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4. Permettre à chacun de trouver sa voie de réussite : mieux préparer l'orientation, en améliorant la connaissance des filières et des métiers

a) Une absolue nécessité

Les jeunes, mais aussi leurs parents et les professionnels chargés de les aider à choisir leur orientation et à construire leurs parcours en vue de leur future insertion professionnelle, sont insuffisamment informés de la réalité et de l'évolution des besoins de notre pays en termes de qualifications et d'emploi.

La qualité des informations délivrées aux élèves et à leurs familles répond à une exigence de vérité, qui passe par une plus grande ouverture de l'école sur son environnement.

En effet, l'école a aussi vocation à préparer les jeunes à un emploi. Tant les parents d'élèves que les milieux professionnels accordent une importance centrale à cette mission. C'est pourquoi l'école et l'entreprise ne sauraient rester deux univers hermétiques et distants, méfiants l'un envers l'autre : comme le souligne une étude de l'Observatoire des PME28(*), les trois quart des élèves ont vocation à y travailler.

Toutefois, les inégalités dans l'accès à l'information, et dans son décryptage, créent des disparités importantes entre « ceux qui savent » et les « non initiés ». Paradoxalement, la surabondance de documentations, de salons d'information, etc., s'accompagne d'un sentiment de sous information chez la plupart des jeunes et des familles.

C'est ce qu'a mis en évidence une enquête publiée en février 200529(*) par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris :

- plus de 70 % des jeunes, parents et enseignants déclarent être mal ou très mal informés sur les métiers et leurs débouchés professionnels ;

- l'enseignement professionnel et l'apprentissage sont très mal connus par près de la moitié des jeunes et des familles, et par le tiers des enseignants.

Cette situation conduit à un vaste gaspillage individuel et collectif, lié à la conjonction persistante dans notre pays d'un taux de chômage des jeunes élevé et d'une inadéquation de l'offre et de la demande d'emplois, un grand nombre de propositions d'emploi ne trouvant pas preneur. Il est urgent de sortir de ce paradoxe.

C'est le cas, par exemple, en Haute-Savoie, des métiers de la mécanique. Alors que les lycées professionnels ont été modernisés par le conseil régional, ces filières se vident de leurs effectifs. Certaines sont même menacées de fermeture. Or, les besoins sont réels et les salaires à l'embauche sont relativement attractifs : sur les 500 emplois recherchés par les entreprises locales, seuls 100 postes sont pourvus.

Dans l'enseignement supérieur, on constate d'une part, un afflux d'étudiants dans certaines filières surchargées et aux débouchés par conséquent incertains (les STAPS, par exemple) et, d'autre part, une désaffection croissante à l'égard des filières scientifiques, qui s'avère extrêmement préoccupante. Ainsi, on a dénombré 98 000 étudiants inscrits en DEUG de sciences en 2003, alors qu'ils étaient encore 130 000 en 1998.

Ce défaut d'orientation se traduit également par un taux d'échec en premier cycle universitaire très élevé, principalement la première année.

Les données avancées à cet égard par notre collègue Jean-Léonce Dupont, dans le rapport30(*) qu'il a présenté au nom de votre commission sur le projet de budget de l'enseignement supérieur, sont éclairantes :

« En 2003-2004, 47,2 % des étudiants entrés l'année précédente en première année de premier cycle universitaire et formations universitaires d'ingénieurs inclus sont passés en deuxième année ; 28,5 % ont redoublé leur première année et 24,3 % sont sortis du système universitaire : sortie définitive, temporaire ou orientation vers des filières supérieures non universitaires (Sections de Techniciens Supérieurs (STS), formations paramédicales et sociales...). »

« Il [L'échec à l'université] concerne en premier lieu les bacheliers professionnels, mal préparés par leurs études antérieures à s'engager dans une formation universitaire générale de premier cycle, et, dans une moindre mesure, les bacheliers technologiques, notamment lorsqu'ils sont issus des séries tertiaires.

Près d'un entrant en première année sur dix se réoriente vers une autre filière en cours ou en fin de première année. Pour huit étudiants réorientés sur dix, ce changement de filière s'accompagne d'un redoublement. Qu'ils réussissent ou qu'ils redoublent, deux tiers des entrants en première année poursuivent leurs études dans la même discipline. Un quart des entrants quittent l'université après un an. [...]

Pour la session 2002, 82 universités ont préparé des étudiants au diplôme d'études universitaires générales (DEUG). Le taux de réussite national atteint 75,7 %, en tenant compte d'une durée d'obtention de 2 à 5 ans. »

b) Les propositions du projet de loi

Prenant en compte cette réalité, l'article 13 du présent projet de loi propose qu'outre les aspirations et les aptitudes des élèves, leur orientation devra tenir compte « des perspectives professionnelles liées aux besoins de la société et de l'économie ».

· Par ailleurs, la mise en place, à compter de la rentrée 2005, de l'option de découverte professionnelle en classe de troisième, vise à favoriser l'ouverture de l'école sur le monde professionnel et sur son environnement économique, pour en améliorer la connaissance par les élèves.

L'option facultative de 3 heures hebdomadaires sera proposée à tous les élèves, pour leur apporter une approche concrète et diversifiée des métiers et des filières qui y conduisent. En outre, un module de 6 heures hebdomadaires sera proposé à des élèves volontaires, pour les aider à construire leur projet de poursuite de formation à l'issue du collège. Ces classes seront implantées en priorité au sein des lycées professionnels, ce qui est à la fois cohérent et positif. En effet, ces élèves disposeront ainsi des équipements et structures de ces établissements, auront des enseignants spécialisés, et seront en relation directe avec les lycéens professionnels. Ils seront tirés vers le haut, et motivés, le cas échéant, à s'engager ensuite vers des filières professionnelles, dans le cadre d'une orientation choisie et non plus subie.

· Dans la même logique d'ouverture, l'Assemblée nationale a ajouté, au sein du rapport annexé, la possibilité pour les élèves de faire des stages en entreprise, dans le cadre de l'opération « école ouverte ». Elle a introduit, de plus, des dispositions relatives au développement de passerelles entre l'apprentissage et le système scolaire et de jumelages entre les collèges, les lycées et les CFA.

· Elle a par ailleurs proposé, dans un sens positif, de renforcer l'ouverture de la formation des conseillers d'orientation-psychologues sur les milieux professionnels, et d'ouvrir davantage les centres d'information et d'orientation sur les organismes spécialisés.

* 28 « Connaissance de l'entreprise par les élèves », Regards sur les PME, n° 6.

* 29 « L'orientation tout au long de la vie : qu'en pensent les Franciliens ? », Observatoire de la Formation, de l'Emploi et des Métiers de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.

* 30 Rapport n°  75 (2004-2005) présenté par M. Jean-Léonce Dupont au nom de la commission des affaires culturelles.

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