L'Ukraine au lendemain des midterms américaines : quelle stratégie pour la France et l'Europe ?

Mme la présidente.  - L'ordre du jour appelle le débat sur le thème : « l'Ukraine au lendemain des midterms américaines : quelle stratégie pour la France et l'Europe ? », à la demande du groupe Les Indépendants.

M. Claude Malhuret, pour le groupe Les Indépendants .  - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP ; Mme Mélanie Vogel applaudit également.) Il y a bientôt deux ans, ici même, je comparais la présidence de Trump à la cour de Néron et j'attendais que les Américains se ressaisissent. Ce jour est arrivé, mais la déroute des Maga (Make America Great Again) ne règle pas tout. Trump conserve des pouvoirs importants, il continuera à les utiliser avec son équipe de boutefeux qui savent qu'ils devront rendre des comptes le jour où l'exécutif n'aura plus les moyens de les protéger.

Tout n'est pas réglé, car les deux mois qui nous séparent de l'installation du Congrès sont dangereux. Attendons-nous à toutes les manoeuvres pour contourner le résultat des urnes. Ceux qui ont sanctionné Trump hier l'ont fait en raison du coût de la vie et de la guerre en Iran notamment, mais ne sont pas devenus démocrates pour autant. Et les démocrates n'en ont pas fini avec leurs divisions et la montée des extrêmes chez eux, comme dans toutes les démocraties.

Tout n'est pas réglé, car le mal causé à l'Amérique est terrifiant : taux d'obligation au plafond, inflation record, essence au plus haut, des pans de la sécurité sociale détruits, chefs du Pentagone révoqués, administration purgée de milliers d'experts, USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) disparue, dossiers Epstein mis sous le coude pour protéger Trump. Ses amis oligarques des plateformes confisquent toutes les données, y compris les nôtres, et entretiennent une atmosphère de guerre civile.

Chaotique, brutale et gangrenée par la corruption, la politique étrangère de Trump visait à maximiser les gains de sa famille, des hypercapitalistes de la tech et de ceux qui l'entourent.

Tout n'est pas réglé, car l'ordre du monde a changé. Le système international fondé par les États-Unis et leurs alliés après 1945 repose sur la reconnaissance de la souveraineté des États et la primauté du droit. C'est un ordre à abattre pour Poutine, Xi Jinping, Kim Jong-un et Khamenei, mais aussi, désormais, Trump.

Le résultat le plus grave de ces deux ans de présidence est d'avoir mis à genoux l'Otan, l'alliance la plus solide contre la Russie et la Chine. Il faudra des années pour la réparer. L'Ukraine, l'Europe et l'histoire n'oublieront pas.

Il faut en tirer les leçons. Premièrement, nous n'avons pas agi avec Trump comme il l'aurait fallu. Nos concessions ont été contre-productives : droits de douane asymétriques, entrée de nouveaux produits agricoles américains, 750 milliards d'achats énergétiques et militaires, transfert aux Européens de la totalité du coût de l'aide à l'Ukraine. Plus inquiétant, nous n'avons pas profité de l'augmentation de nos dépenses militaires pour réduire notre dépendance envers les États-Unis.

Cette docilité s'estompe. Le Groenland a marqué le premier mouvement de refus, mais la rébellion du Canada a déclenché le vrai signal : Trump n'est puissant que par ses menaces. Le Taco (Trump Always Chickens Out) s'aplatit quand on lui résiste. La nouvelle alliance Europe-Canada montre le chemin, le virage politique américain l'élargira. Au lieu de jouer l'apaisement, il faut s'opposer à Trump et aider ceux qui osent le faire : démocrates américains mais aussi républicains modérés.

À nous aussi de résoudre nos propres problèmes. Il faut éviter que le parti dont la présidente faisait le pied de grue devant la Trump Tower pour mendier un rendez-vous arrive au pouvoir. Si demain, l'AfD en Allemagne, Nigel Farage au Royaume-Uni et le RN ici l'emportent, ce serait un drame pour l'Ukraine, mais d'abord pour l'Europe.

Ici et aux États-Unis, ceux qui veulent faire gagner l'Ukraine, réformer l'Otan et protéger l'Europe de Poutine vont livrer un combat difficile pour vaincre ses alliés, l'extrême droite comme l'extrême gauche, comme l'ont fait les Hongrois, les Serbes et les Polonais.

Nous devons nous engager pour l'Ukraine bien au-delà de ce qui a été fait jusqu'ici. Une aide supérieure à celle que nous pouvons fournir serait infiniment moins coûteuse qu'une victoire de Poutine. Cessons pour de bon d'acheter du gaz russe, transférons les avoirs russes gelés à l'Ukraine, établissons une zone d'exclusion aérienne au-dessus du pays, accélérons le remplacement de Starlink par des systèmes européens, la production de défenses sol-air et la coproduction de drones avec l'Ukraine.

Troisième urgence, nous réarmer. En 2022, le Président de la République annonçait l'entrée dans une économie de guerre. La promesse n'est pas tenue. Il faut nous réindustrialiser. En trois ans, nous n'avons pas pu mettre en oeuvre plus de 15 % du rapport Draghi.

L'Europe doit surtout se réarmer moralement, face à la lassitude de la guerre. La paix de la capitulation, voilà ce que certains promettent ; la paix de la défaite, la paix des traîtres qui se qualifient de patriotes mais qui, en tournant le dos à l'Ukraine, tournent le dos aux valeurs qui ont fondé la France : la liberté, la souveraineté, la dignité humaine.

