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Projet de loi de finances pour 2010 : Enseignement scolaire

 

2. Améliorer l'apprentissage des langues

Votre rapporteur est convaincu que l'ouverture internationale croissante de notre pays et le développement croissant des échanges rendent plus que jamais nécessaire une parfaite maîtrise des langues étrangères, et notamment de l'anglais, moyen de communication incontournable dont la méconnaissance constitue un lourd handicap. C'est pourquoi quelles que soient les voies et les filières, l'apprentissage des langues doit devenir une priorité. On ne peut que se féliciter que le projet de réforme du lycée ait pris la pleine mesure de cette exigence.

Plus que la grammaire et l'analyse des textes, qui sont sans doute indispensables mais par trop valorisées, c'est la compréhension auditive et l'expression orale qui doivent être privilégiées. Le succès des élèves hollandais, flamands et scandinaves dans l'apprentissage des langues vient d'une pédagogie active axée sur la maîtrise de l'oral et engagée dès le primaire. Il serait erroné de penser que leur excellente maîtrise de l'anglais et souvent de l'allemand vient uniquement de la proximité génétique et typologique de leur idiome maternel avec ces deux langues. L'exemple des élèves finlandais, dont la langue appartient à la famille finno-ougrienne, à cent lieues de toute langue germanique, mais qui parlent très bien l'anglais et le suédois dont l'apprentissage est obligatoire, suffit pour démontrer le contraire.

Un des défauts majeurs de l'enseignement des langues en France réside sans doute dans un trait plus général de tout notre système éducatif : la peur de se tromper. Les enquêtes PISA de l'OCDE établissent que les élèves français préfèrent ne pas répondre à une question plutôt que se tromper. Ce trait inculqué à nos enfants très tôt est particulièrement nuisible pour l'apprentissage d'une langue étrangère, puisque dans ce domaine plus qu'ailleurs la perfection immédiate est hors de portée et les erreurs particulièrement fécondes. Votre rapporteur estime qu'il faut à proprement parler délier les langues de nos enfants, trop souvent paralysés dans leur expression même s'ils connaissent par coeur leurs verbes irréguliers, leurs déclinaisons et leurs listes de vocabulaire.

La répartition des élèves en groupes de compétences en alignant le niveau des groupes sur la nomenclature européenne paraît un bon moyen pour adopter des pédagogies différenciées. Les meilleurs seront poussés plus loin et les plus faibles, soutenus. Votre rapporteur souhaite que cette mesure soit rapidement expérimentée.

Il est évident que l'amélioration du niveau de langue des lycéens ne peut venir que des seuls enseignements prodigués au lycée : le primaire et le collège sont déterminants et la généralisation de l'apprentissage des langues dans les écoles élémentaires désormais bien engagée était absolument nécessaire. Cependant, la période du lycée est très importante pour transformer les compétences linguistiques acquises à l'école et au collège en véritable outil de travail en prévision des études supérieures et de l'insertion professionnelle.

L'idée de proposer aux lycéens d'étudier certaines matières, comme les sciences ou l'histoire en langue, paraît excellente à votre rapporteur à plus d'un titre. Premièrement, les langues ne sont plus alors considérées comme des disciplines où il faut réussir des exercices et des examens, mais comme un outil de communication au service de l'acquisition de connaissances et de l'échange de points de vue. Ensuite, les élèves apprendront à structurer un raisonnement dans une langue étrangère en employant un vocabulaire technique, ce qui compensera la pente trop littéraire et narrative des cours de langue. De plus, ils anticiperont ainsi sur leurs études supérieures, où ils s'apercevront bien vite que la maîtrise de l'anglais en particulier est souvent indispensable pour se tenir au fait de l'actualité de la discipline. Enfin, il a été démontré que passé un certain niveau de langue, c'est l'utilisation intensive de l'idiome dans des contextes variés qui importe pour progresser et non des cours de grammaire ou d'analyse de textes.

Cependant, votre rapporteur attire l'attention sur certains obstacles qui doivent freiner l'enthousiasme légitime que peut susciter l'introduction de l'enseignement de certaines matières en anglais ou dans une autre langue étrangère. Il faudra s'assurer que l'éducation nationale dispose des ressources humaines adéquates pour réaliser ce projet : il paraît difficile de proposer à un professeur d'histoire d'assurer dès l'année prochaine son cours en anglais, en allemand ou en espagnol. La majorité d'entre eux n'a sans doute pas les compétences requises. À nouveau, revient la question de la formation des enseignants que votre rapporteur a déjà évoquée plusieurs fois.

Ensuite, il conviendra de s'assurer que le matériel pédagogique adéquat soit fourni aux élèves. Il n'est pas si évident de préparer un manuel de physique en anglais ou de construire et de résoudre des exercices en allemand. Les manuels étrangers paraissent inutilisables tels quels puisque les programmes ne se recoupent pas, les habitudes pédagogiques diffèrent, les interprétations de certains concepts divergent et les modalités d'évaluation des acquis ne sont pas les mêmes. La traduction en langue étrangère des manuels français existants ne sera pas nécessairement simple : le traducteur devra avoir une maîtrise à la fois du champ disciplinaire et de la pédagogie. Les éditeurs ne s'engageront dans ce travail qu'à la condition d'être assurés qu'un nombre suffisant de cours sera effectué en langue étrangère.

Le développement des partenariats entre lycées français et établissements étrangers devrait également être encouragé, tant il est vrai que les échanges internationaux et l'immersion intégrale sont encore les méthodes les plus efficaces de développement des compétences en langues.