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II. DANS LA PERSPECTIVE DE LA LOI D'ORIENTATION SUR L'ÉCOLE : SE DONNER LA CAPACITÉ DE « FAIRE RÉUSSIR TOUS LES ÉLÈVES »

Comme l'a rappelé le Premier ministre à l'occasion de la remise du rapport de la commission nationale du débat sur l'avenir de l'école, présidée par M. Claude Thélot, le 12 octobre dernier, il ne s'agit pas aujourd'hui « de mettre en oeuvre la énième réforme de l'école qui prétendra tout changer », mais de « moderniser la loi de 1989 » et « de se fixer une nouvelle ambition : celle de la réussite pour chaque élève ». Telle est bien l'attente principale que nous plaçons tous en l'école : plus de la moitié des débats préparatoires aux travaux de la commission Thélot ont retenu le thème « Comment motiver et faire travailler efficacement les élèves ? ».

La réponse n'est plus à trouver dans l'inflation des moyens : alors que le budget de l'éducation nationale a augmenté de plus de 23 % en 10 ans, les résultats stagnent. La France dépense, pour l'enseignement secondaire, 25 % de plus par élève que la moyenne des pays de l'OCDE, alors que, selon les enquêtes internationales PISA, les résultats scolaires sont dans la moyenne.

Outre l'ensemble des remarques formulées par votre rapporteur, les préoccupations fondamentales liées à la réussite des élèves se rejoignent dans deux aspects qui apparaissent essentiels pour redonner un sens à l'école et renouer la confiance entre la Nation et l'institution scolaire :

- à la lumière des apports du rapport Thélot, donner une finalité claire et lisible à la scolarité obligatoire ;

- sur cette base partagée, responsabiliser les équipes éducatives, afin d'introduire plus de souplesse dans le fonctionnement du système scolaire.

A. LES PRINCIPAUX APPORTS DU RAPPORT THÉLOT : DONNER UNE FINALITÉ CLAIRE ET LISIBLE À LA SCOLARITÉ OBLIGATOIRE

Le « Miroir du débat » a mis en exergue les exigences prioritaires adressées par les Français au système éducatif :

- l'école ne doit pas seulement transmettre mais « faire maîtriser » ;

- elle ne doit pas seulement instruire mais aussi faire partager des valeurs et éduquer, avec les parents ;

- devenue trop opaque, l'école doit devenir l'école de la Nation.

En réponse, plusieurs lignes de forces du rapport Thélot apparaissent fondamentales, pour rendre l'école plus efficace et plus juste, tournée vers des objectifs concrets qui aient un sens pour l'ensemble des Français.

LES 8 PROGRAMMES D'ACTION PRÉCONISÉS PAR LA COMMISSION THÉLOT

1. La scolarité obligatoire : s'assurer que chaque élève maîtrise le socle commun des indispensables et trouve sa voie de réussite

2. Repenser la définition et l'équilibre des voies de formation au lycée

3. Aider les élèves à construire un projet éclairé et le respecter le mieux possible

4. Favoriser la mixité sociale sur tout le territoire

5. Renforcer la capacité d'action et la responsabilité des établissements scolaires

6. Dans l'équipe éducative, redéfinir le métier d'enseignant

7. Construire une éducation concertée avec les parents

8  Former avec des partenaires

1. La définition partagée du « socle commun des indispensables »

La première des priorités est que chaque élève maîtrise effectivement les savoirs les plus indispensables pour s'intégrer dans la société moderne.

Ce n'est pas prétendre rabaisser le niveau général de qualification des élèves que de se fixer cet objectif simple, dans la mesure où cette exigence est, comme on l'a vu, encore loin d'être remplie.

Alors que les objectifs quantifiés définis par l'article 3 de la loi d'orientation de 1989 - « conduire d'ici 10 ans l'ensemble d'une classe d'âge au minimum au niveau du certificat d'aptitude professionnelle et 80 % au niveau du baccalauréat » - n'ont pas été atteints, le pari de la qualification de 100 % d'une génération doit désormais reposer sur un objectif d'ordre qualitatif : il s'agit de « s'assurer que l'ensemble d'une classe d'âge maîtrise, à l'issue de la scolarité obligatoire, les compétences (y compris comportementales) qui permettront à tous non seulement de poursuivre leurs études, initiales ou dans le cadre de la formation continue, mais aussi d'accéder à une intégration sociale et une vie professionnelle réussies ».

C'est sur cette finalité clairement définie que doit s'engager toute la Nation. Ce socle commun se décline en termes de connaissances, de compétences et de règles de comportements, qui correspondent à la triple mission prioritaire de l'école qui est d'éduquer, d'instruire, d'intégrer et promouvoir. Il s'agit du bagage de base nécessaire à tout citoyen responsable.

A titre indicatif, le rapport Thélot suggère de le faire reposer sur :

- deux « piliers » : la maîtrise de la langue française et les mathématiques ; de toute évidence, ces deux éléments fondamentaux sont à la base de l'acquisition d'une pensée rigoureuse et d'un langage structuré indispensable à la vie commune ;

- deux compétences devenues essentielles pour tout citoyen du XXIe siècle : la maîtrise de « l'anglais de communication internationale » et des technologies de l'information et de la communication ; tout en étant convaincu que la capacité de s'exprimer en anglais fait partie intégrante du bagage indispensable à tout jeune à l'issue de sa scolarité, et que son absence de maîtrise constitue un handicap majeur, votre rapporteur reste réservé sur le principe qui conduit à lui conférer un tel statut utilitaire de langue universelle. En effet, cela entre en contradiction avec deux aspects de notre politique : la défense de la francophonie, d'une part, et, d'autre part, la volonté, rappelée récemment par le Président de la République, de promouvoir l'apprentissage d'autres langues européennes dès l'école primaire, notamment l'allemand.

