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II. UNE AMBITION CENTRALE : ASSURER LA RÉUSSITE DE TOUS LES ÉLÈVES

En fixant pour objectif la réussite de tous les élèves, le présent projet de loi d'orientation se fait l'écho direct de la préoccupation centrale exprimée par les Français à l'occasion du grand débat national : la commission présidée par M. Claude Thélot a traduit ces attentes dans son rapport, intitulé « Pour la réussite de tous les élèves ». Le présent projet en reprend la proposition phare : garantir à chaque élève la maîtrise d'un socle commun.

Pour le Conseil économique et social24(*), faire réussir tout les élèves est à la fois un impératif de justice sociale et une obligation de résultat.

Afin d'atteindre cette ambition, l'exigence d'efficacité doit s'imposer à tous les acteurs du système éducatif, autour de trois axes principaux :

- clarifier les objectifs de la scolarité obligatoire ;

- réformer le statut des IUFM et rénover la formation des maîtres ;

- améliorer l'efficacité du système éducatif.

A. AFFICHER CLAIREMENT NOS ATTENTES À L'ÉGARD DE L'ÉCOLE POUR LUI DONNER UNE OBLIGATION DE RÉSULTATS

1. La définition d'un socle commun : le levier de la réussite de tous les élèves

Fixer à l'école l'objectif de réussite de tous les élèves impose, en parallèle, de dire clairement ce que l'on attend d'elle, c'est-à-dire ce que chacun doit impérativement maîtriser à l'issue de la scolarité obligatoire.

Cette exigence a été trop longtemps éludée. De fait, au fil de la massification du système scolaire, les priorités de l'école se sont diluées : à vouloir répondre aux attentes multiples -et parfois contradictoires- de la société, l'école aurait perdu de vue l'essentiel.

Dans son avis préparatoire au grand débat national, le Haut conseil d'évaluation de l'école a souligné l'ardente nécessité de mieux définir les objectifs de la scolarité obligatoire : ceux-ci « devraient être clairement explicités en conciliant deux approches très différentes de l' « empilement académique des disciplines » encore trop fréquent dans nos programmes : quelle doit être la « base commune des savoirs, savoir-faire et savoir-être citoyens de base » que doit détenir un jeune en fin de scolarité obligatoire et quelle doit être la base de compétences sur laquelle il pourra construire ensuite une formation qualifiante ? »25(*)

La définition d'un socle commun est la traduction politique de ce que la Nation considère, à un moment de son histoire, comme indispensable à tout futur citoyen, pour pouvoir poursuivre sa formation, trouver sa place dans la vie de la société et y apporter sa contribution.

Il ne s'agit en rien d'un nivellement des ambitions ou d'un resserrement des missions de l'école sur la transmission d'une culture au rabais. Le socle est un tremplin, un levier, qui sert d'assise aux avancées ultérieures et commande la possibilité d'aller plus loin.

Le recours à cette métaphore est éloquent : le terme de « socle » désigne, précisément, un piédestal,  la « base sur laquelle repose un édifice »26(*).

Assigner à l'école une obligation de résultat et d'efficacité suppose en effet de mieux hiérarchiser les priorités et de s'accorder sur ce qu'il est essentiel de transmettre à chacun, c'est-à-dire ce que nul n'est censé ignorer.

Une erreur serait de réduire la notion de socle à l'instrumental. Le socle n'est ni une juxtaposition de disciplines -et encore moins une hiérarchisation de ces disciplines-, ni une déclinaison de programmes. La définition du socle doit servir à mieux identifier le transversal, ce qui structure l'ensemble des apprentissages, la colonne vertébrale autour de laquelle s'articulent les autres savoirs. Elle devra conduire à revisiter les programmes pour rendre leurs objectifs plus lisibles.

Il n'appartiendra pas au Parlement de se prononcer sur la définition du contenu des programmes, qui continuera de relever des experts de l'éducation. Toutefois, le Haut conseil de l'éducation, instance consultative dont la composition garantira l'indépendance, se prononcera sur son contenu.

Le projet de loi identifie cinq piliers : la maîtrise de la langue française ; la maîtrise des principaux éléments de mathématiques ; une culture humaniste et scientifique permettant l'exercice de la citoyenneté ; la pratique d'au moins une langue vivante étrangère ; la maîtrise des techniques usuelles de l'information et de la communication.

Ces éléments sont en effet les clés permettant l'accès à une culture commune, ce que Todorov désigne comme « l'implicite des conversations ordinaires » dans une culture donnée.

Comme l'a souligné le ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche devant l'Assemblée nationale, pour répondre aux craintes infondées que certaines disciplines seraient écartées, ou sous-estimées, le socle commun « ne distingue pas l'obligatoire du facultatif, mais le fondamental du dérivé, non pas pour se priver de ce dernier mais pour lui donner du sens. »

Le socle ne saurait être exclusif et synonyme d'uniformité des parcours. D'autres enseignements le complèteront, pour permettre aux élèves de découvrir et d'exprimer leurs talents dans leur diversité.

En outre, dans la mesure où le socle est ce sur quoi la Nation s'engage et fixe à l'école une obligation de résultats, sa maîtrise devra être évaluée, non seulement en fin de parcours, mais aussi à chaque étape de la scolarité, et cette évaluation devra être prise en compte.

* 24 « Contribution à la préparation de la loi d'orientation sur l'avenir de l'école », Avis du Conseil économique et social présenté par Claude Azéma, 2004.

* 25 Avis n° 9 précité.

* 26 Définition du Petit Robert.

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