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19 janvier 1999 : Compagnons de la Libération ( rapport - première lecture )

 

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B. UNE HISTOIRE SYMBOLE DU COMBAT POUR LA LIBÉRATION DE LA FRANCE

Si la création de l'Ordre témoigne du contexte de naissance de la France Libre, son histoire de 1940 à 1946 symbolise la marche à la fois glorieuse et dramatique vers la libération de notre pays.

1. Les Compagnons, ceux " qui se sont signalés dans l'oeuvre de libération de la France "

La mission de l'Ordre est, historiquement, une mission de reconnaissance. Il n'est donc pas étonnant que l'exercice de cette mission reflète au plus près les épisodes et les itinéraires les plus symboliques de l'oeuvre de la libération. Au-delà des parcours individuels, l'Ordre témoigne d'une aspiration commune.

De 1941 à 1946, date de la fin de l'attribution de la Croix, 1.059 Croix de la Libération ont été attribuées. Le nombre limité de Compagnons ne fait alors que souligner leur valeur exemplaire.

1.036 sont des hommes et femmes3(*). La plupart d'entre eux le sont au titre de la France Libre. Plusieurs étrangers furent également faits Compagnons, comme le Général Dwight Eisenhower, Sir Winston Churchill ou le roi George V. Les cinq premiers compagnons de la Libération, nommés par le décret du 29 janvier 1941, sont le Capitaine de Vaisseau Thierry d'Argenlieu, le Gouverneur Général Eboué, le lieutenant d'Ollonde, l'officier de la Marine Marchande Popieul et l'adjudant aviateur Bouquillard.

André Malraux, dans un texte célèbre sur les Compagnons4(*), les définissait par trois traits principaux : l'espoir, l'engagement volontaire, le témoignage.

1 - Aux pires jours de la défaite, ils n'ont pas perdu Confiance en la France. Et dès qu'ils ont repris le combat ils ont entendu assumer la France et non former une Légion étrangère. Ce qui était fort important. Car c'est cette résolution d'assumer la France, qui a permis l'unité des Forces françaises libres et de la Résistance de Leclerc et de Jean Moulin.

2 - Ils étaient des Volontaires, et se séparent ainsi de leurs grands prédécesseurs, les Anciens de Verdun, par exemple.

3 - Ils ont été des Témoins. Nous ne tenons pas Bir-Hakeim pour Austerlitz. Mais Bir-Hakeim, comme le premier combat de Jeanne d'Arc à Orléans, a été la preuve que la France n'était pas morte.
 "

Sur les 1.036 Compagnons, 238 d'entre eux ne reçurent leur insigne qu'à titre posthume. Le Général de Gaulle a souvent rendu hommage à leur mémoire. Ainsi, en préface au Mémorial des Compagnons de la Libération (1961), il écrivait : " Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines ; marins noyés que bercent pour toujours les vagues de l'océan ; aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre ; combattants de la Résistance tués aux maquis et aux poteaux d'exécution ; vous tous qui, à votre dernier souffle, avez mêlé le nom de la France, c'est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l'effort, cimenté les résolutions... Vous avez pris la tête de l'immense et magnifique cohorte des fils et des filles de la France qui ont, dans les épreuves, attesté sa grandeur. "

18 unités combattantes de la France Libre1 furent également élevées au rang de Compagnon de la Libération : 10 de l'armée de terre, 3 de la marine et 5 de l'armée de l'air.

Cinq communes1 se sont enfin vu attribuer le titre de Compagnon de la Libération : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors et l'Ile-de-Sein. Les décrets d'attribution de la Croix de la Libération précisent les motifs pour lesquels ces communes ont été distinguées.

Ainsi, Nantes " Ville héroïque qui, depuis le crime de la capitulation a opposé une résistance acharnée à toute forme de collaboration avec l'ennemi. Occupée par les troupes allemandes et soumise aux plus dures mesures d'oppression, a donné aux Français, par de nombreuses actions individuelles et collectives, un magnifique exemple de courage et de fidélité. Par le sang de ses enfants martyrs, vient d'attester devant le monde entier la volonté française de libération nationale ".

De même, Grenoble, " Ville héroïque à la pointe de la résistance française et du combat pour la Libération. Dressée dans sa fierté, livre à l'Allemand, malgré ses deuils et ses souffrances, malgré l'arrestation et le massacre des meilleurs de ses fils, une lutte acharnée de tous les instants (...). "

Paris, " Capitale fidèle à elle-même et à la France, a manifesté, sous l'occupation et l'oppression ennemies, et en dépit des voix d'abandon et de trahison, sa résolution inébranlable de combattre et de vaincre. Par son courage en présence de l'envahisseur et par l'énergie indomptable avec laquelle elle supporta les plus cruelles épreuves, a mérité de rester l'exemple pour la Nation tout entière (...). "

Vassieux-en-Vercors, " Village du Vercors (...), grâce au patriotisme de ses habitants, s'est totalement sacrifié pour la cause de la Résistance française en 1944 (...). "