Le sort de l'Ukraine se joue dans les tranchées, mais dépend aussi des défenseurs américains de la démocratie et de notre capacité à unir les Européens pour leur défense commune, afin de refaire de l'Europe la puissance qu'elle fut un jour dans l'histoire et qu'elle hésite à redevenir. (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP et du RDSE)

Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger.  - Je remercie le président Malhuret d'avoir engagé ce débat dans un moment si important. Le résultat des midterms offre une opportunité mais ne règle pas la guerre en Ukraine.

Ce débat est très essentiel. À titre liminaire, j'insiste sur l'importance d'une solution européenne et sur l'impact de cette guerre sur la sécurité de notre continent et de la France. Je répondrai à la fin du débat à l'ensemble des propos.

M. Philippe Folliot .  - (Applaudissements sur les travées du groupe INDEP) Je salue, en tribune, la présidente du groupe d'amitié Ukraine-France de la Rada. Sa présence est très importante. Avec votre collègue Yehor Cherniev, délégué de la Rada à l'Assemblée parlementaire de l'Otan, vous menez un combat essentiel. Je salue l'initiative du président Malhuret, et l'engagement de Nadia Sollogoub, présidente du groupe d'amitié France-Ukraine, en faveur de la coopération parlementaire et de l'amitié entre nos deux peuples.

L'Ukraine, c'est la mère des batailles. L'avenir de l'Europe et de sa sécurité s'y joue.

Trop souvent, nous oublions que la Russie est l'agresseur, et l'Ukraine l'agressé. L'article 5 du traité de l'Atlantique Nord et l'article 42.7 du traité sur l'Union européenne ne peuvent être appliqués à l'Ukraine qui n'est pas membre de ces structures, certes, mais l'interdépendance entre la situation ukrainienne et ce qui risque de se jouer pour l'Alliance et l'Union européenne fait que nous devons agir. C'est essentiel pour notre avenir.

Si l'histoire ne se répète pas, parfois elle bégaie. Si en 1938 et 1939 nous avions pu arrêter Hitler, jamais nous n'aurions connu les conséquences dramatiques de la Seconde Guerre mondiale. Si Poutine gagne en Ukraine, il ne s'arrêtera pas là.

Nous avons le devoir impérieux de soutenir l'Ukraine et de rappeler à nos alliés américains ce qui a toujours été le fondement de leur politique de soutien aux démocraties et au respect du droit international. Trump a foulé tout cela aux pieds. Le peuple américain a su réagir, et j'espère que cela se traduira par une aide américaine constante et continue à l'Ukraine.

À nous aussi de prendre nos responsabilités. Nous avons agi trop peu, trop tard et trop lentement. En janvier 2023, je me suis rendu sur le terrain pour assister à un tir opérationnel de canon Caesar. Il était important pour les Ukrainiens d'avoir plus d'avions de combat. De retour, j'ai demandé au ministère des armées qu'on livre 24 Mirage 2000 ; on m'a répondu qu'ils n'en avaient pas besoin. Il a fallu attendre deux ans avant de livrer ces Mirage. Combien de vies aurions-nous pu épargner ? Lors de son audition, le chef d'état-major des armées a expliqué que, selon son homologue ukrainien, ces Mirage étaient particulièrement utiles. Si nous avions agi plus tôt, nous aurions été beaucoup plus efficaces.

Un certain nombre de nuages s'amoncellent sur l'Ukraine. Nous avons entendu les propos choquants de candidats aux plus hautes responsabilités. Je leur rétorque : oui, aider l'Ukraine coûte cher, mais l'engagement en première ligne de nos armées coûterait mille fois plus cher ! (MM. Cédric Perrin, Marc Laménie, Claude Malhuret et Jean-Marc Vayssouze-Faure applaudissent.)

Nous devons continuer à prendre nos responsabilités et assumer nos engagements ; c'est ce qui fait la force d'une grande démocratie. Notre pays doit soutenir la liberté et le droit international ; cela ne se négocie pas. Il y va de l'avenir de la France et de l'Europe, de la crédibilité de la parole de notre pays. Nous devons donc continuer à soutenir nos amis ukrainiens. (Applaudissements sur les travées des groupes UCI, INDEP, du RDSE et du groupe Les Républicains)

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure .  - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Avant-hier, la démocratie américaine s'est pleinement exprimée. Elle a fait entendre la colère des victimes d'une guerre solitaire et hasardeuse au Moyen-Orient, et a rejeté les outrances du bonimenteur Trump plus préoccupé par les intérêts de son clan que par ceux de son peuple.

Donald Trump a perdu la bataille, mais l'Ukraine n'a pas encore gagné la guerre. Ce rééquilibrage des forces politiques ne tempérera que marginalement les ardeurs de cet admirateur des autocrates qui mettra son veto à tout.

À nous, Européens, de ne pas détourner le regard et de prendre notre part à l'effort. Défendre l'Ukraine, c'est défendre un modèle, c'est défendre l'Europe, son histoire et ses valeurs. Avec les alliés de la coalition des volontaires, nous sommes parmi les derniers à défendre ces principes dans un monde brutal où les bâtisseurs d'empires piétinent le droit et la diplomatie et détestent ce que nous sommes : des démocraties vivantes et résistantes.

