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La Poste : le temps de la dernière chance

 

CHAPITRE IER -

LE COURRIER : SE RÉORGANISER POUR NE PAS MOURIR

L'histoire de La Poste est d'abord celle du courrier. Créé implicitement en 1848, le service public du courrier, aïeul des services publics de la vie quotidienne, a été conforté par la loi de juillet 19902(*), qui en fit l'une des trois missions d'intérêt général imparties à La Poste. Longtemps exclusivement organisée sous forme de monopole, l'activité courrier connaît aujourd'hui des heures décisives, le monopole étant voué à se réduire comme peau de chagrin sous l'impulsion communautaire et avec l'accord de tous les Gouvernements qui se sont succédés depuis dix ans.

Or, l'avenir de la branche courrier représente pour La Poste un enjeu majeur, dans la mesure où le courrier représente 60 % du chiffre d'affaires du groupe en 2002. Cette exposition, spécifiquement française, sur l'activité courrier constitue un talon d'Achille susceptible d'invalider durablement notre opérateur national. Elle est même de nature à compromettre sa survie dans un paysage postal européen, voire mondial, de plus en plus ouvert.

I. DEUX CHOCS CONCURRENTIELS À AFFRONTER SUR UN MARCHÉ BAISSIER

A. UNE DIMINUTION TENDANCIELLE DU TRAFIC DE LA BRANCHE COURRIER

1. La fin d'une belle histoire : un « trend » baissier qui s'accentue, ...

Au cours des dernières décennies, l'évolution du trafic courrier a obéi à une sorte de constante : il croissait en volume avec le PIB. Quand le PIB augmentait de 3 % sur une année, le volume du courrier transporté par La Poste connaissait une hausse de l'ordre de 3 %. Des années 1970 aux années 1990, cette corrélation ne s'est, pour ainsi dire, jamais démentie. Le courrier a parfois crû un peu plus que le PIB, rarement moins et alors de très peu, et le « retard » était, la plupart du temps, rattrapé l'année suivante. En d'autres termes, la principale activité de La Poste se trouvait directement « branchée » sur l'économie nationale ; ils progressaient de concert.

Cette harmonie a commencé à se rompre en 1998.

Depuis cette date, la croissance du trafic courrier global de La Poste a décroché par rapport à celle du PIB. Elle a ralenti ostensiblement dans les années qui ont suivi et semble même tendre vers zéro en 2003.

Déjà, sur la période 1994-2000, le trafic courrier a affiché une croissance globale modérée, de l'ordre de 1,8 % en moyenne. Si un léger sursaut a au lieu en 1996 et 1997, la croissance avoisinant 3,5 %, l'essoufflement de la croissance du trafic courrier, d'abord distancée par l'évolution du PIB, s'est progressivement traduit par un ralentissement (2,5 % en 1998  puis 1,1 % en 1999 et, en 2002, -0,1 %) et pourrait déboucher sur une stagnation (une très légère croissance de 0,3 % étant prévue pour 2003). En outre, la prévision de croissance pour 2003, légèrement positive, a été calculée hors augmentation tarifaire. Or la décision, intervenue depuis, de relever le prix du timbre risque de freiner encore le développement de l'activité courrier en 2003.

* 2 Article 2, alinéa 2, de la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et des télécommunications. L'alinéa 3 du même article laisse en revanche à La Poste le soin d'assurer, dans le respect des règles de concurrence, des services « de collecte, de transport et de distribution d'objets et de marchandises. »