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Projet de loi relatif à Mayotte

 

2. Une économie en développement rapide mais en pleine transition

L'économie se caractérise par sa grande dépendance vis à vis de l'extérieur et des dépenses publiques.

Le taux de couverture des importations par les exportations est ainsi tombé à 2% en 1999. Le déséquilibre structurel entre les importations et les exportations s'explique par l'écart croissant entre la croissance démographique et l'augmentation du pouvoir d'achat, d'une part, et la limite des ressources naturelles et la faiblesse des investissements productifs, d'autre part.

Du fait de l'étroitesse du marché local et d'une main d'oeuvre peu qualifiée (70% de la population active a un niveau inférieur au CM2), le secteur productif privé est peu développé.

La commande publique est le principal moteur de l'économie. Le bâtiment et les travaux publics constituent le deuxième secteur d'activité (15,3% de la population active). Après avoir privilégié le développement du réseau routier et des infrastructures de communication, les interventions publiques s'orientent vers les équipements d'assainissement, les équipements scolaires et le logement. L'une des plus importantes activités est la construction de logements, principalement par la SIM (société immobilière de Mayotte) qui encadre des opérations de résorption de l'habitat insalubre.

Malgré le développement d'un tissu d'entreprises locales, le secteur industriel et le tourisme peinent à se développer. Le coût élevé du transport aérien (8.000 francs contre 5.000 francs pour la Réunion en raison de l'absence de liaison directe avec la métropole, qui est une grande revendication et reste conditionnée par l'allongement de la piste de l'aéroport) et la faiblesse de la capacité hôtelière limitent en effet le développement des activités touristiques (9.500 touristes en 1997).

Le secteur primaire -pêche et agriculture- concerne plus des trois quarts de la population et produit la quasi-totalité des exportations (ylang-ylang et vanille).

L'activité agricole est surtout orientée vers l'autosubsistance et les cultures vivrières (banane et manioc), comme a pu le constater votre rapporteur.

Sur les 23.000 ménages mahorais, 16.000 sont agricoles et 60% d'entre eux ne produisent que pour leurs besoins propres.

Le développement s'est accompagné d'effets pervers. L'administration n'a pas su éviter la régression de l'agriculture, corollaire habituel de la distribution de pouvoir d'achat grâce à des transferts financiers extérieurs. Les questions touchant au développement agricole -équipements de base, structures foncières, enseignement agricole- ont été largement négligées, ce qui a conduit à une rapide aggravation de la dépendance agricole.

Cependant, la formation agricole est gérée par l'association pour la formation initiale et continue agricole à Mayotte (AFICAM) et un lycée agricole a été créé en 1994 (il comptait 200 élèves en 1999).

En l'absence d'opérateurs privés, les coopératives assurent une grande partie de la collecte et de la commercialisation des productions.

La pêche reste un secteur artisanal limité au lagon (dont les prises diminuent en raison de la pollution et de la forte pression de prélèvements). En 1999, on dénombrait 2.300 pêcheurs, dont 86% utilisaient des pirogues à un balancier. La production halieutique se monte à 2.000 tonnes par an et est presque totalement consommée sur place.

Une filière aquacole se développe depuis 1993 (élevages en cages en pleine mer).

La question du statut de l'agriculteur et du pêcheur se pose depuis la mise en place d'un système de retraite en 1996. 9.538 personnes sont d'ores et déjà enregistrées sur la base du volontariat. La loi d'habilitation adoptée définitivement le 31 mai dernier doit aborder ce sujet. L'enjeu est de fixer la population dans le secteur primaire en valorisant ces activités. 

Il faut noter que la population exerce souvent plusieurs activités (agriculture, pêche, petit commerce) de façon informelle.

L'INSEE évaluait en 1997 le revenu moyen pour un ménage de salariés à 4.000 francs, pour des travailleurs non salariés à 2.800 francs (ce qui correspond au SMIC), les agriculteurs disposant de 1.000 francs.

Le SMIC est donc inférieur de 60% à celui des départements d'outre-mer, qui devrait d'ailleurs être aligné sur celui de la métropole, ainsi que l'a prévu la loi d'orientation pour l'outre-mer du 13 décembre 2000, mais il est 15 fois supérieur à celui de Madagascar.

Le taux de chômage est évalué à 40%, mais est très difficile à déterminer. En effet, l'assurance chômage n'existant pas, beaucoup de personnes négligent de s'inscrire (le seul intérêt de l'inscription étant de pouvoir bénéficier des programmes de formation). Le chômage touche principalement les femmes (69%) et les jeunes.

Les solutions mises en place n'empêchent pas l'émigration vers la Réunion et la métropole de se développer.

En effet, 4.000 jeunes entrent chaque année sur le marché du travail (plus de 80% ont le niveau CM2) alors que seuls 1.000 emplois sont créés par an dont 300 pour la collectivité.

La formation professionnelle présente de graves lacunes. Ainsi, le service militaire adapté (SMA) ne concerne que 200 personnes par an.

L'Agence nationale du travail a une convention avec Mayotte depuis deux ans mais elle fonctionne très peu alors qu'il s'agit d'un outil important dans les départements d'outre-mer. Elle fonctionne sur le principe de l'accueil de stagiaires formés et rémunérés par des entreprises métropolitaines.

L'économie est donc en pleine transition et doit se réorienter principalement vers le secteur privé, le secteur agricole ne devant pas être négligé. La formation conditionnera largement la poursuite du développement.