Kiev résiste de manière héroïque face aux attaques contre ses installations énergétiques, ses équipements vitaux et ses civils. La plus grande des faiblesses serait de lâcher l'Ukraine par usure, lassitude ou éloignement. Luttons de toutes nos forces contre les arguments fallacieux de ceux qui veulent affaiblir la France. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et INDEP ; M. Philippe Folliot applaudit également.)

De Gaulle disait : « À un certain point de menace de la part d'un impérialisme ambitieux, tout recul a pour effet de surexciter l'agresseur, de le pousser à redoubler sa pression, et finalement, facilite et hâte son assaut. »

M. Michaël Weber.  - Très juste !

M. Jean-Marc Vayssouze-Faure.  - Ni la guerre en Ukraine, ni le soutien français à Kyiv ne sont responsables de la situation économique, budgétaire et énergétique de notre pays. Nous ne sommes pas cobelligérants en aidant l'Ukraine. Et ensuite, rien à attendre d'un dialogue avec la Russie, qui ne veut que des pays vassaux.

Il y a un agresseur et un agressé. Un chef d'État qui accepte de se soumettre aux urnes quand cela sera possible, et un autre qui asservit son peuple. Lundi dernier, 110 missiles ont été tirés, un hôpital et un centre humanitaire touchés. L'Ukraine est en train de perdre la maîtrise de l'air, et 16 874 civils ont été tués depuis le début de la guerre, dont 820 enfants.

L'hiver sera rude, l'Europe entre dans un cycle électoral incertain, les États-Unis continueront de regarder ailleurs : il est très important de soutenir l'Ukraine. Ne trahissons pas ceux qui tiennent debout pour que l'Europe reste libre.

Madame la ministre, faites en sorte que le drapeau ukrainien qui flotte devant nos mairies depuis février 2022, celui de la liberté, ne soit retiré que pour une seule raison : parce que l'Ukraine aura gagné la guerre. (Applaudissements sur les travées des groupes SER, INDEP, du GEST et du RDPI)

Mme Marianne Margaté .  - Le remplacement de la proposition de résolution belliciste, signée par le seul président Malhuret, par un débat sans vote, est un camouflet. Dont acte. Mais le choix des termes du débat avoue d'emblée une évidente aliénation stratégique qui suspend l'avenir de notre continent au calendrier électoral de Washington. Or le désaveu de Donald Trump traduit avant tout la crise interne d'une hégémonie états-unienne incapable d'assurer des conditions d'existence satisfaisante à ses propres classes populaires.

Plutôt que nous mettre à la merci de la politique américaine, nous devrions cesser de convertir l'État social en économie de guerre avec une dérive autoritaire. Les centaines de milliers de travailleuses et travailleurs en grève, aujourd'hui, sont au coeur du débat. En défendant les salaires et les services publics contre l'austérité, ils défendent notre souveraineté et notre indépendance. Ils proposent de sortir d'une logique de blocs pour définir notre propre voie et obtenir une paix juste en Ukraine.

La Russie porte la responsabilité de cette guerre d'agression, mais l'extension permanente de l'Otan au mépris des garanties formulées à Gorbatchev puis à la Fédération de Russie joue un rôle déterminant dans la logique de blocs et la militarisation. Les peuples ukrainiens et russes ont droit à la souveraineté, à la sécurité et à un avenir autre qu'une guerre d'usure sans fin. En Ukraine comme en Russie, notre solidarité s'adresse à ces peuples qui aspirent à la paix et à l'émancipation.

Nous dénonçons les dérives de pouvoirs qui invoquent l'état de guerre pour démanteler le droit du travail, réprimer les voix dissidentes et livrer les ressources stratégiques et agricoles aux appétits de grands groupes capitalistes, notamment états-uniens et européens.

Le discours qui fonde la stratégie européenne est contradictoire, dépeignant tantôt une Russie toute puissante aux portes de l'Otan dont la guerre hybride imposerait une mobilisation totale, tantôt une Russie exsangue qu'un ultime effort militaire vaincrait. Ce récit idéologique agite la peur pour imposer le sacrifice social chez nous, et promettre une proche fin de la guerre, pour empêcher toute issue diplomatique.

Mais après quatre ans et demi de combats, les lignes du front restent figées et le nombre de morts croît. Les infrastructures sont détruites. Tant de populations privées d'eau, de chauffage et d'électricité.

L'Europe répond par 800 milliards d'euros de dépenses militaires supplémentaires. Pour l'Otan, c'est 1 200 milliards d'euros d'ici à 2030. Le 17 novembre 2025, Emmanuel Macron évoquait même un endettement commun européen pour l'Ukraine. La dette devient un levier vertueux lorsqu'elle socialise les profits de l'industrie de l'armement, mais demeure un interdit absolu pour financer nos services publics ! Ce keynésianisme de guerre révèle les projets de fédéralisation de l'Union européenne, à savoir une fuite en avant militariste d'un capitalisme en crise, cherchant son salut dans l'économie de guerre et l'austérité sociale.

Notre sécurité exige une défense souveraine et un mécanisme européen de coopération et de sécurité commune, dans l'esprit d'Helsinki. Il faut dissoudre l'Otan et, en attendant, faire sortir la France de l'Otan, alliance d'un autre temps. Notre sécurité exige tout autant des services publics solides et une coopération entre les peuples.

Quelle initiative précise la France prendra-t-elle pour obtenir un cessez-le-feu et ouvrir des négociations pour une sécurité collective durable ? Quelles limites fixera-t-elle à l'engagement militaire français pour empêcher une confrontation directe avec la Russie ? La France doit reprendre l'initiative. Les peuples attendent une issue à la guerre. Notre responsabilité est de la construire.

