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Projet de loi relatif à la programmation militaire pour les années 2009 à 2014 et portant diverses dispositions concernant la défense

 

b) Trouver un difficile équilibre entre blindage et mobilité

Comme le général Irastorza, chef d'état-major de l'armée de terre, l'a récemment souligné, ces véhicules, conçus pendant la Guerre Froide dans une perspective d'engagement en second échelon de l'Alliance atlantique, sont pour la plupart faiblement blindés.

Les véhicules blindés actuels de l'armée de terre, selon le général Irastorza,
chef d'état-major de l'armée de terre

« Nos parcs sont anciens pour la plupart et certains équipements ne sont plus totalement adaptés à nos engagements du moment ou les plus probables à un horizon raisonnable. Conçus dans les années 1970-1980, ils avaient pour finalité l'engagement en second échelon de l'Alliance dans un conflit conventionnel contre un adversaire plus puissant, où les notions de front, de zones logistiques arrières, de franchissement de coupures avaient encore un sens. C'est pourquoi nos blindés flottent tous et sont donc faiblement blindés ; nos camions logistiques utilisés le plus souvent en zone logistique « sécurisée » n'ont pas de cabines blindées.

« Afin de répondre aux besoins immédiats des théâtres et rétablir la supériorité opérationnelle, l'armée de Terre a mis en place, dès 2007, une procédure d'adaptation réactive pour équiper notamment ses forces en Afghanistan et pallier certaines insuffisances de ses matériels les plus anciens. A ce jour, plus d'une quinzaine d'opérations ont été initiées (tourelleaux téléopérés, cabines blindées, kits de protection, brouilleurs IED), dont la plupart ont abouti, pour un montant de 109 millions en 2008. Mais l'urgence opérationnelle ne doit pas se substituer au développement capacitaire d'ensemble ».

Source : intervention du général Irastorza, troisièmes rencontres terre-défense, Maison de la chimie, 16 février 2009

Concrètement, les forces françaises et occidentales déployées à l'étranger doivent essentiellement faire face à deux armes de fabrication russe, bon marché et donc très répandues : le fusil d'assaut Kalachnikov AK-4790(*) et le lance-roquettes RPG-791(*), qui est une munition antichar dite à « charge creuse »92(*). Il s'agit d'armes anciennes : l'AK-47 date de 1947, et le RPG-7 du début des années 1960. A cela s'ajoutent, de plus en plus, les bombes dites « improvisées » (improvised explosive devices, ou IED).

Les blindés légers français disposent généralement d'un blindage dit de niveau 2, qui ne les protège ni contre les tirs à faible distance de Kalachnikov, ni contre les explosions d'artillerie, ni contre les mines de

8 kg93(*). Un blindage de niveau 2 est analogue à celui des véhicules de transport de fonds94(*).

Les différents niveaux de blindage (norme OTAN)

Niveau de blindage

Tirs directs

Explosions d'artillerie

Grenades et mines

1

calibre 7.62 x 51 (balle OTAN M80) à 30 m

-

grenade à main

2

calibre 7.62 x 39 (AK-47 Kalachnikov) à 30 m

-

6 kg d'explosif

3

calibre 7.62 x 51 AP (WC core)
à 30 m

-

8 kg d'explosif 

4

calibre 14.5x114AP / B32 à 200 m

canon de 155 mm à 30 m

10 kg d'explosif 

5

calibre 25 mm APDS-T (M791) ou TLB 073 à 500 m

canon de 155 mm à 25 m

-

Source : d'après la norme STANAG OTAN 4569 (simplifiée)

(1) Le choix anglo-saxon de privilégier le blindage

Paradoxalement, le blindage paraît plus utile dans le cadre d'un conflit asymétrique que dans celui d'un conflit « classique ». En effet, dans le second cas la puissance de feu de l'adversaire est telle que la protection repose nécessairement avant tout sur la limitation de l'exposition au feu. Dans le premier cas en revanche, les armes sont plus susceptibles d'être contrées par blindage, alors que l'exploitation du relief n'est pas efficace contre, par exemple, un engin explosif improvisé, ou une embuscade95(*).