Enfin, l'Ile-de-Sein, " Devant l'invasion ennemie, s'est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien : la mer. Elle a envoyé tous ses enfants au combat sous le pavillon de la France libre devenant ainsi l'exemple et le symbole de la Bretagne tout entière. "

2. L'Ordre, " chevalerie exceptionnelle "

Le jour où lui fut officiellement remis, des mains du Chancelier Georges Thierry d'Argenlieu, le collier de Grand-Maître de l'Ordre de la Libération, le 31 août 1947, le Général de Gaulle devait déclarer : " Je ne voulais pour rien au monde négliger l'occasion qui m'était donnée, de rendre hommage à l'Ordre. Cette chevalerie exceptionnelle, créée au moment le plus grave de l'histoire de France, fidèle à elle-même, solidaire dans le sacrifice et dans la lutte. "

Le prestige incomparable de l'Ordre tient aux conditions de sa création, à la valeur exemplaire de ses membres mais aussi au nombre très restreint de ses membres.

Soucieux de mieux prendre en compte la Résistance intérieure, de maintenir le caractère resserré de l'Ordre et d'offrir d'autres formes de reconnaissance à ceux qui ont risqué leur vie pour la Libération de la France, le Général de Gaulle a, le 9 février 1943, créé la Médaille de la Résistance française.

La médaille de la Résistance Française

A Londres, par ordonnance n° 42 et par décret n° 774 du 9 février 1943, le Général de Gaulle institue la Médaille de la Résistance Française, destinée à " reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l'Empire et à l'étranger, auront contribué à la Résistance du peuple français contre l'ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940 ".

L'ordonnance du 7 janvier 1944 précise qu'il s'agit des personnes ou collectivités françaises qui ont :

" 1. pris une part spécialement active depuis le 18 juin 1940 à la Résistance contre les puissances de l'Axe et leurs complices sur le sol français ou en territoire relevant de la souveraineté française,

" 2. pris une part effective importante au ralliement de territoires français ou rendu des services signalés dans l'effort de guerre de ces territoires,

" 3. joué un rôle éminent à l'étranger dans la propagande et dans l'action des organisations destinées à grouper et à soutenir les efforts de la Résistance,

" 4. rallié les troupes, les navires ou les avions dans des conditions exceptionnelles de difficultés ou de dangers,

" 5. rejoint les Forces Françaises en guerre dans des conditions particulièrement dangereuses et méritantes. "


Cette ordonnance a été complétée par l'ordonnance du 2 novembre 1945 qui a créé la Médaille de la Résistance avec rosette dont les titulaires recevaient le titre d'Officier de la Résistance (4.345, soit environ 10 % du chiffre total d'attribution).

La médaille en bronze porte à l'avers un bouclier frappé de la Croix de Lorraine avec, en exergue, " 18 juin 1940 " et au revers " Patria non Immemor ". Le ruban est noir, traversé verticalement par des bandes rouges.

Les Médaillés de la Résistance Française, au nombre de 43.000 environ, dont 19.000 à titre posthume, groupent les plus méritants des membres des Forces Françaises Libres, des Forces Françaises Combattantes et des Forces Françaises de l'Intérieur. Parmi eux, 10 % de femmes et 55 collectivités.

La Commission nationale de la Médaille de la Résistance Française, créée par ordonnance du 7 janvier 1944 et présidée par le Chancelier de l'Ordre de la Libération, assure la discipline des Médaillés.

Garants du souvenir, en 1986, un pacte d'amitié liait les 17 communes médaillées de la Résistance. Cette relation privilégiée est désormais institutionnalisée dans le Comité national des collectivités territoriales médaillées de la Résistance française, qui comprend :

- Béthincourt, dans la Meuse,

- Brest, dans le Finistère,

- Caniac, dans le Lot,

- Caen, dans le Calvados,

- La Chapelle-en-Vercors, dans la Drôme,

- Lyon, dans le Rhône,

- Marsoulas, en Haute-Garonne,

- Meximieux, dans l'Ain,

- Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire,

- Nantua, dans l'Ain,

- Plougasnou, dans le Finistère,

- Saint-Nizier-de-Moucherotte, dans l'Isère,

- Sein, dans le Finistère,

- Travaux-Pontsericourt, dans l'Aisne,

- Terrou, dans le Lot,

- Thones, en Haute-Savoie,

- Territoire de Nouvelle-Calédonie.

La Médaille n'est plus attribuée depuis le 31 mars 1947. Il reste cependant possible de décerner, à titre posthume, la Médaille à des personnes mortes pendant la guerre.

Le Général de Gaulle écrira, le 9 mai 1948 :

" La Résistance, ce fut la Défense Nationale.

" Suivant les péripéties et les conditions terribles d'une guerre sans précédent, elle a pris toutes les formes, rassemblé toutes les tendances, utilisé tous les sacrifices. Mais elle fut, toujours et partout, un combat, un seul combat, pour la Patrie.

" En voici le témoignage : c'est la liste glorieuse de ses noms, Médaillés de la Résistance, mes camarades, morts ou vivants... "

Source : Chancellerie de l'Ordre de la Libération.

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