M. Marc Laménie .  - (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP et UCI) Je salue la délégation parlementaire ukrainienne, accompagnée de notre collègue Nadia Sollogoub en tribune. Je remercie le président Claude Malhuret pour ce débat.

Un jour, Trump menace la Russie, le lendemain, il reprend certaines de ses exigences, un autre jour, il défend l'Ukraine, puis s'ingère dans la politique ukrainienne. La politique américaine manque de constance, ce n'est pas un secret. C'est d'autant plus grave que le coût humain est immense. On recense plus de 15 000 civils qui ont été tués, 53 000 blessés, et les chiffres réels sont plus élevés. Quid des villes bombardées, des enfants traumatisés, des familles déplacées ? Les montagnes russes diplomatiques de Trump sont particulièrement macabres. Ses calculs politiciens et changements de cap ont des conséquences sur la vie de millions de personnes.

On parle de l'avenir d'un peuple et de son droit à décider de son destin. C'est la sécurité de toute l'Union européenne qui est en jeu. Voyez comment la Biélorussie avait instrumentalisé les flux migratoires pour déstabiliser la Pologne et la Hongrie, membres de l'Union européenne. C'étaient donc nos frontières européennes qui étaient déstabilisées.

Depuis, cyberattaques, atteintes aux infrastructures critiques et campagnes de désinformation se multiplient. À plusieurs reprises, des drones et avions de combat ont pénétré l'espace aérien d'États membres de l'Union européenne. Preuve que la guerre en Ukraine n'est pas une crise lointaine, mais touche directement à notre sécurité collective.

Nous avons adopté un livre blanc, lancé l'initiative « Readiness 2030 », engagé nombre de chantiers législatifs et industriels. Mais les résultats ne sont pas à la hauteur, ce qui permet à Donald Trump de décider unilatéralement la suspension de l'aide à l'Ukraine et de négocier avec Moscou sans associer les Européens.

La France a une responsabilité singulière, qu'il lui revient d'assumer pleinement. C'est pourquoi notre groupe a jugé ce débat essentiel au lendemain des élections de mi-mandat américaines. Comment notre pays peut-il entraîner nos partenaires vers une véritable capacité européenne de défense, une base industrielle renforcée et une politique étrangère qui s'affirme ? (Applaudissements sur de nombreuses travées)

M. Cédric Perrin .  - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Vincent Louault applaudit également.) La Russie avait cru soumettre l'Ukraine en quelques jours. Après cinq ans de combats acharnés, la résistance de l'agressé se traduit par de remarquables succès tactiques, qui ne doivent toutefois pas masquer la précarité de sa situation.

Face à la Russie qui mobilise des forces toujours plus considérables, les moyens manquent aux Ukrainiens. Pour 2027, leur besoin de financement global a été réévalué d'au moins 70 milliards d'euros. Et si l'Ukraine a considérablement réduit sa dépendance aux équipements occidentaux, nombre de capacités européennes et américaines lui demeurent indispensables.

Or l'Amérique menace de faire définitivement défaut, par manque de moyens -  les livraisons d'intercepteurs sont taries par d'énormes consommations au Moyen-Orient  - , mais aussi de volonté, Donald Trump étant prêt à sacrifier le Donbass pour s'extraire du piège d'Ormuz.

Les Américains ont voté, et la sanction de l'exécutif est claire. Toutefois, en matière de politique étrangère, les décisions resteront pour l'essentiel prises à la Maison-Blanche. Or les gestes de plus en plus conciliants de Donald Trump envers Vladimir Poutine nous ramènent deux ans en arrière, au plus fort des tensions entre Washington et Kiev. On ne peut exclure que le gouvernement américain cherche à arracher la paix au prix de renoncements imposés à l'Ukraine.

D'autant plus que le contexte est incertain, alors que nous abordons un super-cycle électoral en Occident. Il fait peu de doutes que la Russie cherchera à attiser les divisions et à obtenir sur le terrain politique ce qu'elle ne parvient pas à imposer sur le terrain militaire.

Comment les Européens peuvent-ils préserver dans la durée l'unité et l'efficacité de leurs actions ? Notre soutien à l'Ukraine ne relève plus seulement d'un devoir de solidarité avec ce peuple ou de fidélité envers nos principes ; il est un impératif pour notre propre sécurité. Car il serait illusoire de penser qu'une victoire russe ou une paix imposée mettrait un terme aux ambitions du Kremlin. Vladimir Poutine ne fait aucun mystère de sa volonté de remettre en cause l'architecture européenne de sécurité et de restaurer la Russie dans son prétendu espace historique.

Désinformation, ingérences, cyberattaques, provocations militaires : la menace russe est déjà réalité. C'est pourquoi notre soutien à l'Ukraine ne saurait faiblir tant que, sur le terrain, son courage lui permet de tenir.

Nous ne pouvons accepter que l'avenir de la sécurité européenne se joue sans nous. Naturellement, il faudra bien que cette guerre s'arrête, et donc négocier -  si la Russie finit par y consentir. Nous ne pouvons refuser par principe les initiatives en ce sens, a fortiori si les Ukrainiens y souscrivent. Mais la France et l'Europe doivent peser.

D'abord, en s'accordant sur des objectifs partagés et un format de représentation commune. Ensuite, en maintenant la pression sur Moscou : ne cédons rien sur les sanctions, réduisons nos dépendances, définissons une doctrine claire de réponse aux agressions hybrides. Enfin, en permettant à l'Ukraine de continuer à résister par le maintien de notre assistance militaire et des derniers canaux de soutien américains.