L'un des principaux enseignements tirés par les Etats-Unis et le Royaume-Uni de la guerre en Irak est la nécessité de disposer de blindés légers capables de résister à une bombe improvisée de forte puissance, voire à un tir de RPG. Ainsi, le HMMWV américain (plus connu sous le nom de Humvee), en service depuis 1985, et qui joue dans l'armée américaine le rôle du VAB dans l'armée française, dispose d'un blindage de niveau 2, jugé insuffisant. C'est la raison pour laquelle les Etats-Unis prévoient de le remplacer par un Joint Light Tactical Vehicle (JLTV), dont le blindage doit être de niveau 3 ou 4. De même, en 2008, le Royaume-Uni a commandé 3.775 Piranha 5, produits par General Dynamics UK, comparables au VBCI et disposant d'un blindage de niveau 4.

Pour être protégé contre une bombe improvisée de 10 kg ou un tir de moyen calibre à bout portant, il faut disposer d'un blindage de niveau 4. Jusqu'à l'acquisition récente de blindés Aravis et VBCI, tel n'était le cas d'aucun blindé de l'armée française, à l'exception bien entendu du char Leclerc.

(2) Un difficile équilibre à trouver

Cependant, les véhicules lourds présentent l'inconvénient d'être mal adaptés à certains théâtres, comme la ville ou la montagne.

Or, les conflits asymétriques sont aussi les plus susceptibles de se dérouler dans des zones difficiles d'accès ou limitant la possibilité de manoeuvre (montagne, zones urbaines), ce qui limite l'emploi des blindés lourds.

Par ailleurs, la protection contre les charges creuses, comme celle du RPG-7, demeure problématique96(*). 

Il convient donc nécessairement de trouver un compromis entre blindage et manoeuvrabilité.

* 90 AK signifie « Avtomat Kalachnikova ».

* 91 RPG signifie « Ruchnoy Protivotankovy Granatomet » (lance-roquette anti-char propulseur de grenades).

* 92 Les munitions dites à « charge creuse » concentrent le jet de l'explosion en un point unique, afin de percer le blindage.

* 93 Le VAB présente en outre l'inconvénient d'avoir pour armement une mitrailleuse de 12,7 mm qui ne peut être actionnée que de l'extérieur, ce qui expose inutilement le tireur. Après le décès d'un militaire français en Afghanistan en septembre 2007, tué par une explosion alors qu'il se trouvait exposé en tourelle, un « programme d'urgence opérationnelle » a été décidé en avril 2008, consistant à installer des « tourelleaux téléopérés » sur certains VAB. Les premiers tourelleaux, installés sur 60 VAB, ont été livrés entre la fin 2008 et le début 2009. Cette commande spécifique de 60 tourelleaux, d'environ 20 millions d'euros, s'inscrit dans le cadre d'un marché global de plus de 500 exemplaires destinés à équiper les VAB de l'armée de terre.

* 94 Ceux-ci doivent résister à un tir de Kalachnikov à une distance de 10 m (arrêté du 28 avril 2000 fixant les normes minimales nécessaires à l'agrément prévu par l'article 4 du décret n° 2000-376 du 28 avril 2000 relatif à la protection des transports de fonds).

* 95 L'efficacité en Irak du Stryker de General Dynamics, capable de résister à l'explosion d'une voiture piégée ou, grâce à sa « cage », à un tir de RPG-7, a été unanimement reconnue.

* 96 Les blindages les plus efficaces contre les charges creuses sont les blindages « composites », constitués de plusieurs couches de matériaux différents (comme la céramique), et ceux dits « actifs » ou « réactifs », c'est-à-dire comprenant des explosifs. Dans les deux cas, il s'agit de dévier le jet de l'explosion des munitions à charge creuse. Le char Leclerc dispose de tels blindages. Dans le cas des véhicules autres que les chars lourds, la protection contre les charges creuses est plus délicate. Certains disposent de kits de surprotection active. Dans le cas particulier du RPG-7, sa version la plus répandue peut être contrée, dans une certaine mesure, par une « cage » métallique destinée à neutraliser son détonateur piézo-électrique. Les Strykers américains déployés en Irak sont équipés d'un tel dispositif, inefficace contre les munitions à charge creuse les plus modernes.