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Projet de loi de finances pour 2003 : Enseignement scolaire

 

4. Une nécessaire réflexion sur la formation des maîtres

a) Un rôle accru des universités dans la professionnalisation des futurs enseignants

Lancé le 27 février 2001, le plan de rénovation de la formation des enseignants couvre l'ensemble du cycle de formation, première année d'IUFM (préparations aux concours) et deuxième année d'IUFM (enseignants stagiaires), intégrant en amont le cursus universitaire et en aval l'accompagnement de l'entrée dans le métier et la formation continue.

Les universités ont été invitées par une circulaire ministérielle du 6 juillet 2001 à développer leurs efforts dans le domaine de la professionnalisation des étudiants se destinant à devenir enseignants. Ces efforts, qui s'inscrivent dans les projets d'établissements et sont évalués dans le cadre de la politique contractuelle portent sur :

- le renforcement de leur collaboration avec les IUFM pour accroître l'efficacité des préparations aux concours de l'enseignement ;

- la revitalisation des modules de pré-professionnalisation offrant aux étudiants une première sensibilisation au métier d'enseignement  et l'organisation, dès l'année de licence, d'un court stage en établissement scolaire pour tous les étudiants souhaitant préparer un concours de l'enseignement ;

- le renforcement de la culture générale dans la discipline concernée des étudiants en licence se destinant au métier d'enseignant ;

- le développement des licences pluridisciplinaires adaptées aux compétences générales nécessaires aux futurs enseignants ;

- la montée en charge des dispositifs permettant la délivrance du CLES niveau 2 certifiant l'acquisition préalable d'une compétence en langues par les étudiants se présentant aux concours de professeur des écoles ;

- la mise en place de dispositifs diversifiés d'aide à la réussite favorisant l'orientation et la réorientation en cas d'échec aux concours ;

- l'inscription des parcours de formation dans une perspective de construction des cursus en crédits européens de formation universitaire.

b) Des concours de recrutement modifiés

Des modifications apportées au concours des professeurs des écoles  ont donné lieu à la publication d'un programme national pour le recrutement 2003. Il est également envisagé une modification des épreuves pour les mettre en adéquation avec les nouveaux programmes de l'école primaire.

A cet égard, le nouveau concours de recrutement des professeurs des écoles de la session 2003 pourrait être remis en cause par le ministère qui s'interroge sur le principe d'un concours en deux étapes avec une admissibilité en novembre une admission en juin.

S'agissant des autres concours, le haut comité de suivi des concours a pour mission de faire des propositions sur l'évolution des procédures de recrutement des enseignants.

Dans le domaine de la formation, la priorité porte sur l'évolution de la carte des préparations aux concours avec la mise en place de la commission Tranoy, à la rentrée universitaire 2000, qui a pour objectif de définir une offre de formation plus cohérente entre les IUFM et leurs universités de rattachement et plus efficace pour les étudiants concernés. Un rapport d'étape a été élaboré en mai 2001.

c) Une refonte de la formation de deuxième année en IUFM

Les IUFM se sont engagés, dès la rentrée 2001, dans un processus de refonte de leurs dispositifs de formation afin d'intégrer les éléments du plan de rénovation (circulaire du 27 juin 2001).

A la suite du rapport de la commission Meirieu de décembre 2001, proposant un cahier des charges de la deuxième année de formation en IUFM, une circulaire du 4 avril 2002 fixe les principes et l'organisation de la deuxième année de formation.

Une formation professionnelle d'adultes à caractère universitaire, plaçant le stagiaire dans une démarche de projet de formation négociée avec les responsables de l'IUFM, sur la base de ses acquis antérieurs et sur celle d'une offre diversifiée des modalités de formation, doit permettre de faciliter le travail personnel et la « prise de distance réflexive » du stagiaire.