Il nous faut accélérer la montée en puissance de nos capacités dans les domaines les plus critiques, dont la défense aérienne. Protéger le ciel ukrainien, c'est fournir des radars et des systèmes de lancement, mais aussi donner accès à nos capacités satellitaires, que nous devons renforcer par une constellation souveraine beaucoup plus étoffée. Les initiatives visant à renforcer la coopération euro-ukrainienne en matière de défense anti-missiles et de lutte anti-drone vont dans la bonne direction, à défaut d'aller toujours au bon rythme.

Ce qui est plus largement en jeu, c'est la capacité des Européens à renforcer leurs moyens industriels et opérationnels, à les mettre en cohérence et à les autonomiser vis-à-vis de l'allié américain. Les choses avancent, mais nous sommes loin du compte.

Avec le Royaume-Uni et d'autres partenaires, la France travaille à la construction de garanties de sécurité susceptibles d'accompagner un cessez-le-feu. Ces travaux sont nécessaires à l'exercice Koalicja, une étape majeure et un message fort. Cependant, tout déploiement de force supposera certains prérequis : une situation suffisamment stabilisée sur le terrain, des objectifs clairement définis et des conditions d'engagement parfaitement maîtrisées, mais surtout une appréciation réaliste des moyens à mobiliser. Une garantie de sécurité ne vaut que si ceux qui la donnent sont capables de la faire respecter.

Or, face aux conflits actuels, notre pays multiplie les engagements légitimes, mais qui étirent toujours davantage nos capacités et soulignent nos carences face à la haute intensité. Malgré les progrès réalisés, nos effectifs demeurent trop faibles, nos flottes d'équipements majeurs trop modestes, nos stocks de munitions trop limités. Comment assumer la multiplication des missions sans élargir le format de nos forces ?

C'est pourquoi le groupe Les Républicains a défendu quasiment seul -  3 voix sur 14 lors de la CMP sur la loi actualisant la programmation militaire  - une trajectoire de réarmement plus ambitieuse que celle proposée par le Gouvernement.

Alors que notre situation budgétaire est catastrophique, nous devons rester vigilants sur le volume de notre aide, exigeants sur son utilisation et attentifs au juste partage de l'effort entre partenaires, mais aussi résolus. J'aurais souhaité que ceux qui expriment un fort engagement en faveur de l'Ukraine prennent leurs responsabilités en CMP.

Au regard des actes de plus en plus hostiles perpétrés par la Russie sur le territoire européen, la question de l'utilisation des avoirs gelés mériterait d'être reposée. En tout état de cause, conclure de nos difficultés budgétaires que l'aide française à l'Ukraine devrait cesser, ce serait dérouler le tapis rouge au Kremlin : une faute majeure. Quel prix devrions-nous payer demain si l'affaiblissement de l'Ukraine permettait à la Russie d'aller toujours plus loin ?

Des choix difficiles nous attendent, mais abandonner un allié et fuir nos responsabilités ne ferait pas disparaître les menaces. Ne prenons pas le risque de les voir croître jusqu'au point où nous ne pourrions plus les contenir. Ne nous résignons pas à un monde où la force prime le droit, où les appétits des puissants ne rencontrent aucune limite.

Nous mesurons chaque jour les fragilités de l'ordre international. Mais son effondrement aurait pour nous des conséquences autrement plus lourdes que les efforts auxquels il nous faut consentir aujourd'hui. Refusons donc d'opposer le soutien à l'Ukraine au renforcement de notre propre défense et au redressement de nos comptes publics. Ces impératifs procèdent d'une même conviction : jamais l'aveuglement n'a protégé aucune nation. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, UCI et INDEP et du RDSE)

M. Ryan Persaud .  - Quels que soient les équilibres issus des élections américaines et brésiliennes, la sécurité de l'Europe ne peut plus dépendre du calendrier électoral d'un pays tiers. La guerre en Ukraine nous l'a appris à nos dépens, en même temps qu'elle révélait une réalité nouvelle : l'espace est devenu un champ de bataille.

Les communications de l'armée ukrainienne ont longtemps reposé sur un réseau satellitaire privé américain, dont l'accès pouvait dépendre de la bonne volonté d'une seule personne. Voilà ce que signifie concrètement une dépendance stratégique.

Si l'Europe veut soutenir l'Ukraine dans la durée et assurer sa propre défense, elle doit disposer de son réseau de télécommunications sécurisées, de ses satellites et de ses lanceurs. Or cette souveraineté se joue en grande partie en Guyane.

À Kourou, le pas de tir des fusées Soyouz, abandonné par la Russie, est en train d'être reconverti pour accueillir un nouveau lanceur réutilisable européen. Le centre spatial guyanais est la seule porte d'accès autonome de l'Europe à l'espace. C'est de là que partent les fusées Ariane 6 et que seront déployées nos constellations souveraines.

Si le centre spatial représente moins de 1 % de notre territoire, la Guyane dispose de 1 200 km de frontières avec le Brésil et le Suriname : elle est la seule frontière européenne terrestre avec l'Amérique du Sud. Bref, son intérêt pour notre souveraineté est stratégique.

Hélas, elle est exposée aux trafics et aux ingérences. La récente intervention militaire américaine au Venezuela a montré que le retour des rapports de force concerne aussi le plateau des Guyanes. Protéger Kourou sans protéger la Guyane tout entière n'aurait pas de sens.

