Le 26 mai 2021, le groupe interparlementaire d’amitié France-Europe du Nord, présidé par M. André Gattolin (Rassemblement des Démocrates, Progressistes et Indépendants – Hauts-de-Seine), a reçu M. Etienne De Gonneville, Ambassadeur de France en Suède.

Étaient en outre présents M. Alain Richard (RDPI – Val-d’Oise), Mme Angèle Préville (Socialiste, Ecologiste et Républicain – Lot), Mme Laurence Harribey (SER – Gironde), Mme Colette Mélot (Les Indépendants – République et Territoires – Seine-et-Marne), Mme Nadège Havet (RDPI – Finistère) et Mme Elisabeth Doineau (Union Centriste – Mayenne).

M. Etienne de Gonneville a présenté la stratégie suédoise de gestion de la crise sanitaire. Il a expliqué que ce sont les agences publiques de santé qui ont établi des recommandations, que le gouvernement a principalement suivies. Aucun confinement strict n’a été imposé, ni même le port du masque. L’objectif initial était de diminuer le nombre de contaminations grâce à la distanciation sociale. La discipline des Suédois, ainsi que la faible densité démographique, laissaient espérer que la responsabilisation de la population suffirait à endiguer l’épidémie. Malgré l’instauration massive du télétravail, le maintien de l’ouverture des commerces et le non-port de masque ont pourtant entrainé un taux de mortalité largement supérieur à celui de la région. Le pays a également été durement touché par une deuxième vague, survenue à l’automne 2020, en raison d’un manque d’anticipation et de préparation de la part des autorités.

Bien que plusieurs incohérences aient été relevées dans la stratégie de gestion de la pandémie, celle-ci n’a pas donné lieu à un débat public et la population, faisant preuve de résilience, a appliqué les consignes. La situation s’est améliorée à partir du début du mois de mai 2021, et le taux de mortalité a particulièrement baissé dès le début de la vaccination. Néanmoins, les ministres suédois ont pour consigne de ne pas recevoir leurs homologues étrangers. Le calendrier du déconfinement n’a pas été précisé et les entreprises ont pour consigne de maintenir le télétravail jusqu’à l’automne prochain.

Si l’économie suédoise a été relativement épargnée, M. de Gonneville a souligné que le chômage a atteint un taux de 9% de la population active et demeure un point d’attention. Le PIB a toutefois retrouvé son niveau d’avant-crise.

D’une manière plus générale, M. Etienne de Gonneville a expliqué que les Suédois font preuve d’une véritable méfiance envers les plans de relance européens et l’endettement public. Par ailleurs, l’échec de leur stratégie de gestion de la crise a suscité un sentiment d’humiliation du modèle nordique et a suscité des interrogations sur l’efficacité du système de gouvernance suédois. Celui-ci relève d’une organisation particulière, composée de peu de fonctionnaires et d’une majorité de contractuels. De plus, les politiques publiques sont appliquées par un large réseau d’agences faisant preuve d’une grande autonomie. Toutefois, ce sujet ne semble pas au cœur du débat des prochaines élections législatives de septembre 2022, plutôt marqué par les questions de l’immigration et de la criminalité. M. de Gonneville a rappelé qu’un rapprochement politique entre les partis de droite et d’extrême-droite était en cours.

A la suite d’une question de Mme Angèle Préville portant sur l’état de la relation bilatérale franco-suédoise, M. de Gonneville a affirmé que celle-ci fait l’objet d’une dynamique nouvelle depuis 2017 et que le regard porté par les acteurs suédois sur la France a changé. La Suède, dont les partenaires européens traditionnels étaient l’Allemagne et le Royaume-Uni, se tourne désormais vers la France dans des domaines variés tels que l’énergie, les transports ou encore la défense. La Suède dispose d’importantes ressources à investir, et les autorités françaises travaillent activement à promouvoir les intérêts de la France auprès des Suédois. Ainsi, les entreprises suédoises seront largement représentées au forum « Choose France » de juin 2021. Cependant, la Suède ne représentant qu’une population de 10 millions d’habitants, les entreprises françaises considèrent le marché nordique dans sa totalité, de l’Islande à la Finlande. Par ailleurs, en dépit de séminaires conjointement organisés, la pandémie a ralenti les projets du partenariat stratégique pour l’innovation et les solutions vertes, bien que celui-ci demeure une priorité pour les deux pays.

Interrogé par M. Alain Richard à propos de la précarité de la majorité présidentielle actuelle face à l’ampleur du débat sur les questions d’immigration. M. Etienne de Gonnevillle a répondu que l’alliance de la droite avait proposé de modifier les modalités d’accueil des immigrés, afin d’éviter de faire face à une vague migratoire similaire à celle de 2015. L’ambassadeur a souligné que la Suède fait aujourd’hui face à un problème d’intégration, à la suite de ces vagues migratoires.

Répondant à M. Richard à propos de la relation de la Suède avec l’OTAN, M. de Gonneville a rappelé que l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) était revenue au cœur du débat dans le cadre de la proposition de « l’option OTAN », ouvrant la voie à une future adhésion. Même si la Suède n’est pas membre de l’OTAN, elle participe parfois à des opérations menées par l’Alliance et reste très liée aux Etats-Unis. Les récentes tensions avec la Russie n’ont fait qu’amplifier cette approche.

Mme Colette Melot s’est enquis de la situation des étudiants en Suède et de la poursuite des échanges Erasmus lors de la pandémie. M. de Gonneville a répondu que la venue d’étudiants français en Suède s’est poursuivie, bien que les cours se déroulent en visioconférence. Il a néanmoins souligné que la France reste relativement peu attractive pour les étudiants suédois. Le Brexit, qui s’est accompagné de la sortie du Royaume-Uni du programme Erasmus+, peut être une opportunité pour renforcer l’attractivité de la France.

Mme Laurence Harribey s’est interrogée sur les relations de la Suède avec l’Union européenne. M. Etienne de Gonneville a souligné que si les autorités suédoises ont approuvé les mesures européennes liées à la crise, celles-ci insistent sur leur caractère qui doit rester exceptionnel. La Suède s’est opposée à la mise en place d’un salaire minimum européen, les partenaires sociaux estimant qu’une régulation européenne pourrait miner le modèle social scandinave.

A la suite d’une question de Mme Elisabeth Doineau portant sur la campagne de vaccination, M. de Gonneville a expliqué que les Suédois ont confiance en leurs institutions et ne sont pas réfractaires à la vaccination. Les vaccins Pfizer et Moderna sont utilisés en grande quantité. Néanmoins, le vaccin AstraZeneca, conçu par un laboratoire britannico-suédois et massivement injecté au début de la campagne, pose problème en raison des limites qui sont apparues le concernant.

Enfin, M. de Gonneville s’est réjoui que la langue française ait finalement été reconnue sur les tests PCR en Suède, grâce au travail de l’Ambassade. Les autorités suédoises ont approuvé le mécanisme du Pass sanitaire proposé par la Commission européenne.

M. Etienne de Gonneville, Ambassadeur de France en Suède

Contact(s)