Le 10 juin 2026, sous la présidence de MM. Etienne Blanc (Les Républicains - Rhône), président du groupe de liaison avec les chrétiens d’Orient, les minorités au Moyen-Orient et les Kurdes et Dominique de Legge (LR – Ille-et-Vilaine), président, les deux groupes se sont entretenus avec Sa Béatitude le Cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, en présence de Mgr Hugues de Woillemont, Directeur général de l’œuvre d’Orient et de M. Nicolas Kassianides, Consul général de France à Jérusalem.

Étaient également présents Mme Catherine Belrhiti (LR – Moselle), M. François Bonneau (Union centriste – Charente), Mme Valérie Boyer (LR – Bouches-du-Rhône), M. François-Noël Buffet (Les Républicains – Rhône), M. Christian Cambon (Les Républicains – Val-de-Marne), M. Emmanuel Capus (Les indépendants - République et territoire – Maine-et-Loire), Mmes Laure Darcos (Les Indépendants – République et territoire – Essonne), Patricia Demas (LR – Alpes-Maritimes), Catherine Di Folco (Les Républicains – Rhône) et Jacqueline Eustache-Brinio (LR – Val-d’Oise), M. Gilbert Favreau (LR – Deux-Sèvres), M. Rémi Féraud (Socialiste, Écologiste et Républicain – Paris), M. Jacques Grosperrin (Les Républicains – Doubs), M. Loïc Hervé (Union Centriste – Haute-Savoie), Mme Else Joseph (LR – Ardennes), M. Daniel Laurent (Les Républicains – Charente-Maritime), Mme Christine Lavarde (Les Républicains – Hauts-de-Seine), Mme Marie Mercier (Les Républicains – Saône-et-Loire), M. Louis-Jean de Nicolaÿ (LR – Sarthe), M. Pierre Ouzoulias (Communiste, Républicain, Citoyen, Écologiste et Kanaky – Hauts-de-Seine), M. Pierre-Jean Rochette (Les Indépendants – République et Territoire - Loire)et M. Michaël Weber (SER – Moselle).

M. Etienne Blanc, président du groupe de liaison, a accueilli Sa Béatitude le Cardinal Pietro Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, rappelant que ce Patriarcat est l’une des plus anciennes institutions chrétiennes du monde. Il couvre un territoire qui, outre Israël, la Palestine et la Jordanie, s’étend jusqu’à Chypre et où se croisent les trois grandes religions monothéistes. La présence chrétienne bimillénaire est irremplaçable et se maintient dans des conditions souvent éprouvantes.

Depuis son élévation au rang de Cardinal par le Pape François en septembre 2023, SB le Cardinal Pizzaballa incarne avec une autorité reconnue internationalement la voix des chrétiens d’Orient. Il est le Pasteur d’une Église qui administre des dizaines de paroisses, des écoles, des hôpitaux et des œuvres sociales au service de populations de toutes confessions. Sa mission consiste en une présence concrète, quotidienne, qui contribue à la résilience des communautés chrétiennes en Orient. Il contribue également à l’éducation pour maintenir le niveau de vie des Chrétiens en Israël et en Palestine et maintenir leur présence.

Son action s’inscrit dans trois grandes missions : le soin pastoral des communautés catholiques latines de la région ; le dialogue interreligieux, condition sine qua non de toute coexistence durable en Terre Sainte et la défense des droits fondamentaux des populations civiles, sans distinction d’origine ni de confession.

M. Etienne Blanc a interrogé SB le Cardinal Pizzaballa sur trois sujets :

- d’abord, sur la récente législation israélienne qui encadre strictement les activités des organisations non gouvernementales (ONG), en particulier celles qui reçoivent des financements étrangers. Dans quelle mesure cette loi affecte-t-elle concrètement les œuvres caritatives, éducatives et humanitaires du Patriarcat latin (Caritas Jerusalem notamment), et plus largement la capacité des Églises à exercer leur mission en Terre Sainte ?

- deuxièmement, sur la Syrie et l’avenir des chrétiens. La chute du régime Assad a ouvert une période de transition dont les contours restent incertains. Les nouvelles autorités syriennes ont affiché des engagements en matière de pluralisme religieux, mais les minorités chrétiennes demeurent dans une grande vulnérabilité. Quelle est l’attitude du nouveau régime syrien quant à la tolérance religieuse, et quelles sont les perspectives pour les communautés chrétiennes qui ont choisi de rester en Syrie ou qui envisagent d’y revenir ?

- enfin, sur le Liban. C’est le pays du Proche-Orient où la présence chrétienne est la plus structurée politiquement et la plus visible socialement. Pourtant, le conflit récent avec le Hezbollah, les destructions dans le Sud et la Bekaa, et la crise économique persistante fragilisent profondément cette communauté. Quel est l’impact du conflit actuel sur la communauté chrétienne maronite, et faut-il craindre une nouvelle vague d’émigration qui affaiblirait durablement la présence chrétienne dans ce pays ?

M. Dominique de Legge, président du groupe d’amitié France-Saint-Siège, s’est pour sa part demandé comment il était possible d’appuyer les démarches de paix et le rôle joué par l’Eglise en Terre sainte dans ce but.

SB le Cardinal Pizzaballa a expliqué que les événements du 7 octobre puis la guerre qui a suivi ont été comparés en Israël à la Shoah et en Palestine à la Nakba. C’est dire l’ampleur du traumatisme et de la fracture entre les deux sociétés. A Gaza, le bâti est détruit à 80 %. Les hôpitaux restants ne sont que partiellement fonctionnels pour plus de 2 millions d’habitants. Il n’y a quasiment plus d’écoles. Le soutien du Président de la République française, annoncé le 9 juin, pour reconstruire à Gaza une école capable d’accueillir un millier d’élèves est donc particulièrement bienvenue. 

