Le 11 Mai 2021, M. Hervé MAUREY, Président du groupe d'amitié France-Asie centrale, a participé à un échange par visioconférence avec M. Sadik Safayev, Premier vice-président du Sénat d'Ouzbékistan et les membres du groupe d'amitié Ouzbékistan-France du Sénat ouzbèke, en présence de S.E. M. Sardor RUSTAMBAEV, Ambassadeur d'Ouzbékistan à Paris.

Étaient en outre présents : MM. Louis-Jean de NICOLAY (Les Républicains – Sarthe), Vice-président, Jean-Paul PRINCE (Union Centriste – Loir-et-Cher), Président délégué pour le Tadjikistan, Lucien STANZIONE (Socialiste, écologiste et républicain – Vaucluse), Vice-président, André REICHARDT (LR – Bas-Rhin), Vice-Président et Mmes Nadia SOLLOGOUB (UC – Nièvre), Présidente déléguée pour le Kirghizistan, et Kristina PLUCHET (LR – Eure).

M. Hervé Maurey, après avoir présenté l’ensemble de la délégation française, a dit se réjouir d’une prochaine visite d’une délégation du groupe d’amitié en Ouzbékistan, puisqu’une délégation du groupe d’amitié a été autorisée à y effectuer une mission cette année. Le président s’est dit particulièrement impatient de visiter l’Ouzbékistan, en particulier Khiva, Boukhara, Tachkent ou Samarcande. La France entend bien être « le partenaire majeur » de l’Ouzbékistan au sein de l’Union européenne. La visite officielle en France du Président de la République d’Ouzbékistan, M. Shavkat Mirziyoyev, en octobre 2018, lors de laquelle il avait notamment été reçu par le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, témoigne de ce lien très fort. Afin de renforcer la coopération bilatérale, onze accords de coopération ont été signés, en particulier dans le secteur de l’énergie solaire (avec Total) ou celui de l’énergie nucléaire (avec Orano). Il s’agit maintenant de veiller à la mise en œuvre de ces accords. En 2019, une délégation française conduite par M. Jean-Baptiste Lemoyne, alors secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires européennes et étrangères de la France, s’était également rendue en Ouzbékistan.

Le Président du groupe d’amitié a ensuite remercié le Premier vice-président et l’ensemble de la délégation pour la qualité des relations interparlementaires entre les Sénats ouzbèke et français. Il a rappelé que le Sénat français s’était engagé à appuyer toute initiative de nature à renforcer les liens entre les deux États. Après avoir brièvement rappelé le fonctionnement du Sénat français, M. Hervé Maurey, président, s’est dit désireux de mieux connaître le mode de fonctionnement du parlement d’Ouzbékistan, afin d’échanger sur l’organisation du travail législatif.

Parmi les sujets d’intérêt commun, outre la stratégie de lutte contre la pandémie et les politiques de relance à mettre en œuvre pour soutenir l’économie, l’Ouzbékistan travaille actuellement sur un projet de réforme de la Justice et du Code pénal. Également à l’ordre du jour, l’unité de la République et la laïcité, mais aussi la prévention de la radicalisation et la lutte contre le terrorisme sont des sujets particulièrement d’actualité pour les parlements français et ouzbèk.

M. Hervé Maurey s’est également dit intéressé par les importantes réformes économiques, sociales et fiscales entreprises par le pays depuis 2016, date de l’élection de M. Shavkat Mirziyoyev à la présidence de la République, ainsi que par les évolutions réalisées dans le domaine des droits de l’Homme, en matière de liberté d’expression et de liberté religieuse.

Autre point d’attention, l’organisation des élections présidentielles en cours en Ouzbékistan, prévues au mois d’octobre, alors que la France prépare l’élection présidentielle qui se tiendra au printemps 2022.

M. Sadik Safayev, Premier vice-président du Sénat d’Ouzbékistan, a remercié la délégation française de l’intérêt qu’elle porte à la coopération interparlementaire avec l’Ouzbékistan. Dans le cadre du vaste chantier de réformes lancé par le président Mirziyoyev, élu en 2016 après la disparition du président Islom Karimov, chef de l’Etat depuis l’indépendance du pays, l’Ouzbékistan attache une très grande importance à la coopération avec la France, avec laquelle elle partage des intérêts communs. Les réformes concernent notamment la libéralisation de l’économie et le renforcement de l’État de droit, sujets auxquels la France prête une attention particulière. Le Sénat ouzbek est directement concerné par ces réformes, qui l’ont conduit à développer notamment ses activités de contrôle de l’action gouvernementale.

