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2. Des inégalités persistantes qui jettent le trouble sur le « meilleur instrument de promotion sociale » qu'est l'école

a) « L'école va bien pour les enfants qui vont bien »

Les résultats scolaires restent très fortement corrélés à l'origine sociale des élèves. Comme l'a souligné le Haut conseil de l'évaluation de l'école (Hcéé) dans l'avis précité, « la pauvreté est la première cause du grand échec scolaire ». Ainsi, selon le rapport du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) sur « Les enfants pauvres en France », près de la moitié d'entre eux connaissent des difficultés scolaires importantes dès le primaire.

Les jeunes sortants du système éducatif sans qualification appartiennent massivement aux catégories sociales défavorisées : 31 % sont issus de familles immigrées, 30 % sont enfants d'inactifs, 16 % sont enfants d'ouvriers, alors que 2 % sont issus de familles de cadres ou d'enseignants.

La persistance de ces inégalités crée un certain malaise, suscite l'incompréhension et jette un discrédit sur l'institution scolaire, qui n'apparaît plus capable d'assurer l'égalité des chances et la promotion sociale par le savoir : le lien entre l'école et une partie de la population devient de plus en plus distendu.

L'échec scolaire est bien souvent le corollaire des comportements violents et des incivilités, qui sont devenus le quotidien de nombreux établissements scolaires. Plus de 80 000 incidents ont été recensés en 2003-20048(*), concentrés dans un petit nombre d'établissements, notamment des collèges. Toutefois, nombre de faits échappent aux statistiques officielles : comme l'a relevé notre collègue Christian Demuynck dans un récent rapport9(*), c'est aussi l'accumulation de « petites incivilités au quotidien qui font baigner l'école dans un climat d'insécurité perçu et vécu comme une violence ».

Ces phénomènes résultent avant tout d'une succession de défaillances qui rejaillissent sur l'école -défaillances de la cellule familiale, perte de repères, exclusion sociale, ghettos urbains, violence de la société...-, et contre lesquelles celle-ci ne peut lutter seule.

b) Un processus d'orientation qui favorise les « initiés » et crée des hiérarchies entre les filières

L'école doit rester notre meilleur vecteur de promotion sociale et d'égalité des chances.

Si les progrès de la scolarisation ont entraîné un réel mouvement de démocratisation du système scolaire, un palier semble là aussi atteint : les inégalités se sont réduites, mais les enfants d'ouvriers sont encore loin de suivre les mêmes parcours que les enfants de cadres.

En 20 ans, la proportion d'enfants d'ouvriers obtenant le baccalauréat est passée de 11 à 46 %. Toutefois, les écarts restent encore importants : le rapport entre les enfants d'ouvrier et ceux de cadre est passé, sur cette période, de 1 pour 4 à 1 pour 2.10(*)

Le processus d'orientation, dont les défaillances sont soulignées de l'avis unanime, contribue à accentuer ces inégalités, en procédant par échecs successifs.

Dans un avis sur « L'évaluation de l'orientation à la fin du collège et au lycée », le Hcéé a montré que les décisions des conseils de classe confirment, plus qu'elles ne corrigent, à niveau scolaire égal, les différences d'ambition qui s'expriment dans les voeux des familles et des élèves, selon leur milieu social, ou selon le sexe11(*).

Les enfants d'ouvriers sont ainsi nettement moins nombreux dans les filières générales et les filières sélectives : ils ont sept fois moins de chances que les enfants de cadres d'obtenir un baccalauréat scientifique ; 5 % des élèves des classes préparatoires aux grandes écoles sont issus de familles d'ouvriers, contre 51 % d'enfants de cadres.

Par ailleurs, les dysfonctionnements du système renforcent le sentiment d'injustice et d'incompréhension : près d'un jeune sur trois est affecté dans une filière qu'il n'a pas choisie.

La filière professionnelle est la première victime de ces décisions d'orientation davantage subies que choisies. Encore trop souvent perçue comme une voie de relégation, son image négative reste profondément ancrée dans les mentalités.

Aussi l'Inspection générale de l'éducation nationale note-t-elle, dans son rapport pour l'année 2003, que « la fréquence des abandons dans le 2nd cycle professionnel est l'un des phénomènes caractéristiques de la scolarisation au lycée professionnel » (environ 15 % des élèves). En outre, le phénomène d'absentéisme, premier pas vers le « décrochage », est beaucoup plus marqué : 10 % des lycéens professionnels sont absents plus de 4 demies journées par mois, contre 5 % en moyenne pour les lycéens des voies générale et technologique12(*).

Cette situation interpelle sur l'urgence de repositionner clairement l'école par rapport aux exigences que nous plaçons en elle. Le grand débat sur l'avenir de l'école a manifesté le besoin pressant, pour la Nation, de réaffirmer ses attentes en fixant un nouveau cap.

* 8 Résultats de l'enquête Signa : 80 924 incidents recensés pour l'année 2003-2004, soit 12,8 % de plus en un an (29 % sont des violences physiques sans arme, 24 % des insultes ou menaces graves, 10 % des vols ou tentatives).

* 9 « La rue dans l'école ? Connaître, prévenir et maîtriser l'intrusion de la violence dans les établissements scolaires », rapport remis par M. Christian Demuynck à M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, 15 juin 2004.

* 10 « Éléments de diagnostic sur le système scolaire français », Avis du Hcéé n° 9, octobre 2003.

* 11 Voir avis du Hcéé n° 12, « L'évaluation de l'orientation à la fin du collège et au lycée », mars 2004.

* 12 Étude de la Direction de l'évaluation et de la prospective (DEP) du ministère de l'éducation nationale conduite entre janvier et avril 2004.

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