De même, il est difficile d'expliquer aux Guyanais que l'Europe lance ses satellites depuis chez eux alors que de nombreuses communes n'ont toujours pas un accès fiable à l'eau, à l'électricité ou même à une simple route. Le développement du centre spatial doit aller de pair avec celui du territoire. Or le premier change de modèle, avec l'arrivée d'opérateurs privés. La question de leur contribution au territoire se pose avec acuité.

Quels moyens supplémentaires le Gouvernement entend-il mobiliser au niveau national comme européen pour protéger le centre spatial et l'ensemble du territoire guyanais ? Êtes-vous prêts à revoir le régime fiscal du secteur spatial pour que les opérateurs privés contribuent de manière équitable au développement du territoire ? Faisons de notre territoire non une simple rampe de lancement, mais un véritable pilier de la puissance française et européenne !

Mme Mélanie Vogel .  - La présidence Trump est une catastrophe pour les Américains, pour l'ordre mondial et pour l'Ukraine, mais aussi une menace pour l'Europe. Le 28 février 2025, le président d'un peuple écrasé par les bombes de Poutine était humilié par celui des États-Unis. Washington semblait prêt à proposer un plan de paix dicté par Moscou et à réintégrer la Russie au G8 -  en somme, à faire gagner Poutine.

Avant-hier, les Américains ont voté. La violence d'État, l'impérialisme, le mépris de la science, la misère sociale causée par des guerres illégales, la brutalité envers les minorités et le démantèlement de la démocratie, tout cela a été balayé au Sénat et à la Chambre. Après la Hongrie, la Serbie, le Brésil, c'est le peuple américain qui a infligé un camouflet terrible au chef de l'internationale réactionnaire. Magnifique message et source d'espoir pour les mobilisations à venir !

Mais cela change-t-il fondamentalement ce que l'Europe doit faire en Ukraine ? Je crois que non. La sécurité des Européens ne peut dépendre du calendrier électoral d'un autre pays. Notre liberté ne se décide pas à Washington ; elle se défend à Bruxelles, Vilnius ou Berlin, en Européens.

L'Ukraine se bat pour sa démocratie et sa liberté, mais aussi pour nous et nos valeurs. Car Poutine ne veut pas seulement redessiner une frontière : il veut abattre un principe, celui qui permet à un peuple de choisir son destin. Du reste, il nous attaque déjà. Ingérences électorales, désinformation, cyberattaques, sabotages, projets d'attentat : nous sommes une cible. (Mme Vanina Paoli-Gagin renchérit.)

Nous devons donc faire beaucoup plus pour protéger le ciel ukrainien. Les décisions relatives aux nouvelles cadences de production d'intercepteurs n'auront d'effet qu'en 2028. D'ici là, néanmoins, nous allons en produire. Nous demandons qu'une part définie de la production française soit réservée à l'Ukraine. N'oublions pas les engagements pris : le 14 juillet dernier, la France a promis notamment des Aster 30 d'ici à octobre. Qu'en est-il ?

M. Cédric Perrin.  - Vous avez voté contre l'actualisation de la LPM !

Mme Mélanie Vogel.  - Parce que chaque euro dépensé en énergie russe est investi dans des chars pointés sur nous, la transition écologique est une nécessité. Il est également urgent d'interdire strictement l'importation d'uranium russe et de sanctionner Rosatom.

Les avoirs russes gelés doivent financer la résistance et la reconstruction ukrainiennes et nous devons ouvrir à l'Ukraine les portes de l'Union européenne. Les Ukrainiens sont morts sous des drapeaux bleu et or, mais aussi, parfois, sous notre drapeau étoilé. Ils ont choisi l'Europe : soyons dignes de ce choix.

Nous devons faire plus, aussi, pour bâtir une Europe politique et de la défense que nul ne peut faire chanter. Laisser la Russie gagner nous coûterait bien plus cher que de soutenir l'Ukraine : aucune démocratie ne peut payer ce prix. Non, le coût de l'investissement dans la protection de nos libertés n'est pas responsable des difficultés budgétaires et sociales en France. Sécurités nationale et sociale sont indissociables, soyons à la hauteur des deux. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, du RDSE et des groupes INDEP et UCI)

M. Aymeric Durox .  - (Applaudissements sur les travées du groupe UNT) Ce débat nous laisse pantois : on n'y entend que des propos bellicistes.

Est-il seulement sérieux de traiter d'un sujet réécrit à la hâte, il y a moins d'une semaine, lorsque certains se sont rendu compte que le gouvernement français était opposé à Sky Shield, qui nous aurait fait basculer dans la cobelligérance ? Le président des Indépendants, ou de ce qu'il en reste, a dû trouver rapidement une autre idée pour parler de son sujet favori et espérer que ses punchlines lui procurent ces quelques minutes de gloire américaine auxquelles il aspire depuis toujours.

Nous voici donc contraints de discuter de l'avenir de la France, de sa souveraineté et de l'engagement de ses forces armées au regard de ce qui se joue dans l'Ohio ou en Géorgie, où le seul sujet de préoccupation des électeurs est le pouvoir d'achat et le prix de l'essence. Voilà à quoi certains voudraient réduire la Nation de Turenne, Napoléon, Foch et de Gaulle. Conséquence de la faiblesse et de la naïveté des gouvernements qui, depuis 40 ans, ont considérablement affaibli nos armées : le RN n'y a jamais participé, contrairement à tous les partis représentés ici.