Sur le plan économique, d’importantes mesures en faveur d’une libéralisation de l’économie ont été adoptées, à commencer par la privatisation de plus de 2000 entreprises appartenant jusqu’alors à l’État. Le Vice-président s’est félicité que M. Franck Riester, ministre du Commerce Extérieur français, se soit rendu en Ouzbékistan afin de concrétiser les différents accords de coopération signés récemment entre les deux pays dans le domaine économique. Le Sénat ouzbek contribue à leur mise en œuvre par le rôle important dans l’exécution du budget et son contrôle.

D’importantes réformes sont également actuellement en cours en faveur d’une meilleure gouvernance démocratique et d’un renforcement de l’État de droit. L’élection de l’Ouzbékistan, en octobre 2020, parmi les 47 États membres du Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations Unies, pour un mandat de trois ans aux côtés de la France, est le signe d’une réelle volonté du pays de progresser sur ces sujets. Le Sénat travaille par exemple sur une importante réforme de la justice et du Code pénal (limitation relative des pouvoirs des procureurs, renforcement des droits des personnes en garde à vue, condamnées ou détenues ; réforme des nominations de magistrats). Plusieurs textes de loi visent en outre à consacrer juridiquement la liberté de culte et de parole, ou encore à interdire le travail des enfants.

Le Premier vice-président a ensuite présenté le Sénat ouzbek, lequel comprend 100 sénateurs, dont 84 élus directement par les régions (six sénateurs par région), et 16 nommés par le Président pour représenter des intérêts nationaux tels que la science, la recherche et l’enseignement. Le Premier vice-président a dit « apprendre beaucoup du Sénat français », avec lequel les liens de coopération ont toujours été d’une grande qualité.

L’Ouzbékistan se prépare également pour les prochaines élections présidentielles, qui devraient avoir lieu en octobre. M. Sakik Safayev a assuré a que ces élections seront « libres et honnêtes, » en complète conformité aux exigences de la communauté internationale et de la France.

Le Premier vice-président se réjouit que la France participe « au renouveau de la société ouzbèke. » Il s’est félicité, qu’au-delà des aspects économiques et institutionnels, la coopération avec la France touche également au domaine culturel. Sur le plan linguistique, il a rappelé que le nombre d’étudiants apprenant le français croît en Ouzbékistan, tous les établissements de l’enseignement supérieur proposant désormais des enseignements en français. En 2022, une exposition consacrée à la renaissance de l’Asie centrale est prévue au Louvre en partenariat avec l’Ouzbékistan. Le Premier vice-président a formulé le vœu que le Président Maurey puisse l’accompagner à l’inauguration de l’événement.

Enfin, en tant que membre de la chambre haute représentant des territoires, le Premier vice-président s’est dit également favorable à la promotion de la coopération décentralisée entre les régions. Un projet de coopération entre les villes de Strasbourg et de Tachkent est actuellement en cours de discussion.

S’en est suivi un échange de vues entre les sénateurs français et ouzbèkes.

A une question de M. Maurey portant sur les secteurs concernés par les privatisations, le Premier vice-président a indiqué que celles-ci concernaient tous les secteurs, y compris les banques, l’énergie, le pétrole et le gaz, mais aussi le textile, particulièrement important en Ouzbékistan, ou encore le tourisme et les infrastructures. Dans ce contexte, le Premier vice-président a précisé que le rôle des petites et moyennes entreprises serait amené à croître, notamment dans le secteur agroindustriel. L’Ouzbékistan ferait bientôt partie des leaders mondiaux de la production agroalimentaire. Dans ce cadre, il a appelé de ses vœux une plus grande coopération avec les sociétés françaises, convaincu que « les fruits et légumes ouzbèques succulents sauront trouver une place sur les marchés européens. »

M. André REICHARDT, après avoir rendu hommage au Premier vice-président pour la qualité des relations qu’il a réussi à instaurer dans le cadre du groupe d’amitié, a confirmé l’importance de la coopération décentralisée et s’est dit particulièrement enclin à promouvoir le partenariat entre les villes de Tachkent et de Strasbourg en tant que sénateur du Bas-Rhin. Dans le cadre du groupe d’amitié, des échanges concernant la lutte contre le terrorisme et la prévention de la radicalisation seraient également pertinents.

