Allez au contenu, Allez à la navigation



La Poste : le temps de la dernière chance

 

B. DES SERVICES FINANCIERS QUI ONT BESOIN « D'OXYGÈNE »

1. Une clientèle vieillissante

Le profil de clientèle de La Poste apparaît très atypique, en raison des spécificités de l'offre financière qu'elle propose.

La Poste offre, partout sur le territoire, et sans discrimination, ses services financiers. Fidèle à ses valeurs d'accueil et de non-discrimination, elle respecte le droit au compte individuel52(*) et ne refuse aucun client, ce qui l'a conduite à devenir naturellement le guichet financier de ceux qui rencontrent des difficultés à être acceptés par le système bancaire. Elle accueille même les interdits bancaires, pour qui le mandat représente un substitut du chèque.

En outre, la liquidité du livret A et la gratuité des opérations qui y sont attachées induisent une sur-utilisation de ce support d'épargne par les personnes défavorisées : en effet, 60 % des livrets représentent 0,7 % de l'encours... Ces livrets, qui ont un avoir inférieur à 150 euros, occasionnent pourtant 44 % de l'ensemble des opérations sur livrets A de La Poste. Il n'est donc pas rare qu'en zone rurale ou en zone urbaine sensible, le livret A soit utilisé comme un véritable « porte-monnaie », pour des montants souvent dérisoires, ce qui représente un coût considérable pour La Poste. Ainsi, sur la moitié de son activité liée au livret A, La Poste ne touche pratiquement aucune rémunération, celle-ci étant en effet assise sur l'encours. En 2001, l'activité « Livret A » affichait ainsi, selon La Poste, un déficit de 55 millions d'euros.

Enfin, les carences de son offre financière -interdiction de proposer des crédits à la consommation ou des crédits immobiliers sans épargne préalable- empêchent La Poste de fidéliser ses clients jeunes et solvables. Les chiffres l'attestent : alors que 30 % des jeunes français sont dotés d'un livret A dès leur plus jeune âge, seulement 2 % restent à La Poste après 30 ans, l'entrée dans la vie active entraînant des besoins d'équipement (automobile, immobilier...) pour lesquels La Poste n'est pas en mesure d'offrir un financement.

Ce rôle de guichet social qu'assume la Poste, et qui demeure d'ailleurs au coeur de ses valeurs, ainsi que le déficit de son offre de produits financiers ont mécaniquement façonné un profil de clientèle atypique, menaçant La Poste de devenir la « banque des pauvres et des vieux »...

En effet, par rapport à la moyenne des établissements financiers, les populations sur-représentées au sein de la clientèle des services financiers de La Poste sont :

- les personnes de 55 ans et plus, et notamment les personnes âgées de plus de 75 ans, dont 43 % se déclarent clientes des services financiers de La Poste, contre 30 % en moyenne pour les personnes majeures53(*) ;

- les populations modestes ou financièrement fragiles : personnes à faible revenu, chômeurs, allocataires de minima sociaux (RMI notamment). Ainsi, 40 % des personnes appartenant à ces catégories de population sont clientes des services financiers54(*), contre 30 % en moyenne chez les personnes majeures ; ces derniers versent, chaque mois, des prestations sociales à plus de 1,6 million de personnes.

A l'inverse, sont sous-représentés dans la clientèle des services financiers : les étudiants (20 % se déclarent clients), les professions indépendantes ou non-salariés (22 %) et les personnes à revenu élevé (24 %). Si la population aisée n'est pas absente de la clientèle des services financiers, La Poste n'est souvent, pour elle, qu'une banque secondaire. A cet égard, on peut relever qu'un compte postal à vue sur deux est un compte secondaire.

Votre rapporteur considère qu'à n'en pas douter, le point le plus préoccupant est l'âge des clients des services financiers de La Poste, 50 % des encours appartenant à des clients de plus de 65 ans. 50 % des plus de 80 ans détiennent un CCP, contre seulement 15 % des moins de 25 ans...

* 52 La Poste n'assure-t-elle pas, de facto, le service bancaire de base, dont votre rapporteur s'était fait l'avocat mais qui n'a pas encore vu le jour, du moins en France ?

* 53 Source : enquête OPERBAC 2001 (Observatoire PERmanent de la Banque, de l'Assurance et du Crédit).

* 54 Même source.