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Projet de loi de finances pour 2003 : Enseignement scolaire

 

6. Les observations de la commission

Tout en prenant acte de la valeur ajoutée apportée par les écoles et établissements relevant de l'éducation prioritaire, votre commission estime cependant que le risque de ghettoïsation de ces territoires éducatifs n'est pas nul.

Elle citera à cet égard quelques lignes de l'ouvrage déjà cité du ministre délégué à l'enseignement scolaire6(*), qui est désormais tout particulièrement chargé du dossier de la violence scolaire : « C'est ainsi, par exemple, que l'on créa les zones d'éducation prioritaire, les ZEP, qui sont, en fait, une reconnaissance de ghettos scolaires, au fond contradictoires à l'objectif que la nation s'est fixée, au XIXe siècle, même s'ils procèdent d'une ambition généreuse et sans doute indispensable. On risque de territorialiser, donc de figer ensemble le malaise social et scolaire (...) mais quand l'environnement est dangereux, il faudrait en protéger l'école plutôt que de l'exposer en l'ouvrant sur les travers de la société. Cette porosité entre le cercle scolaire et la guérilla des zones « de non droit », comme on ose dire aujourd'hui, déchaîne les comportements... »

Votre commission saluera les efforts de certains pour sortir de ces ghettos, et notamment ceux de l'IEP de Paris, qui a souhaité accueillir, il est vrai en dérogeant aux principes sacrés du concours, quelques élèves méritants de lycées classés en ZEP.

Il reste que les mesures prises pour inciter les enseignants expérimentés à enseigner en ZEP restent insuffisantes et que les établissements concernés voient leur fonctionnement trop perturbé par l'affectation de jeunes professeurs non volontaires sortant directement des IUFM, après une formation pédagogique souvent dépourvue de tout lien avec la réalité des collèges difficiles, ou d'enseignants volontaires soucieux d'accumuler le nombre de points nécessaires pour être affectés aussi rapidement que possible dans un établissement plus riant : il en résulte un turn-over de l'équipe éducative préjudiciable au suivi du projet d'établissement.

S'appuyant cependant sur des déplacements effectués dans des collèges difficiles7(*), elle tient aussi à noter que de jeunes enseignants motivés, travaillant de concert avec l'équipe de direction, sont souvent en mesure d'obtenir de meilleurs résultats que leurs aînés.

Il n'existe donc pas de recette unique pour l'éducation prioritaire dont le principe semble devoir être conservé.

* 6 Xavier Darcos - L'art d'apprendre à ignorer - Plon - septembre 2000.

* 7 Par exemple, le collège Magellan à Chanteloup-les-Vignes.