méthodes dites « explicites », accent mis sur les différentes étapes d'apprentissage), mais surtout sur une refonte de la formation initiale et continue , qui concerne d'ailleurs également, quoique sous d'autres modalités, le second degré.

L'objectif du plan « mathématiques », dont M. Torossian veille au déploiement depuis 2019, est de coordonner l'ensemble des mesures relatives à l'enseignement des mathématiques et de redonner de la visibilité à la discipline, en permettant la mise en place des 21 mesures issues du rapport d'ici 2023. Actuellement, la plupart d'entre elles sont partiellement ou totalement mises en oeuvre, ce que le rapporteur spécial salue .

b) Dans le premier degré, le succès du modèle des constellations

Le plan « mathématiques » se voulait être l'instrument d'un changement radical dans le modèle de formation continue. Depuis la rentrée 2019, sont donc mises en oeuvre des « constellations » sur le modèle asiatique. Le principe est celui de la formation entre pairs : un petit groupe d'enseignants, soit 6 à 8 professeurs des écoles , se réunissent autour d'un formateur, le référent mathématiques de circonscription (RMC), qui n'est pas nécessairement un supérieur hiérarchique.

S'agissant de la formation des référents mathématiques de circonscription, ils bénéficient de six jours de formation en académie et de deux jours de formation nationale . En septembre 2020, on comptait près de 1 600 référents, contre 1 200 en septembre 2019.

Le rapporteur spécial considère que le système des constellations permet de répondre à plusieurs des critiques relatives à la formation continue, et que le déploiement des groupes de travail est un succès . Les enseignants se sont visiblement investis dans la réforme, dès lors qu'on dénombre aujourd'hui 5 260 constellations (3 168 en 2019), soit près de 40 000 professeurs concernés . Ces chiffres démontrent une montée en charge rapide du dispositif, dans la mesure où la cible initiale était la création de 5 000 constellations en 2021, seuil dépassé dès 2020.

L'objectif est de former un sixième des enseignants chaque année ce qui conduirait la première phase du processus à s'achever en 2026.

c) Dans le second degré, des mesures qui demeurent soumises à la volonté des établissements

En collège et en lycée, la principale réforme dans le cadre du plan « mathématiques » est la mise en oeuvre des laboratoires de mathématiques (« Labomaths »). L'objectif est d'expérimenter un lieu de formation au sein de chaque établissement pour les professeurs de toutes disciplines. Ils devraient également favoriser les échanges entre les professeurs du secondaire et de l'enseignement supérieur, des enseignants chercheurs pouvant se rendre dans ces laboratoires.

La création d'un laboratoire de mathématiques repose sur le chef d'établissement, dans le cadre d'un pilotage partagé entre le chef d'établissement, le recteur et le coordinateur local du plan « mathématiques » .

Lors de leur création en 2019, près de 150 laboratoires étaient ouverts. Leur nombre est en augmentation régulière pour atteindre 256 en 2021 , dont un tiers en lycée environ. Le rythme d'installation prévu par le plan « mathématiques » est de 50 nouveaux laboratoires par an, pour atteindre 700 laboratoires en 2023 . À cette date, 600 collèges sur 5 000 devraient être les « têtes de réseau », afin d'accueillir leurs enseignants comme ceux des établissements proches.

Répartition des laboratoires de mathématiques par académies en mai 2021

Source : site internet du Plan mathématiques

Les formations mises en oeuvre dans les laboratoires en ligne portent sur un grand nombre thèmes, autour de l'informatique, la modélisation, les interactions avec les autres disciplines, mais également des problématiques pédagogiques comme la différenciation pédagogique ou la didactique. Le plan mathématiques préconise de mettre ces laboratoires en réseau avec l'appui de l'opérateur Canopé pour permettre d'en faire des centres de production de ressources .

2. Des moyens humains et financiers qui doivent être renforcés pour un déploiement complet du plan mathématiques

Le financement des axes du plan mathématiques relatifs à la formation, c'est-à-dire les constellations comme les laboratoires, est intégré aux crédits de formation dans les programmes de la mission « Enseignement scolaire » . Le rapporteur spécial déplore toutefois que les dépenses de formation spécifiquement dédiées au plan mathématiques ne soient pas retracées précisément dans les documents budgétaires. De manière générale, le coût budgétaire du plan est difficile à établir, dès lors que les crédits budgétaires sont délégués par la direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) sans fléchage .

Recommandation n°8 : Améliorer la lisibilité budgétaire du plan « mathématiques » en retraçant le fléchage des projets financés dans le cadre du plan dans les documents budgétaires.

Malgré les avancées que constituent les mesures du plan mathématiques, les objectifs ne sont pas encore pleinement atteints. Ainsi, s'agissant des constellations, si leur nombre a dépassé celui fixé, ce n'est pas le cas des référents mathématiques de circonscription. De fait, en moyenne, les départements ont formé la moitié des référents mathématiques attendus .

On note également de fortes disparités territoriales dans la mise en oeuvre du plan . Une attention particulière doit être portée aux académies les moins en pointe, afin de s'assurer que sa mise en oeuvre ne conforte pas les inégalités territoriales existantes.

Part des équivalents temps plein dédiés au suivi des constellations en 2020
par rapport aux objectifs fixés pour 2022

Source : Charles Torossian.

Cependant, les référents mathématiques de circonscription consacrent 35 % de leur temps aux constellations, et non pas 50 %, objectif initial. Le nombre de référents semble en effet avoir atteint un plateau , et il semble difficile d'accroître les recrutements sans création de postes dédiés. En 2019, la moitié des référents étaient des conseillers pédagogiques.

S'agissant de ces derniers, qui sont des enseignants du premier degré situés auprès de l'inspecteur d'académie déchargés de leurs heures en école afin de coordonner l'accompagnement pédagogique des maîtres et la formation initiale et continue des enseignants, ils ne peuvent se consacrer entièrement au plan mathématiques. On compte actuellement deux conseillers pédagogiques par circonscription, et, sauf exception, la mise en oeuvre du plan n'a pas entraîné le recrutement de conseillers supplémentaires. Le recrutement d'un troisième conseiller pédagogique par circonscription pourrait être envisagé. Toutefois, le coût de cette mesure serait selon les calculs de M. Torossian d'environ 100 millions d'euros, soit environ 1 500 postes à créer. Le rapporteur spécial considère qu'il serait sans doute trop élevé au regard des moyens globaux accordés à la formation continue, qui doivent être revalorisés en priorité. Par ailleurs, la direction générale des ressources humaines a indiqué construire une politique globale de revalorisation des conseillers pédagogiques , ce qui semble souhaitable avant la création de postes supplémentaires dont tous ne pourraient être pourvus au vu du manque d'attractivité du métier.

Concernant la mise en oeuvre des laboratoires de mathématiques, les enseignants qui y ont effectué des formations ont bénéficié de 1 897 HSE en 2020. Les équipements de certains des laboratoires sont actuellement financés par les régions, mais le temps passé par les enseignants dans les laboratoires n'est actuellement pas indemnisé. Le rapporteur spécial considère que les laboratoires ne pourront être pleinement attractifs pour les professeurs que lorsque les financements seront à la hauteur .

Recommandation n°9 : Intégrer le financement des laboratoires de mathématiques lors de la construction du dialogue de gestion avec les académies.

La construction du dialogue de gestion avec les académies doit prendre en compte les besoins accrus liés au déploiement du plan mathématiques, en veillant à une égale répartition sur l'ensemble du territoire.


* 28 21 mesures pour l'enseignement des mathématiques, février 2018, MM. Cédric Villani et Charles Torossian.

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