Allez au contenu, Allez à la navigation

GANEVAL Jean

Ancien sénateur de la Seine

  • Vème République

    Ancien sénateur de la
    Ve République

Election

  • Elu le 26 avril 1959
  • Fin de mandat le 1er octobre 1968 (ne se représente pas)

Situation en fin de mandat

  • Membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées
  • Membre du Groupe de l'Union pour la Nouvelle République

Extraits de la table nominative :

Biographie

Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

Ve République

GANEVAL (Jean, Joseph, Xavier, Emile)

Né le 24 décembre 1894 à Brest (Finistère)

Décédé le 12 janvier 1981 à Paris

Sénateur de la Seine de 1959 à 1968

Les événements et leur capacité à infléchir le cours de l'Histoire ont modifié bien des trajectoires individuelles. Ils ont réorienté plusieurs vies. Ils ont aussi interrompu des carrières dont le déroulement se projetait d'une manière sereine. On peut lire ainsi la biographie du général de l'armée de terre Jean Ganeval. On peut considérer de manière identique sa carrière sénatoriale.

Fils d'un général, tout dispose le jeune Jean à la carrière des armes, à commencer par des études secondaires dans des villes de garnison situées près des provinces perdues en 1871. Il étudie au collège Saint-Sigisbert et au lycée de Nancy. Bachelier, il est admis à l'Ecole militaire spéciale de Saint-Cyr en 1914. Il interrompt de lui-même sa scolarité pour se porter volontaire aux armées, le 3 août 1914, au lendemain de l'annonce de la mobilisation générale qui marque le début de la Grande guerre. Il souscrit un engagement de huit ans. Il deviendra donc officier autrement. Soldat courageux, il finit le conflit avec le grade de capitaine au 59e régiment d'infanterie, la Croix de guerre et la Légion d'honneur. Commence alors une vie de garnison qui alterne entre les lieux d'opérations militaires et les états-majors. Membre de la mission militaire française à Berlin en 1919-1920, il gagne ensuite les mandats français du Levant. Les opérations de pacification lui permettent de faire campagne et d'obtenir une nouvelle Croix de guerre, celle des théâtres d'opérations extérieurs (TOE). Affecté à l'état-major du 156e régiment d'infanterie (RI) en 1928, il est ensuite attaché militaire auprès des légations de France dans les Pays baltes (1933-1937) puis chef de bataillon au 39e RI de 1937 à 1939. Jean Ganeval commande ensuite la mission militaire française envoyée auprès du maréchal baron Karl Mannerheim, âme de la résistance armée finlandaise face à l'invasion soviétique en 1938-1940. La défaite de la république scandinave impose un départ inopiné et un anticommunisme certain. Le lieutenant-colonel Ganeval achève la campagne de France à Toulouse au 23e RI, à l'été 1940. S'il reste dans l'armée d'armistice, les premiers réseaux de résistance le tentent vivement. Son patriotisme et son sens de l'intérêt national qui animeront toujours ses choix le dirigent vers un autre engagement, clandestin cette fois. Après avoir été membre des groupes Combat et Mithridate de 1941 à 1943, il rejoint les unités de la France combattante. Cette période, marquée par la personnalité du général de Gaulle, va marquer le reste de sa carrière militaire et sa vie politique. Jean Ganeval est arrêté à Lyon en octobre 1943. Emprisonné au fort de Montluc, il est ensuite déporté au camp de Buchenwald d'où il est libéré à la fin du Second conflit mondial. Ces actes courageux lui valent une troisième Croix de guerre, la rosette de la Résistance et ses deux étoiles de général de brigade. Sa carrière militaire reprend. Gouverneur militaire de Berlin en 1948-1949, il joue un rôle actif lors du blocus de cette ville par les Soviétiques au début de la Guerre froide. Haut-commissaire français à l'Office militaire de sécurité alliée à Coblence de 1949 à 1951, général de division depuis 1950, il passe ensuite dans les cabinets ministériels. Il est chef d'état-major particulier de Georges Bidault, vice-président du Conseil, ministre de la défense nationale (octobre 1951-29 février 1952) puis de son successeur René Pleven, ministre de la défense nationale (8 mars-22 décembre 1952), ministre de la défense nationale et des forces armées (8 janvier 1953-18 janvier 1954). Cet assez long passage auprès de deux ministres attachés à l'Organisation de traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et à la défense des positions françaises outre-mer, en Indochine en particulier, explique sa nomination au secrétariat général militaire à la présidence de la République le 18 décembre 1954, auprès de René Coty. A ce poste, il assiste à l'abandon des positions françaises en Indochine d'abord (1954), dans les protectorats d'Afrique du nord ensuite (1956) puis en Algérie. Il assiste aussi aux nombreuses crises ministérielles qui affaiblissent l'exécutif. Dès 1954, il joue le rôle d'intermédiaire entre le président de la République et l'entourage du général de Gaulle. Avant et après le 13 mai 1958 qui voit, à Alger, la fraternisation entre l'armée, les partisans de l'Algérie française et une partie de la population musulmane puis la formation d'un Comité de salut public, il rencontre par trois fois (les 5, 9 et 17 mai 1958) les proches collaborateurs de l'ancien président du Gouvernement provisoire de la République française. Dans un contexte de crise ministérielle, ces contacts ont pour but de sonder le général de Gaulle sur ses intentions. Il s'avère vite qu'il est le seul capable d'apporter une solution nationale au conflit algérien. Mais de cela, à l'imitation des autres grands engagements importants de sa vie, Jean Ganeval ne dira mot pour la postérité. Une nouvelle fois, sa mission prend fin avant son terme. Le général de Gaulle fait approuver les institutions de la Ve République par référendum et il en devient le premier président le 8 janvier 1959. Jean Ganeval ne sera pas général d'armée. Il faut quand même lui trouver un point de chute honorable.

