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Projet de loi de finances pour 2013 : Direction de l'action du Gouvernement : Mildt

22 novembre 2012 : Budget - Direction de l'action du Gouvernement : Mildt ( avis - première lecture )

C. UNE CONSOMMATION DE DROGUES QUI RESTE PRÉOCCUPANTE

Les dernières données de l'OFDT permettent de dresser un panorama contrasté de l'usage de stupéfiants en France et de son évolution ces dernières années. Alors que la consommation de certains produits, comme le cannabis, poursuit son recul, des comportements à risque se développent chez les jeunes, en particulier concernant l'alcool.

La consommation de substances psychoactives en France

 

Produits illicites

Produits licites

 

Cannabis

Cocaïne

Ecstasy

Héroïne

Alcool

Tabac

Expérimentateurs

13,4 M

1,5 M

1,1 M

500 000

44,4 M

35,5 M

dont usagers dans l'année

3,8 M

400 000

150 000

//

41,3 M

15,8 M

dont usagers réguliers1

1,2 M

//

//

//

8,8 M

13,4 M

dont usagers quotidiens

550 000

//

//

//

5,0 M

13,4 M

1. Dix fois par mois ou plus Source : OFDT

Le cannabis reste le produit stupéfiant illicite le plus consommé. Il compte 1,2 million d'usagers réguliers et 550 000 usagers quotidiens, pour un total de 13,4 millions « d'expérimentateurs », c'est-à-dire de personnes en ayant fait usage au moins une fois dans leur vie. Si, chez les jeunes de dix-sept ans, l'expérimentation de cette drogue est stable depuis 2008, après une période de baisse débutée en 2002, pour s'établir à 41,5 % d'entre eux, l'usage régulier, soit au moins dix fois par mois, est en légère diminution et est passé de 7,3 % en 2008 à 6,5 % en 2011. Chez les adultes, cette proportion est de 2,1 %, majoritairement des hommes.

En revanche, la banalisation de la cocaïne se poursuit. Elle n'est pas encore aussi répandue en France que chez nos voisins, mais il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un produit dont la disponibilité augmente. L'enquête TREND de l'OFDT, qui identifie les phénomènes émergents en matière de drogues, signale une détérioration de son image chez ses usagers de longue date, qui en ressentent l'impact sur leur santé. Néanmoins, 3 % des jeunes de dix-sept ans et près de 4 % des 18-64 ans déclarent l'avoir expérimentée, alors que l'usage dans l'année concerne environ 1 % de la population, soit 400 000 personnes. De plus, sa consommation n'est plus l'apanage des grandes agglomérations mais s'est étendue aux zones rurales, alors que son prix moyen, au gramme, est passé de 80 euros en 2000 à 60 euros en 2011. Longtemps réservée aux milieux privilégiés, sa consommation concerne désormais tous les milieux sociaux et s'inscrit souvent dans une polyconsommation de substances. Les risques sanitaires sont élevés, dus en particulier à l'injection et au partage de matériel, facteur de transmission d'infections virales (VIH, hépatites B et C). Les idées reçues sur cette drogue ne correspondent plus à la réalité car son caractère festif a disparu.

Il en va de même pour l'héroïne. La diffusion très large des traitements de substitution aux opiacés (TSO) dans les années 1990 avait permis de faire baisser sa consommation. Toutefois, son trafic a repris et elle est désormais bien plus largement disponible. Au total, les expérimentateurs sont au nombre de 500 000, soit 1,2 % des 18-64 ans, alors qu'ils n'étaient que 360 000 en 2005. Le nombre de consommateurs dans l'année serait de 90 000, ce qui est faible dans la population générale mais représente 0,9 % des 18-34 ans, contre 0,5 % en 2005. De nouveaux usagers apparaissent, notamment parmi les jeunes très précarisés et dans les milieux festifs, qui y associent parfois de nouveaux modes de consommation moins stigmatisants que l'injection. Celle-ci, de par ses conséquences sanitaires désastreuses pour ceux qui y ont recours, constitue un problème majeur de santé publique, malgré l'amélioration des dispositifs de réduction des risques et de soins et le développement des TSO.

Selon l'OFDT, la France compte 230 000 usagers problématiques de drogues, catégorie regroupant ceux qui consomment de la drogue par voie intraveineuse ou, de manière régulière, des opiacés, de la cocaïne ou des amphétamines. Ces personnes partagent des caractéristiques communes : précarité, morbidité psychiatrique et usage de plusieurs substances. Elles sont donc souvent parmi les plus précaires et les plus marginalisées.

L'impact social et sanitaire des substances psychoactives légales que sont l'alcool et le tabac ne doit pas être minoré. Elles représentent un problème de santé publique bien plus important, par son ampleur, que celui de l'usage des substances illicites. De plus, les évolutions récentes de leur consommation sont inquiétantes, malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics.

La consommation générale d'alcool au sein de la population est en baisse continue depuis des années, alors que la France compte 8,8 millions d'usagers réguliers et 5 millions d'usagers quotidiens. Toutefois, le rapport des jeunes à l'alcool évolue vers des comportements à risque. Ainsi, 10,5 % de ceux de dix-sept ans déclarent, en 2011, au moins dix consommations dans le mois, en hausse de deux points par rapport à 2008. Le pourcentage d'entre eux ayant été ivres au moins trois fois dans l'année, ce qui est qualifié d'ivresse répétée, est passé de 25,6 % à 27,8 % durant la même période, tandis que 10,5 % ont déclaré aux moins dix ivresses dans l'année (ivresse régulière). Les réponses apportées, à travers la prévention, à ces alcoolisations massives, dérivées du binge drinking anglo-saxon, ne sont pour l'heure pas satisfaisantes. Il ne faut pas non plus oublier qu'il y a, parmi les adultes, 3,8 millions de consommateurs à risque.

La situation est comparable pour le tabac : la baisse du tabagisme quotidien observée chez les jeunes de dix-sept ans s'est inversée à partir de 2008, avec une hausse de 10 % entre cette date et 2011, année où 31,5 % de ces adolescents fumaient quotidiennement. La consommation quotidienne de tabac chez les adultes a également augmenté, passant de 28 % à 30 % entre 2005 et 2010, soit 13,4 millions de personnes. Cela démontre que la politique de prévention menée jusqu'à présent, qui repose largement sur l'augmentation régulière du prix des cigarettes, a montré ses limites.