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Projet de loi de finances pour 2003 : Pêche

 

CHAPITRE II -

LA NÉCESSITÉ DE POLITIQUES PUBLIQUES AMBITIEUSES

I. CONCEVOIR UNE POLITIQUE NATIONALE À MOYEN TERME

En effet, les interventions du précédent gouvernement en faveur de la pêche ont souvent fait figure d'expédients. Il s'agissait de surmonter les crises successives que les secteur a dû traverser : la marée noire consécutive au naufrage de l'Erika en décembre 1999, la tempête à la même période, la hausse des prix du carburant, particulièrement forte à l'été 2000... Les diverses mesures d'indemnisation ou d'allègement de charges qui ont été prises ont permis de limiter les difficultés financières des entreprises de pêche, sans toutefois s'attaquer aux difficultés structurelles du secteur.

Votre rapporteur pour avis invite le nouveau gouvernement à entreprendre des actions dynamisantes de moyen terme permettant à la pêche d'échapper à l'atrophie. Trois chantiers lui paraissent prioritaires : prendre les moyens de remédier aux difficultés de recrutement, répondre à l'exigence de qualité des consommateurs et assurer une plus grande sécurité à bord des navires de pêche.

A. REMÉDIER AUX DIFFICULTÉS DE RECRUTEMENT À LA PÊCHE

1. Des difficultés à attirer et fidéliser les hommes

Malgré la baisse de l'emploi, liée en grande partie, à la réduction de la flotte, 30 % des entreprises de pêche déclarent être régulièrement confrontées à des difficultés de recrutement, et près de 10 % affirment ne pas réussir à embaucher. Ces difficultés existent dans l'ensemble du secteur de la pêche, même si elles sont d'intensité très différente selon les flottilles et selon les fonctions exercées. Elles touchent de nombreux autres secteurs d'activité comparables par certains aspects (l'agriculture, l'artisanat, les transports routiers...). En outre, les perspectives démographiques laissent augurer d'une concurrence accrue entre ces secteurs dans l'avenir.

Or, pour la pêche, ces difficultés de recrutement ont des conséquences particulièrement radicales : les navires qui ne peuvent atteindre l'effectif minimal réglementaire restent à quai.

C'est pourquoi, à la demande de la Direction des affaires maritimes et des gens de mer, une étude a été réalisée en mars 2002, à laquelle a contribué le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Cereq) et qui a pour titre « Contrat d'études prospectives » sur le secteur des pêches maritimes.

Cette étude relève que, paradoxalement, le nombre de personnes qui entrent dans la profession de marin-pêcheur continue de croître chaque année pour représenter actuellement environ 1200 nouveaux marins-pêcheurs par an. Il augmente, certes, dans des proportions de plus en plus faibles, et essentiellement grâce aux titulaires de certificats d'initiation nautique (CIN), qui se préparent en huit semaines et ont été créés il y a dix ans en complément des CAP et BEP maritimes, traditionnellement exigés pour embarquer.

Toutefois, le nombre des « entrants » suffit très largement au remplacement des marins qui partent à la retraite ou décèdent. En fait, les nouveaux arrivants viennent surtout pallier les départs en cours de vie active, dans un secteur où le taux de rotation est élevé -autour de 10 %-.

Les difficultés de recrutement paraissent donc avant tout liées aux départs précoces et de plus en plus nombreux du secteur. Faire une carrière courte est en effet un phénomène habituel dans la profession depuis 25 ans, mais de plus en plus répandu depuis dix ans. Près des deux tiers des marins qui ont débuté leur carrière en 1995 ont aujourd'hui quitté la profession, nombre d'entre eux l'ayant fait après seulement quelques mois d'activité.

L'analyse des raisons de ces abandons montre qu'elles sont multiples suivant les catégories de marins mais tiennent en grande partie aux conditions de travail difficiles et dangereuses, avec des sorties en mer (marées) très longues (plusieurs semaines, voire plusieurs mois). Les niveaux de rémunération, pourtant nettement supérieurs aux niveaux offerts à terre à niveaux équivalents de qualification, ne suffisent plus à compenser ces conditions. Les vocations, quand elles existent, résistent rarement à l'épreuve de la réalité, et les contraintes liées aux embarquements apparaissent rapidement incompatibles avec une vie de famille. De plus, l'image du secteur, marqué par le déclin, les crises économiques récurrentes, les difficultés croissantes d'installation comme patron artisan jouent comme autant de barrières à l'entrée , voire au maintien, dans la profession.

Le développement des carrières courtes va mécaniquement générer un besoin croissant d'arrivées que le seul système de formation ne peut complètement satisfaire. Il s'agit tout autant de fidéliser les jeunes que de les attirer. Il est également indispensable de favoriser l'arrivée par d'autres voies.