- enfin, l'éducation au vivre ensemble ; à ce titre, il apparaît primordial à votre rapporteur qu'il soit rappelé à l'ensemble des adultes présents au sein des établissements scolaires, et notamment aux futurs enseignants, au cours de leur formation, la mission civique dont ils sont investis, en leur qualité de fonctionnaires de l'État. En vue de renforcer leur autorité, ils doivent faire preuve, dans l'enceinte scolaire, d'un devoir d'exemplarité dans le respect des valeurs et règles que promeut l'école.

2. L'insistance sur la notion de « maîtrise effective » des savoirs : un suivi plus individualisé des élèves

a) Une progression plus adaptée aux rythmes et besoins des élèves

La définition des finalités de la scolarité obligatoire s'accompagne d'exigences accrues en terme d'efficacité, afin de conduire les élèves à la maîtrise effective des savoirs jugés indispensables. Il s'agit en outre de faire en sorte que les élèves acquièrent une confiance en eux-mêmes. Or, et c'est une spécificité de notre pays dont on se passerait bien, cette confiance fait aujourd'hui trop souvent défaut.

Pour ce faire, votre rapporteur partage les recommandations visant à :

- personnaliser les apprentissages en adaptant leur rythme et les pratiques pédagogiques aux besoins de chaque élève ;

- définir, en conséquence, des parcours de progression par étapes, plus individualisés ;

- inscrire ces parcours dans l'organisation de la scolarité obligatoire en trois cycles (le cycle de l'apprentissage, celui de l'approfondissement et celui de la diversification), la maîtrise des compétences jugées indispensables conditionnant le passage d'un cycle à l'autre.

A chaque cycle sont associés deux catégories d'enseignements, pour répondre à la double finalité de la scolarité obligatoire, à savoir faire en sorte que chaque élève maîtrise les savoirs les plus fondamentaux mais aussi trouve sa voie de réussite :

- les « enseignements communs à tous », qui comprennent, outre le « socle des indispensables », d'autres enseignements destinés à développer des compétences utiles, comme l'EPS, les arts, le travail manuel, puis les humanités et les sciences, et la technologie, la découverte des métiers... ; cela rejoint les remarques formulées plus haut par votre rapporteur, visant à renforcer la place de ces compétences et savoir-faire transversaux dans la culture scolaire commune, notamment pour révéler les talents divers des élèves et valoriser certaines filières de réussite encore trop boudées, les voies scientifique et professionnelle notamment ;

- les « enseignements complémentaires choisis », qui introduisent une forme de diversification nécessaire pour tenir compte de la pluralité des goûts, aptitudes et talents, et permettre à l'élève de préparer son projet d'orientation.

b) Les conséquences sur les contours du métier d'enseignant

L'enseignant est la personne qui se situe au coeur du parcours d'apprentissage des élèves. Il est primordial que cette relation soit bâtie sur la confiance, non seulement entre le maître et l'élève, mais aussi avec les parents, « co-éducateurs » et accompagnateurs de l'enfant au cours de ses apprentissages. Cette confiance est essentielle pour restaurer l'autorité de l'enseignant, personne-clé dans la réussite de l'élève.

Aussi, il apparaît désormais que le métier d'enseignant ne peut être envisagé sous le seul angle de la transmission d'un savoir, même si cette composante reste la base et l'essence du métier. L'ambition de faire réussir tous les élèves ne peut se faire sans une participation active des enseignants :

- pour assurer diverses formes de suivi des élèves, en dehors des heures réservées aux cours (soutien plus personnalisé, études encadrées, aide intensive pour les élèves en difficulté...) ;

- pour évaluer les progrès des élèves et aménager leur parcours, en concertation avec le reste de l'équipe éducative ;

- pour conseiller les élèves dans l'élaboration de leur projet d'orientation, en relation avec d'autres partenaires éducatifs ou sociaux ;

- pour entretenir des relations plus fréquentes avec les parents, notamment les familles qui sont le plus éloignées de l'école.

L'exercice de l'ensemble de ces missions suppose, en outre, sans remettre en cause l'autonomie pédagogique de l'enseignant, mais au contraire pour viser une plus grande autorité et efficacité de l'acte pédagogique, de « se fonder sur l'exercice, à l'échelle de l'établissement, d'une responsabilité et d'une expertise collectives ». Il s'agit d'approfondir, dans l'intérêt des élèves, la coordination au sein de l'équipe pédagogique, afin de suivre et évaluer, de façon plus globale, des compétences plus transversales.

Ces exigences doivent, en parallèle, être prises en compte dans la formation des enseignants, en assurant, et cela semble prioritaire, une formation adaptée à la gestion de l'hétérogénéité des élèves, afin que le professeur ne se sente pas impuissant, comme c'est trop souvent le cas, face aux élèves en grandes difficultés, ainsi qu'à la capacité de personnaliser les apprentissages.

Ils doivent trouver appui, de surcroît, sur une équipe éducative soudée et cohérente, dotée de capacités d'actions suffisantes et adaptées à son contexte scolaire. En effet, face à la diversité des lieux d'éducation, votre rapporteur insiste sur la nécessité d'insuffler davantage de souplesse à une gestion bien trop rigide, pour libérer les initiatives des acteurs de terrain du système éducatif, en contrepartie de leur plus grande responsabilisation.

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