A près de soixante-cinq ans, il est présenté en cinquième position sur la liste d'Union pour la nouvelle république (UNR) dans la Seine pour les élections constitutives du nouveau Sénat (26 avril 1959). Vingt-deux sièges sont à pourvoir et cette liste arrive en seconde position devant les candidats présentés par le Parti communiste français, l'Union des forces démocratiques (UFD), l'Union des gauches, le Mouvement républicain populaire (MRP) et l'Union de défense des intérêts du département de la Seine (proche des Indépendants). Elle recueille 1 264 voix sur 6 003 suffrages exprimés. Le général Ganeval est le dernier élu de sa liste. Il s'inscrit tout naturellement au groupe de l'UNR le 30 avril 1959. Le 6 mai suivant, il rejoint logiquement la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au nom de laquelle jusqu'en 1967 il rapporte pour avis les projets de loi de finances pour les dépenses militaires et par deux fois (9 février 1963 et 17 novembre 1967) ceux des anciens combattants et des victimes guerre. Il devient ainsi l'expert en matière de défense de la Haute assemblée et ses avis techniques sont à la fois brefs et précis. Le 8 juillet 1959, il est élu sénateur de la Communauté, fonction théoriquement occupée jusqu'au début de 1961. L'appartenance à plusieurs commissions spéciales renforce encore son rôle. Il est membre de celles chargées d'examiner, en 1959, le projet de loi portant dérogation transitoire à certaines dispositions sur le recrutement et l'avancement des armées et, en 1964, le projet de loi relatif à la prise en compte des services accomplis dans l'armée par les étrangers antérieurement à l'acquisition de la nationalité française. A son poste, le sénateur de la Seine est un membre important de la majorité parlementaire. Toutefois, s'il approuve les réformes et les projets de loi militaires du régime gaullien, son rôle de rapporteur se colore d'un esprit de plus en plus critique sur les choix en matière de défense et d'indépendance nationale. Sans doute cette désillusion le conduit à ne pas briguer un autre mandat sénatorial.

Le souci de l'homme accompagne toujours le législateur qui rapporte plusieurs textes relatifs à la condition militaire. En bon chef, Jean Ganeval ne cesse de demander la revalorisation du statut des corps subalternes. Il n'oublie pas non plus l'état des forces armées engagées dans des théâtres éloignés de la métropole depuis 1946. Dans la discussion du projet de loi fixant un nouveau régime d'âge limite pour les sous-officiers, il fait adopter un amendement qui fixe à trente-six ans la limite d'âge pour les sergents au lieu de trente-cinq ans pour « pallier le malaise » (18 décembre 1959). Il élargit, lors de la discussion du projet de loi relatif aux corps militaires de contrôle, le recrutement direct aux officiers au prorata du cinquième des nominations (12 décembre 1961). Il approuve le traité sur la coopération franco-allemande le 20 juin 1963. Il rapporte les textes sur le dégagement des cadres (projet de loi sur la réduction des officiers par départ volontaire, 10 décembre 1963, projet de loi portant fusion de l'intendance militaire métropolitaine et de l'intendance militaire des troupes de marine, 24 juin 1965, projet de loi relatif à la durée du service militaire, 9 juin 1966, projet de loi relatif à la durée des services militaires des officiers et sous-officiers de réserve, 22 juin 1966). Il se montre favorable à la coopération avec l'Algérie indépendante lorsqu'il rapporte le projet de loi autorisant la ratification de l'accord entre la République française et la République algérienne démocratique et populaire concernant le règlement des hydrocarbures et le développement industriel de l'Algérie (14 et 18 novembre 1965). Il vote de même les mesures libérales qui prennent en compte la modification de la société (loi portant réforme des régimes matrimoniaux, 11 mai 1965, et proposition de loi relative à la régularisation des naissances, 5 décembre 1967).

