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Projet de loi de finances pour 2012 : Ville et logement

17 novembre 2011 : Budget 2012 - Ville et logement ( avis - première lecture )

III. LES JEUNES, GRANDS OUBLIÉS DE LA POLITIQUE DU LOGEMENT

A. LES DIFFICULTÉS DES JEUNES EN MATIÈRE DE LOGEMENT

La crise du logement que subissent nos concitoyens, marquée par l'augmentation des loyers ou la pénurie de logements, touche encore plus les plus précaires d'entre eux, au premier rang desquels les jeunes.

Les Français sont conscients de la gravité de la situation : interrogés sur les problèmes auxquels leurs enfants seront le plus confrontés à l'avenir, ils évoquent, après la difficulté de trouver un emploi (71 %) et les difficultés en matière de pouvoir d'achat (55 %), la difficulté à se loger (40 %)62(*).

Cette question étant essentielle, les États généraux du Logement ont mis en place un groupe de travail spécifique dédié au logement des jeunes.

Un rapport publié en 2011 par le Secours catholique confirme les grandes difficultés rencontrées par les jeunes en matière de logement.

L'association souligne que « l'ensemble des données recueillies montre l'extrême précarité de la situation des jeunes, qu'il s'agisse de leur logement, de leur niveau de formation, du montant des dettes ou du découvert bancaire63(*) » et estime que les jeunes, qui « cumulent tous les risques (...) devraient bénéficier d'une attention particulière sur un certain nombre de droits comme la formation, l'emploi, la santé et le logement »64(*).

Les statistiques relatives aux ménages rencontrés par le Secours catholique illustre notamment le fait que la situation des jeunes en matière de logement est plus difficile que celle de leurs aînés. Il apparaît ainsi que ces jeunes vivent souvent dans des substituts de logement et ont peu accès au parc social, alors qu'ils disposent par ailleurs d'un niveau de formation sensiblement plus élevé.

CARACTÉRISTIQUES EN MATIÈRE DE LOGEMENT
DES MÉNAGES RENCONTRÉS PAR LE SECOURS CATHOLIQUE

(Statistiques d'accueil, 2010)

 

Jeunes 18-25 ans

Plus de 25 ans

Écart

Logement

63,9 %

79,9 %

-16

dont

Location HLM

25,0

42,2

-17,2

Habitat collectif

6,7

4,0

+2,7

Location privée

31,4

28,8

+2,6

Propriétaire

0,8

4,9

-4,1

Substituts de logement

36,1 %

20,1 %

+16

dont

Hôtel, pension, garni

2,2

2,0

+0,2

Caravane, péniche

3,0

1,8

+1,2

Famille, amis

15,3

7,3

+8,0

Centre d'hébergement

9,9

5,7

+4,2

Abri de fortune, rue

5,7

3,3

+2,4

Source : « Jeunes, une génération précaire », Ibid., p. 15.

Les données publiées par le Secours catholique portent sur une population en grande difficulté. Pour autant, elles décrivent une réalité relativement proche de la situation générale des jeunes en matière de logement.

ÉVOLUTION DE LA SITUATION DES JEUNES65(*) EN MATIÈRE DE LOGEMENT
(en %)

 

1984

1992

2002

2006

Propriétaires

15,1

12,1

11,9

12,6

Locataires d'un local loué vide

70,8

73,0

73,5

71,8

dont

Locataires du secteur social

25,1

26,2

21,5

18,9

Locataires du secteur libre

45,7

46,8

52,0

52,9

Autres statut

14,1

15,0

14,6

15,6

Source : Secrétariat d'État au Logement

La situation des jeunes en matière de logement a, au cours des trente dernières années, évolué comme suit :

- ils sont de moins en moins propriétaires de leur logement : aujourd'hui, les jeunes sont largement moins propriétaires de leur logement que la moyenne de la population (57,3 % des ménages français en 2006). Cela illustre clairement les inégalités de patrimoine existant entre les générations ;

- ils sont majoritairement - et de façon croissante - locataires du parc privé, alors que seuls 24,1 % des ménages français le sont ;

- ils sont, enfin, de moins en moins locataires du parc public.

D'autres données communiquées par le secrétariat d'État au Logement à votre rapporteur pour avis confirment la spécificité de la situation des jeunes en matière de logement, et plus généralement, les difficultés que ces derniers rencontrent en la matière. Cette spécificité se caractérise par :

- une forte présence dans les structures d'hébergement : 46 % des personnes bénéficiant d'un hébergement hors urgence et 35 % de celles bénéficiant d'un hébergement d'urgence ont moins de 25 ans66(*) ;

- une très forte mobilité résidentielle : celle-ci atteint 32 % pour les ménages dont la personne de référence a moins de 30 ans, contre moins de 5 % pour les ménages dont la personne de référence a plus de 55 ans ;

- une moindre qualité de logement : 29 % des jeunes adultes indépendants vivent dans des logements jugés trop petits (contre 16 % pour l'ensemble de la population) et 29 % dans des logements difficiles à chauffer (contre 24 % pour l'ensemble de la population) ;

- un taux d'effort moyen plus élevé : en 2006, le taux d'effort brut moyen atteignait 32,1 % pour un ménage avec une personne de référence de moins de 25 ans, contre 21,3 % pour un ménage avec une personne de référence d'un âge compris entre 25 et 29 ans et 11,6 % pour l'ensemble des ménages.


* 62 Sondage TNS Sofres pour les États généraux du logement, mai 2011.

* 63 « Jeunes, une génération précaire », Statistiques d'accueil 2010 du secours catholique, Dossier de presse, p. 4.

* 64 « Ibid., p. 12.

* 65 Il s'agit des personnes de moins de 30 ans.

* 66 Réponse au questionnaire budgétaire du votre rapporteur pour avis.