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DÉLÉGATION À L'AMÉNAGEMENT ET AU DÉVELOPPEMENT DURABLE DU TERRITOIRE
Mercredi 16 octobre 2002
- Présidence de M. Jean François-Poncet, président -
Audition de M. Jean-François Royer, inspecteur général, chef du département "Action régionale" de l'Institut national des statistiques et des études économiques (INSEE)
La délégation a procédé à l'audition de M. Jean-François Royer, inspecteur général, chef du département "Action régionale" à l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE).
S'appuyant sur les indications tirées du dernier recensement de 1999, M. Jean-François Royer a présenté les caractéristiques principales des évolutions de la démographie territoriale et du nouvel équilibre interrégional à l'aube du nouveau siècle. Il a ainsi relevé la particularité de la France, par rapport à ses partenaires européens, en matière de fécondité, dont le taux important explique que la croissance de la population française sur la décennie ait été presque intégralement assurée par l'excédent des naissances sur les décès, le solde migratoire étant marginal. En revanche, la répartition interne de ce gain général de population a été profondément bouleversée, puisqu'un important mouvement migratoire a profité aux ensembles régionaux du Sud du territoire, tandis qu'aux espaces déficitaires traditionnels du Nord et de l'Est se sont ajoutées l'Ile-de-France et les régions périphériques, qui ont perdu leur attractivité, et dont le solde migratoire total a été négatif à hauteur de - 500 000 personnes sur la période. Cette donnée importante et inédite est corroborée par des études démontrant qu'à l'exception des étudiants, les flux migratoires en Ile-de-France sont de plus en plus déficitaires pour toutes les autres catégories d'âges : au contraire des décennies précédentes, les actifs autres que les cadres supérieurs ne sont plus attirés par cette région, tandis que s'accroissent par ailleurs les départs des franciliens retraités.
S'agissant de la mobilité générale dans le pays, M. Jean-François Royer a souligné sa réduction globale, observant que seuls les déplacements quotidiens domicile/travail étaient en sensible augmentation tant en quantité qu'en distance, et qu'à contrario, les migrations résidentielles définitives étaient en très forte diminution. Si l'Ile-de-France, a-t-il ajouté, se spécialise dans les métiers de commandement et à forte valeur ajoutée, ce sont d'autres régions qui, outre les retraités, attirent désormais les actifs (Rhône-Alpes, PACA, régions de l'Ouest et du Sud-Ouest) ; les modifications de la démographie du travail dans les années qui viennent, avec les départs massifs à la retraite des générations du « baby-boom », devraient donc confronter l'aménagement du territoire à une problématique totalement nouvelle qu'il conviendrait d'anticiper.
Puis M. Jean-François Royer a évoqué le thème de l'urbanisation, relevant qu'un « tassement » semblait se produire dans l'urbanisation des communes rurales périurbaines dont 40 à 60 % de la population active travaillent dans la ville la plus proche. Parallèlement, un renouveau démographique se dessine dans les communes ultrapériphériques, créant ainsi une sorte de « troisième couronne » autour des villes (ce qui est en corrélation avec l'accroissement des distances des migrations quotidiennes résidence/travail), tandis que les zones rurales profondes du Sud du pays bénéficient aussi d'un accroissement de population liée sans doute à l'installation de retraités.
En réponse à M. Jean François-Poncet, président, qui lui demandait si l'on pouvait distinguer trois types d'espace rural (le rural « périurbain » qui se développe, « le rural intermédiaire » qui connaît un renouveau résidentiel et le « rural profond » qui continue à se dépeupler), M. Jean-François Royer a déclaré qu'une telle typologie était pertinente dans le Sud de la France, où des zones rurales renaissent sous les effets conjugués de l'arrivée de retraités, du développement du tourisme et des résidences de « vacances », mais que dans les franges Nord et Est du pays, on passait directement des zones périurbaines à des zones rurales en voie de dépeuplement.
Un débat s'est alors ouvert entre M. Jean François-Poncet, président, Mme Jacqueline Gourault et MM. Gérard Larcher, Bernard Piras, Claude Belot, Roger Besse et Alain Vasselle notamment sur l'amélioration des conditions de transports qui incite les actifs à dissocier de plus en plus leur lieu de résidence de leur lieu de travail.
Plusieurs régions ont été citées en exemple, où de massifs déplacements quotidiens d'actifs permettent à certaines aires urbaines de se développer, tout en maintenant dans les espaces ruraux voisins une présence résidentielle, tandis que d'autres régions voient, au contraire, leurs perspectives de développement pénalisées par ce phénomène, et d'autres encore continuent de se dépeupler.
M. Jean-François Royer a fait état, pour sa part, d'études révélant que les migrations domicile/travail, dans un rayon de 200 kilomètres autour de Paris, affectaient plus les communes de l'Ouest que celles de l'Est et du Centre, tandis qu'au Nord, la densité urbaine rendait ce phénomène un peu moins caractéristique.
En conclusion, M. Jean François-Poncet, président, a constaté que la formule « Paris et le désert français » n'était plus aujourd'hui d'actualité. Il a, cependant, relevé que si l'actuelle évolution démographique globale pouvait paraître satisfaisante, elle révélait des disparités interrégionales plus « alarmantes » et rendait nécessaire une réflexion sur le développement des métropoles d'équilibre, notamment à la lumière des exemples étrangers.