Voici une question bien meilleure : la paix en Europe au lendemain de la victoire de Marine Le Pen, quelle stratégie ? Marine Le Pen maintiendra le soutien financier français pendant six mois, car nous n'avons pas les moyens d'aller au-delà : nous sommes ruinés, à cause de la droite, de la gauche et du centre. La France pourra continuer à soutenir l'Ukraine à travers la livraison de matériels ou la formation.

Le président Zelensky a proposé de rencontrer Marine Le Pen, sachant bien qu'elle a de grandes chances de diriger bientôt la France. Elle le rencontrera bien volontiers lors d'un de ses déplacements à Paris. Du reste, elle rencontrera prochainement l'ambassadeur d'Ukraine.

La France ne défend aucune logique de paix, ce qui serait son rôle et son honneur. Le chef de l'État préfère agiter son illusoire coalition des volontaires plutôt que d'être un intermédiaire entre Kiev et Moscou.

Nul changement de cap dans notre position. Dès le premier jour, Marine Le Pen a condamné l'agression du Kremlin. Dans sa lettre aux Français de février 2023, elle affirmait que, si aucune raison ne pouvait justifier le lancement d'une opération militaire en Ukraine, l'absence de sang-froid de certains de nos dirigeants avait laissé prospérer un bellicisme irresponsable. Nous avons toujours soutenu une aide défensive à la mesure de nos moyens, couplée à un effort diplomatique pour la paix. Notre priorité doit être la recherche d'une issue diplomatique et la conclusion d'une paix durable. Notre pays n'a pas vocation à jouer le rôle de supplétif des États-Unis ou de tout autre État !

Il est étonnant que ceux qui défendent avec le plus de vigueur le concept d'Europe puissance proposent un débat sur les conséquences d'élections dans un État étranger... Ceux qui voient des ingérences partout ne s'aperçoivent pas qu'ils en font la promotion ! Pathétique.

Cette contradiction interroge sur la réalité de l'autonomie stratégique que nos gouvernants tentent de mettre en oeuvre depuis des décennies, en vain. (Marques d'impatience sur de nombreuses travées, l'orateur ayant dépassé son temps de parole.) Renouons avec l'héritage gaullien : l'indépendance nationale pour seule boussole ! (Applaudissements sur les travées du groupe UNT)

M. Michel Masset .  - (Applaudissements sur les travées du RDSE et du groupe INDEP) Merci au président Malhuret pour ce débat. J'aurais préféré qu'il débouche sur une position du Sénat, inscrite dans une proposition de résolution - j'espère qu'elle sera bientôt à notre ordre du jour.

Le résultat des élections américaines est une bonne nouvelle pour Kiev. Mais ne nous trompons pas : la politique étrangère américaine reste dans les mains de la Maison Blanche. Le Kremlin a tout de suite dit sa confiance dans les efforts de paix du président américain et la presse officielle russe annonce déjà que sa colère se tournera vers l'Europe.

Méfions-nous aussi de ceux qui, en France, auraient aimé une vague rouge pour décomplexer les discours prorusses. Je souscris aux propos du ministre des affaires étrangères à l'égard d'un président de parti qui se voit déjà à Matignon. La voix de la France ne peut se régler sur l'humeur de ceux que l'on admire outre-Atlantique.

Alors, quelle stratégie ?

D'abord, tenir. Car la Russie ne gagne pas la guerre en Ukraine : ses gains nets se comptent en quelques dizaines de kilomètres carrés. Le président Zelensky s'est dit prêt à geler la ligne de front, mais la Russie refuse, car cela permettrait à l'Ukraine de se reconstituer.

Ensuite, financer. Le prêt européen de 90 milliards d'euros est une avancée, mais l'Ukraine fait face à un immense déficit et le Conseil européen de fin novembre devra trancher, notamment sur les avoirs russes.

Enfin, se préparer. La coalition des volontaires prépare une force de réassurance pour l'après cessez-le-feu ; mais elle repose sur un filet de sécurité américain, qui n'est pas garanti.

Ces trois exigences imposent l'autonomie. Clemenceau, qui appartenait à notre famille politique, disait : « Il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. » Nous savons ce que nous voulons : une paix juste pour l'Ukraine et pour l'Europe. (Applaudissements sur les travées du RDSE)

M. Michaël Weber .  - D'un côté, l'Ukraine, qui résiste avec courage à l'impérialisme russe, de l'autre Trump, opportuniste mégalomane, le paon de Mar-a-Lago devenu canard boiteux des États-Unis, qui méprise l'État de droit, déstabilise l'économie mondiale, fait affaire avec Moscou et Minsk, se désintéresse d'une Ukraine martyrisée par un État russe meurtrier...

Le nouveau congrès américain doit exiger de la transparence, empêcher l'accord scélérat sur le diesel et voter de nouvelles sanctions contre la Russie.

Mais ne cédons pas au triomphalisme, car le soutien à l'Ukraine reste à la marge des préoccupations américaines. Et les outrances et la malhonnêteté de Trump pèseront encore.

L'Ukraine, qui s'apprête à affronter un nouvel hiver avec une protection aérienne fragilisée, doit pouvoir compter sur l'Europe.

Trump, lui, continuera de s'appuyer sur ses alliés d'extrême droite pour tenter de déstabiliser le soutien à l'Ukraine. Sous couvert de pacifisme, le RN est sa meilleure béquille - nous venons d'en avoir la confirmation.