Une formation fondée sur l'alternance articule des périodes de pratique dans les classes et les « moments de réflexion » sur cette pratique : elle doit permettre de répondre de manière plus satisfaisante aux compétences attendues du stagiaire pendant sa deuxième année de formation, c'est-à-dire :

- devenir un spécialiste des apprentissages scolaires  ;

- prendre en charge la dimension éducative du métier ;

- apprendre à connaître et à comprendre la diversité des contextes et des réalités scolaires.

d) Une évolution des missions des formateurs

La réforme des IUFM implique une évolution des missions des formateurs et des modalités de leur recrutement.

Les orientations fixées mettent l'accent sur les points suivants : diversification des corps enseignants intervenant en IUFM ; recrutement dès la rentrée 2002 d'enseignants en « service partagé » entre leur école ou leur établissement et l'IUFM ; exigence d'une expérience préalable d'enseignement avant tout recrutement en qualité de formateur à temps plein ; obligation d'associer, dans les formations à l'IUFM, les maîtres formateurs.

La recherche en éducation a fait l'objet d'une commission de réflexion qui s'est traduite par la publication du rapport Prost en juillet 2001. Ces travaux ont conduit à un plan de relance pour la recherche en éducation et à la création d'un programme incitatif de recherches sur l'éducation et la formation.

e) La formation continue des enseignants

Celle-ci a fait l'objet d'une circulaire ministérielle du 27 juillet 2001 relative à l'accompagnement de l'entrée dans le métier et à la formation continue des enseignants.

Le plan de rénovation de la formation des maîtres prend en compte les recommandations formulées par le comité national d'évaluation dans son rapport réalisé en 2001 sur l'évaluation des IUFM.

Ces réflexions mettent en exergue les contradictions inhérentes à la formation des maîtres, à savoir l'équilibre à trouver entre une formation universitaire de haut niveau, garantissant la maîtrise des savoirs et de leur évolution, et une formation professionnelle préparant à l'exercice du métier, lui même en constante évolution dans le contexte du renouvellement de plus de la moitié du corps enseignant.

Les IUFM ont fait l'objet, depuis leur création, d'évaluations de l'IGEN, du CNE et de l'Académie des sciences. Ces établissements sont soumis, en amont, aux stratégies des universités, en aval, à la demande de l'institution et aux politiques académiques ; ils sont également contraints par le caractère disciplinaire des épreuves des concours de recrutement des enseignants.

f) De l'utilité des IUFM ?

Lors de son audition devant la commission, le ministre a estimé que la formation dispensée par les IUFM n'était pas assez professionnalisée et que les futurs enseignants étaient mal formés au regard des publics scolaires et des caractéristiques de la vie des établissements ; il a par ailleurs regretté que les enseignements disciplinaires ne soient pas centrés sur la maîtrise des savoirs.

Dans un ouvrage récent, le ministre délégué à l'enseignement scolaire considérait pour sa part que la « médiocratisation » avait infléchi le statut des professeurs : « ...priés de s'adapter à des principes où le savoir n'est plus en jeu (les professeurs) sont préalablement conditionnés dans des IUFM. On les y vouent à la méthodologie, à l'action de terrain, à la pédagogie concrète, sous le contrôle de formateurs souvent venus eux-mêmes de l'enseignement primaire, des ex-écoles normales ou des défunts centres de formation pour les PEGC 2(*)».

D'après la spécialiste Liliane Lurçat, « les IUFM sont une entreprise redoutablement efficace, ils permettent de détruire la formation universitaire des futurs professeurs de différentes disciplines3(*) ».

Dans le même sens, certaines associations radicales, comme « Reconstruire l'école » ou le collectif « Sauver les lettres », considèrent que les IUFM ne remplissent pas leur rôle de professionnalisation et empiètent sur la formation disciplinaire des enseignants assurée par les universités ; il conviendrait même selon elles, de fermer ces instituts en confiant la formation scientifique aux universités et en renforçant l'année de stage pratique en classe, encadrée par les professeurs-tuteurs.

On rappellera que ces stages constituaient l'outil essentiel de formation des centres pédagogiques régionaux, qui assuraient à la satisfaction générale la professionnalisation des nouveaux enseignants avant la création des IUFM.