Mme Kristina PLUCHET, membre de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes du Sénat français, s’est réjouie de la présence croissante des femmes au sein du parlement d’Ouzbékistan. Elle s’est ensuite enquise des actions entreprises par le Sénat ouzbek afin de promouvoir la participation des femmes au sein de la vie publique, avec l’espoir de développer une coopération dans ce domaine avec le Sénat français. Le Premier vice-président a indiqué que cette question figure au centre de l’attention du parlement comme du gouvernement ouzbeks. Une commission dédiée à l’égalité entre les sexes a spécialement été créée au sein du Sénat ouzbek. Aujourd’hui, six régions sont dirigées par des femmes en Ouzbékistan. Le pays compte également quelques ministres femmes, et la loi instaure un quota de 30 % de femmes au sein des institutions publiques. Dans les faits, la proportion de femmes au sein du parlement est encore plus importante que le seuil minimal prévu par la loi.

En tant que membre de la commission du développement durable, M. Louis-Jean de NICOLAY s’est enquis des mesures prises par le gouvernement ouzbek en faveur de la protection de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique, avec une attention particulière concernant l’accès à l’eau potable, sujet majeur en Ouzbékistan. Le Premier vice-président a indiqué que cette question revêtait une importance exceptionnelle pour l’Ouzbékistan, particulièrement pour le Sénat, dont le président est aussi membre de la commission développement durable. La préservation des ressources en eau est un problème grave pour l’Asie centrale. La disparition de la mer d’Aral en 50 ans a eu des répercussions désastreuses pour l’économie, la biodiversité, l’agriculture, ou encore la dégradation des sols. Du fait de certaines pratiques résultant directement de l’activité humaine, l’Ouzbékistan subit le réchauffement climatique lequel se traduit par une pénurie en eau. Pour l’Ouzbékistan, « la lutte contre le réchauffement climatique est une question de vie ou de mort ». C’est pourquoi, l’État a signé les accords de Paris sur le climat, conscient que la France fait figure de leader en matière de transition écologique. Là encore, le Sénat joue un rôle crucial : alors que l’action du gouvernement est limité à la durée de son mandat, le Sénat peut adopter une vision de plus long terme », en portant un regard particulièrement attentif à la préservation de la planète.

En tant que sénateur du Vaucluse, région particulièrement connue pour le festival d’Avignon, et membre de la commission de la culture, M. Lucien STANZIONE s’est dit particulièrement intéressé par la promotion de la coopération culturelle entre les deux États. La France, comme l’Ouzbékistan, est particulièrement attachée à la préservation du patrimoine architectural, sujet d’intérêt commun pour les deux États.

Mme Nadia SOLLOGOUB s’est montrée particulièrement concernée par la coopération au sein des filières agricoles, auxquelles elle a estimé primordial d’accorder une attention spécifique dans le cadre de la crise sanitaire. Dans un contexte international tendu, la coopération interparlementaire doit jouer un rôle de premier plan.

Enfin, M. Jean-Paul PRINCE, Président délégué pour le Tadjikistan, s’est interrogé sur les relations de l’Ouzbékistan avec le Tadjikistan, notamment au sujet du barrage de Rogoun, dont la construction a autrefois été source de tensions entre les deux États. En réponse, le Premier vice-président a fait valoir que, depuis 2016, les relations avec le Tadjikistan concernant la coopération en matière de gestion de l’eau se sont nettement améliorées. Un climat de confiance a été instauré, et le président ouzbek se rendra en juin au Tadjikistan afin de parvenir à une solution diplomatique. Aujourd’hui, « les deux États sont prêts pour trouver des compromis et aller de l’avant, en relevant des défis communs ».

La réunion s’est conclue avec la perspective de se retrouver à Tachkent à la fin du mois d’aout.

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