Et que penser des promesses de paix de ceux qui prennent pour cibles des hôpitaux et des écoles ? Voilà la paix par le sang voulue par Poutine, avec la complicité de Trump et de l'extrême droite. (M. Aymeric Durox soupire.)

Il y a 80 ans, Churchill rappelait à la démocratie américaine que la primauté induit une responsabilité. Il appelait aussi de ses voeux une Europe unie. Il a eu la lucidité de voir que nos problèmes ne disparaîtraient pas en nous voilant la face...

Sans attendre, l'Union européenne doit financer la défense et la reconstruction de l'Ukraine avec les avoirs gelés russes. Elle doit aussi accélérer le processus d'adhésion, car l'avenir de l'Ukraine s'inscrit dans l'Union européenne. (Applaudissements sur les travées du groupe SER ; M. Marc Laménie applaudit également.)

Mme Eléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger .  - Les élections américaines, qui modifient les rapports de force à Washington, auront probablement des conséquences sur le soutien de l'Amérique à l'Ukraine.

Je remercie M. Malhuret pour ce débat et partage pleinement son analyse : nous aurions tort de penser que tout est réglé.

Ce conflit dépasse l'Ukraine, car il s'agit de la volonté expansionniste de la Russie. Les manoeuvres de cette dernière sur le continent européen - campagnes de désinformation, incursions de drones... - nous imposent de renforcer notre souveraineté stratégique européenne.

Dans cette guerre d'agression illégale, l'Ukraine se défend de façon exemplaire. Il est désolant de voir des députés insoumis s'opposer au soutien à l'Ukraine, et donc affaiblir l'Europe. Et au Sénat, le nouveau groupe UNT soutient une candidate qui a annoncé l'arrêt de l'aide à l'Ukraine en cas de victoire... (M. Aymeric Durox s'exclame.)

Au-delà du respect de l'intégrité territoriale d'un État, abandonner l'Ukraine, c'est aussi mettre en péril la sécurité de nos compatriotes, car l'issue de cette guerre sera déterminante pour l'avenir de l'Europe. L'aider relève donc autant de la solidarité que de la défense de nos intérêts stratégiques. L'Ukraine est notre première ligne de défense.

Même si la position américaine a connu de nombreux revirements, nous n'avons jamais cessé de dialoguer avec les États-Unis, selon une ligne invariable : soutien à l'Ukraine et pression sur la Russie. Le résultat des midterms aura des conséquences sur la politique étrangère des États-Unis. Mais l'Union européenne doit aussi accroître sa capacité d'agir.

L'échéance électorale française de 2027 sera, elle aussi, essentielle : la confirmation, ou non, de notre soutien à l'Ukraine seront déterminants pour notre sécurité et notre souveraineté. (Applaudissements sur les travées du RDPI, des groupes INDEP, UCI et du RDSE)

M. Claude Malhuret, pour le groupe Les Indépendants .  - La nouvelle donne américaine modifie-t-elle les perspectives de la guerre en Ukraine ? Devons-nous changer de stratégie ? Tels étaient les termes de notre débat.

La réponse, très majoritaire : la défaite de Trump est une opportunité, mais elle ne doit pas conduire l'Europe à différer la construction de son autonomie stratégique. Au contraire, nous devons renforcer notre soutien à l'Ukraine qui, depuis quatre ans, se défend avec héroïsme. Car les Ukrainiens défendent un principe fondamental de la sécurité européenne : les frontières ne peuvent être modifiées par la force.

La paix est notre objectif, mais une paix imposée à l'Ukraine au prix de sa souveraineté serait inacceptable. Notre responsabilité est de permettre à l'Ukraine de négocier, le moment venu, dans des conditions favorables. Cela implique la poursuite de l'assistance financière et militaire et la préparation de sa reconstruction. Il faut n'avoir jamais lu un livre d'histoire pour ne pas comprendre que ne pas soutenir l'Ukraine aura un prix infiniment plus élevé plus tard.

Ce débat a montré que, malgré les contorsions récentes de leurs dirigeants, les extrêmes de cet hémicycle n'ont pas changé : ils soutiennent l'agresseur et dénigrent l'agressé. Le RN, souverainiste à Paris, lâche les Ukrainiens qui défendent leur propre souveraineté... Les communistes, qui dénoncent l'impérialisme américain, sont moins indignés quand ce sont des chars russes qui franchissent des frontières... Ils nous proposent d'acheter la paix - nom poli pour la victoire de l'agresseur - en sacrifiant la liberté de l'Ukraine. (M. Philippe Folliot renchérit.) Mais on ne garantit pas la paix en récompensant ceux qui font la guerre !

Aucune paix durable ne saurait être construite contre l'Ukraine. L'autonomie stratégique européenne n'est pas une ambition lointaine : c'est un engagement nécessaire et urgent. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, UCI, Les Républicains, du RDPI, du RDSE et du groupe SER)

Prochaine séance, lundi 9 novembre 2026, à 15 heures.

La séance est levée à 18 h 45.

Pour le Directeur des Comptes rendus du Sénat,

Rosalie Delpech

Chef de publication

Ordre du jour du lundi 9 novembre 2026

Séance publique

À 15 heures, le soir et la nuit

Présidence : M. Gérard Larcher, président, M. Pierre Barros, vice-président, M. Bernard Jomier, vice-président

. Projet de loi de financement de la sécurité sociale, considéré comme rejeté par l'Assemblée nationale, pour 2027 (n°138, 2026-2027)