De nombreux observateurs autorisés constatent aujourd'hui un certain déphasage entre les conseils pratiques dispensés en classe aux jeunes enseignants par les tuteurs de terrain et les préconisations parfois « jargonnantes » 4(*) de trop de formateurs d'IUFM, qui relaient l'approche pédagogique de certains spécialistes des sciences de l'éducation.

Votre commission, dans le droit fil du rapport d'information de son ancien président5(*) ne peut que s'interroger sur le bilan des IUFM et sur la valeur ajoutée qu'ils apportent aujourd'hui à de futurs enseignants lauréats de concours devenus très sélectifs, en terme de professionnalisation. Nombre de témoignages des élèves des IUFM traduisent des dysfonctionnements et une conception quelque peu surréaliste du contenu de la professionnalisation des futurs enseignants : un enseignement sur l'organisation d'un premier cours organisé trois semaines après la rentrée scolaire, des interrogations sur la couleur d'encre à utiliser pour les corrections (le rouge n'est-il pas trop violent ?), des exercices de reptation « en chaussettes sur la moquette pour... apprendre à (se) mouvoir dans l'espace-classe » sous la direction d'un « théâtreux »...

Alors que les anciennes écoles normales proposaient trois années de formation, les IUFM n'en proposent plus que deux puisqu'un an de formation générale est consacré après la licence à la préparation du concours et que les deux années restantes comportent davantage de pédagogie que de stages pratiques devant les élèves.

Le système de formation des IUFM devrait donc privilégier la professionnalisation des futurs enseignants, afin notamment de les préparer à exercer dans les établissements difficiles, où même des personnels chevronnés peuvent être en difficulté.

Dans cette perspective, il convient également de réduire le nombre excessif de postes sur liste complémentaire et en conséquence le nombre de jeunes enseignants immédiatement affectés devant les élèves sans avoir bénéficié d'une quelconque formation pédagogique et pratique.

Au total, votre commission estime que trop de jeunes professeurs, ayant bénéficié d'une professionnalisation en IUFM sans lien avec la réalité, ne sont pas en mesure d'adapter leur pédagogie aux caractéristiques nouvelles des classes ; c'est particulièrement le cas pour le collège qui est de plus en plus boudé par les jeunes enseignants et surtout enseignantes.

Un rapport a été demandé par le ministre aux deux inspections générales qui devront déterminer les objectifs de formation initiale et continue des enseignants et rechercher un équilibre entre les formations générales et professionnelles ; leurs conclusions devraient être connues en février 2003 et inspirer de nouvelles orientations en vue de la rentrée 2003.

Votre commission souhaiterait que le ministre précise au Sénat ses intentions pour faire des IUFM un véritable outil de professionnalisation du métier d'enseignant, répondant aux défis de l'illettrisme et de l'échec scolaire et permettant aux élèves de sortir du système éducatif en ayant satisfait aux trois commandements du triptyque républicain : lire, écrire et compter.

Elle souhaiterait enfin que les deux ministres fournissent des éclaircissements au Sénat sur les modifications qui sont susceptibles d'être apportées au statut des enseignants du second degré, qui reste régi par le vieux décret de 1950 fixant les obligations de service hebdomadaire et les conditions de leur recrutement, qui pourrait être déconcentré dans les académies comme dans le premier degré, afin notamment de permettre aux futurs professeurs de rester dans leur région durant leur formation en IUFM.

* 2 Xavier Darcos. L'art d'apprendre à ignorer. Plon. Septembre 2000.

* 3 Vers une école totalitaire ? F.-X. de Guibert 1998

* 4 Dans le sabir des IUFM, les élèves deviennent des « apprenants », l'échec scolaire une « situation de réussite différée », la cour de récréation un « espace interstitiel de liberté », le ballon le désormais célèbre « référentiel bondissant », le ballon de rugby le « référentiel aléatoire », la salle de classe « l'espace-classe » ; le « circuit oeil-cordes vocales-ouïe dans la lecture subvocalisée » laisse en revanche le traducteur perplexe...

* 5 Rapport d'information de M. Adrien Gouteyron sur la mise en place et le fonctionnement des IUFM n° 23 (1992-1993)