En Cisjordanie, la situation s’est fortement dégradée avec la multiplication des colonies et les attaques quotidiennes des colons contre les populations palestiniennes. La période actuelle apparaît comme cruciale pour savoir si un avenir à deux Etats sera encore possible ou non.

Fondamentalement, c’est le sentiment de haine et de défiance entre les deux peuples qui inquiète. Les perspectives d’avenir sont très difficiles et ce ne sont pas non plus les leaders actuels qui parviendront à les dessiner tant ils sont engagés dans la guerre.

Dans ce contexte, le rôle de l’Eglise et des religions est d’ouvrir à l’Espérance et à une autre solution que l’affrontement. En Israël comme en Palestine, il y a des « anti-corps » c’est-à-dire des groupes et des associations qui refusent la situation actuelle et veulent un autre avenir. C’est très important d’en parler, car on ne doit pas laisser l’espace public aux extrémistes. Aujourd’hui, le gouvernement israélien est le plus extrémiste de l’histoire et cherche à exclure tous ceux qui ne vont pas dans son sens. Il porte la vision d’un monde où l’Etat hébreu est entouré d’ennemis. Dans cette perspective, les ONG sont vues comme hostiles dès lors qu’elles travaillent avec les Palestiniens. C’est notamment le cas de l’ONG catholique Caritas Jerusalem.

En Syrie, il n’y a pas d’autre possibilité que de se montrer pragmatique et de travailler à maintenir le dialogue avec le gouvernement en place. Toute alternative serait pire et il faut donc œuvrer sans naïveté pour éviter une dérive et aider au pluralisme et au respect des minorités en veillant à leur sécurité. Ce sera nécessairement long et complexe après 10 ans de guerre et plusieurs décennies de dictature.

Quant au Liban, SB le Cardinal Pizzaballa a affirmé que son avenir dépend de Jérusalem, le pays étant très lié à la Terre Sainte. C’est le point le plus fragile. Comme un fil qui risque de se casser. Il faut chercher par tout moyen d’arrêter la guerre et de résoudre la question de l’Iran. 

En réponse à une question de M. Etienne Blanc sur la Syrie, SB le Cardinal Pizzaballa a rappelé qu’il y a encore des millions de réfugiés à l’extérieur du pays. Le gouvernement actuel s’est mis en place alors que l’Etat et les forces de sécurité ne sont pas véritablement opérationnels et organisés. Il faut mettre de l’ordre mais cela sera difficile car les attaques viennent des milices de Daech dispersées sur le territoire et encore agissantes. C’est un venin qui infuse. 

En réponse à Mme Christine Lavarde, présidente du groupe d’amitié France-Liban, concernant la responsabilité de la communauté internationale et le départ annoncé de la Finul dans moins de 6 mois ainsi que le rôle que pourrait jouer la diplomatie vaticane, SB le Cardinal Pizzaballa a souscrit à l’approche de la sénatrice selon laquelle le Liban concentre toutes les tensions : Iran/ Israël Golfe/ Arabie saoudite / USA. Selon lui, le Moyen-Orient seul ne pourra pas sortir de cette situation. Il ne peut pas avoir de perspectives d’accord s’il n’existe pas une volonté d’aboutir. Seule la présence des forces multinationales peut arrêter la guerre. Il s’agit de maintenir le cessez-le-feu et de freiner le regain des extrémismes. À cet égard, le Saint-Siège œuvre discrètement, avec l’objectif de garder le canal du dialogue ouvert avec les différentes parties prenantes. 

En réponse à M. Pierre Ouzoulias, qui s’interrogeait sur la présence chrétienne au Moyen-Orient, SB le Cardinal Pizzaballa a rappelé que sur une population de 2 millions de personnes à Gaza, il ne restait que 541 chrétiens, soit moitié moins qu’avant le début du conflit ; un peu plus en Cisjordanie, avec une communauté estimée à 45 000 chrétiens. À Jérusalem, il est plus difficile de donner des chiffres exacts. En Israël, il y aurait environ 530.000 chrétiens d’origine arabe sur 9,5 millions d’habitants. En Irak et en Syrie, la population chrétienne a diminué d’environ deux tiers. Il resterait moins de 300 000 chrétiens – vraisemblablement plus proche de 200 000 – sur le million qu’il y avait avant Daech en Irak. 

Répondant à M. Mickaël Weber, qui au-delà de la prière et de la solidarité, s’interrogeait sur le rôle de la diplomatie vaticane, SB le Cardinal Pizzaballa a fait valoir que la prière est le prélude de la diplomatie car elle change la façon dont on entre en relation avec les autres et dont on perçoit la réalité. Après la prière, il faut agir.  

À M. Christian Cambon qui s’interrogeait sur les moyens de faire revenir les chrétiens au Moyen-Orient, le Père Poquillon. a fait valoir les bienfaits du soutien apporté aux écoles via le Fonds des Écoles d’Orient, financé à parité par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et l’Œuvre d’Orient. Il a fait valoir aux sénateurs que les collectivités locales peuvent abonder le fonds, à l’image des départements de la Savoie et des Hauts-de-Seine. 

Contacts :

  • Mme Anne-Laure SAINT-DIZIER (pour le Groupe de liaison, de réflexion, de vigilance et de solidarité avec les chrétiens, les minorités au Moyen-Orient et les Kurdes)
    01.42.34.21.67– Courriel : al.saint-dizier@senat.fr
  • M. Matthieu MEISSONNIER (pour le groupe d’amitié France-Saint-Siège)
    01.42.34.20.55– Courriel : m.meissonnier@senat.fr