L'examen des projets de loi de finances fournit l'occasion de se détacher du pouvoir gaullien à propos de trois sujets, l'Algérie, l'OTAN et la force de frappe nucléaire. En 1959-1960, il approuve les choix de l'exécutif. Il est très favorable à la recherche atomique « arme essentielle » de l'« indépendance nationale » (3 décembre 1959). Le 9 novembre 1960, il approuve le projet de loi de programme relatif à certains équipements militaires par ces mots : « Il faut engager notre armée dans la voie de l'atomisation. » La loi de finances rectificative pour 1960 reçoit un avis favorable et, par un amendement tendant au transfert de crédits du ministère de l'intérieur vers le ministère des armées et par l'emploi d'unités de gendarmerie mobile au lieu de CRS en métropole et en Algérie, il soutient la solution militaire dans le conflit algérien (8 décembre 1960). Cela conduit le sénateur de la Seine à voter la loi autorisant le Gouvernement à prendre certaines mesures relatives au maintien de l'ordre, à la sauvegarde de l'Etat, à la pacification et à l'administration de l'Algérie le 3 février 1960. L'échec du putsch des généraux à Alger en avril 1961, les sanctions qui s'abattent sur les mutins et les perspectives d'un dégagement français du théâtre algérien, fournissent l'occasion pour se démarquer de la politique du général de Gaulle en 1961-1962. Il refuse d'associer son nom au message de sympathie adressé par les parlementaires UNR au général de Gaulle. Sans doute cette décision est-elle dictée par le souci de ne pas diviser une armée fragilisée. Le 3 mai 1961, Jean Ganeval quitte le groupe UNR. Il siège parmi les non inscrits jusqu'à son adhésion, le 3 octobre 1962, au groupe des Républicains indépendants, plus en lisière de la majorité parlementaire. Avec d'autres membres de sa commission, il se rend en Algérie en mission d'information sur la situation militaire en 1961. Ses conclusions sont défavorables aux demandes formulées par le Gouvernement. Il s'oppose à l'annulation de 13 millions de francs de crédits dans le projet de loi de finances rectificatif pour 1961 (18 juillet 1961). Cela oblige ce texte à passer en deuxième lecture. Il critique la politique menée outre Méditerranée (trêve décidée pour un mois, réduction des effectifs engagés, crainte d'un dégagement militaire) lors du débat provoqué par une question orale posée avec le sénateur de l'Indre Vincent Rotinat le 12 décembre 1961. Le 17 juillet 1962, à l'occasion de la présentation du projet de loi de finances rectificative pour l'année en cours, le rapporteur demande que la modernisation nucléaire se fasse dans le cadre de l'OTAN. « Je suis de ceux qui souhaitent une intégration de tous les grands moyens occidentaux » déclare-t-il avant de critiquer le coût de l'usine de séparation isotopique de Pierrelatte. Il redoute en plus une sortie de l'OTAN et se dit troublé par « le climat de nationalisme agressif dans lequel depuis quatre ans évolue le problème [nucléaire] », ce qui « ne manque pas de créer un malaise. » Ces propos visent le général de Gaulle. Pourtant, en soldat discipliné, le général Ganeval ne se range pas dans l'opposition sénatoriale. Il accomplit jusqu'au bout son devoir. Il recommande l'adoption de tous les projets de loi de finances suivants. Le 18 novembre 1964, son exposé est très favorable aux engins sol/sol et au centre d'essais nucléaires du Pacifique. Le 26 novembre 1967, il plaide en faveur des effectifs de la Gendarmerie et il demande la réunion permanente d'un conseil supérieur de la fonction militaire. Ses états d'âme s'épanchent parfois. Le 9 décembre 1964, à l'occasion de la discussion de la loi de programme relative à certains équipements militaires, il vote « le coeur lourd » un texte qui porte « dans son filigrane la défiance envers les Etats-Unis » et qui n'apporte en rien de nouveaux progrès nucléaires.

En toute logique, Jean Ganeval ne se représente pas aux élections sénatoriales du 22 septembre 1968. Lui qui était si peu politique se retire de toute activité publique mais géographiquement, il ne s'éloigne guère du Sénat. En effet, il s'éteint à son domicile parisien, boulevard Raspail dans le 6e arrondissement de Paris, le 12 janvier 1981. Sa messe d'obsèques est célébrée à Notre-Dame-des-Champs à proximité du jardin du Luxembourg. Il était grand-croix dans l'ordre de la Légion d'honneur et il possédait d'autres décorations françaises (commandeur de la Santé publique) et étrangères (Military cross et commandeur de la Legion of merit).

Afficher le texte

Avertissement : les extraits de tables nominatives et biographies sont issus d'une reconnaissance automatisée des caractères ; merci de nous signaler toute erreur ou coquille.

Photo de M. Jean GANEVAL, ancien sénateur
Appartenance politique
Membre du Groupe de l'Union pour la Nouvelle République
Etat-civil
Né le 24 décembre 1894
Décédé le 12 janvier 1981
Profession
Général (de Corps d'armée)
Département
Seine