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La Poste : le temps de la dernière chance

 

B. L'URGENCE : HABILITER LA POSTE À OFFRIR DU CRÉDIT À LA CONSOMMATION, ET ENVISAGER UNE COMPLÉTUDE ULTÉRIEURE DE LA GAMME CONTRE UNE ABSOLUE LOYAUTÉ CONCURRENTIELLE

Votre rapporteur propose d'opter pour une certaine progressivité dans l'extension du champ d'intervention des services financiers de La Poste, à la fois pour leur donner le temps de l'adaptation aux nouveaux produits et pour ne pas prendre le risque d'ébranler notre industrie financière.

Il ne convient ni que le renforcement du réseau postal se traduise par la fermeture massive d'agences bancaires, ni que la préservation de l'avenir de La Poste signifie le sacrifice des intérêts vitaux de nos banques dont les positions internationales de premier plan sont liées à leur remarquable efficacité au plan national. Beaucoup de banquiers, et même les plus ouverts aux logiques d'intérêt général, considéreraient d'ailleurs que, si ces intérêts n'étaient pas pris en compte, il y aurait une sorte « d'injustice politique » difficilement acceptable. Selon eux, des entreprises « vertueuses » ayant su faire la preuve de leur réactivité et de leur capacité à accompagner, voire à anticiper les évolutions du marché auraient à « faire les frais » du rattrapage des retards d'adaptation d'un opérateur public qui s'est peu réformé au cours des dernières années, alors même que l'arrivée de la concurrence sur son coeur de métier était clairement proclamée et annoncée.

Même si ce raisonnement présente des aspects un peu manichéens, il contient une part de vérité à laquelle les pouvoirs publics ne peuvent pas rester indifférents. Le développement des services financiers de La Poste se doit donc d'obéir à une logique d'équilibre.

1. Autoriser sans délai le crédit à la consommation, ballon d'oxygène indispensable

 Pourquoi le crédit à la consommation ?

Votre rapporteur observe que le crédit à la consommation, marché sur lequel La Poste est absente, a connu une vive progression de 1996 à 2001 (l'encours progressant de plus de 8 % par an), notamment du fait de la forte reprise de l'activité et de la consommation sur cette période. 35 % des ménages déclaraient détenir un crédit de trésorerie en 2001 contre 27 % en 199562(*).

Or le crédit à la consommation s'avère déterminant dans la construction de la relation bancaire avec la clientèle jeune : il constitue donc bien la réponse au besoin prioritaire de La Poste, à savoir rajeunir sa clientèle. De surcroît, le crédit à la consommation, en finançant des besoins quotidiens, colle aisément avec la vocation de La Poste, qui est d'apporter un service de proximité à ses clients et de répondre à ses demandes.

 Sous quelle forme ?

Votre rapporteur envisage d'abord l'entrée de La Poste sur ce marché sous la forme d'une distribution pour compte de tiers. Compte tenu de son arrivée très tardive sur le marché du crédit à la consommation63(*), mais aussi des besoins en fonds propres et en investissements qui y sont associés, La Poste ne peut envisager son entrée sur ce segment de marché que sous la forme de partenariats -industriels et en capital- avec des acteurs spécialisés du marché. Ce sont eux qui disposent de l'expertise et des capacités de gestion de ces produits. Dans un tel partenariat, La Poste assurerait, en quelque sorte naturellement, la commercialisation des produits et l'essentiel de la relation client, alors que le partenaire -dans cette logique d'optimisation des compétences- prendrait en charge la gestion des contrats ainsi que les systèmes d'information spécifiques à l'activité.

Toutefois, il est essentiel que La Poste soit associée au capital des sociétés qui porteront les contrats de crédit64(*) et qu'elle n'en soit pas que le distributeur. Cela lui permettrait d'être intéressée au résultat de tels partenariats et de pouvoir dégager la plus-value que toutes les banques reconnaissent associer à l'activité de crédit à la consommation65(*). En outre, la création de filiales communes permet, dès lors que ces filiales sont porteuses des contrats, de réduire voire de faire disparaître le conflit d'intérêt existant entre un distributeur, avant tout intéressé au volume des ventes, et un producteur, avant tout intéressé au résultat de l'activité. Pour La Poste, la création de joint-ventures présenterait de surcroît l'avantage d'éviter tout apport de fonds propres, dans la mesure où la valorisation du contrat de commercialisation entre La Poste et son partenaire serait suffisante66(*).

Il convient enfin de remarquer qu'en s'orientant vers une démarche partenariale, La Poste rend au marché l'activité que sa capacité de distribution lui aura permis de capter. En outre, il n'est pas absurde d'imaginer que la présence particulièrement étendue de La Poste sur le territoire lui conférera vraisemblablement la capacité d'élargir le marché autant que d'en prendre une part. En effet, la spécificité du réseau postal est de nature à lui permettre d'atteindre des clientèles qui ne sont pas aujourd'hui touchées par les réseaux de banque et assurance. La Poste a donc vocation à élargir le marché, comme l'atteste le cas de l'assurance complémentaire santé : il est édifiant de constater que, parmi les souscripteurs de ce produit lancé en 2001 par La Poste, un sur deux ne disposait d'aucune assurance complémentaire santé auparavant.

 Le temps de l'adaptation

Si votre rapporteur estime urgent d'autoriser La Poste à distribuer des crédits à la consommation, c'est aussi parce que, d'une telle décision de principe jusqu'à l'entrée effective de La Poste sur ce segment de marché, un délai incompressible est nécessaire. La Poste elle-même l'évalue à deux ans. En effet, il convient d'établir un cahier des charges, de sélectionner le partenaire, d'élaborer les produits et le processus de gestion associé, de préparer le réseau à leur commercialisation et enfin de le généraliser sur l'ensemble du territoire. En bref, il faut laisser du temps aux postiers pour se porter sur ce nouveau marché. Mais, il faut aussi laisser le temps aux autres établissements financiers de se préparer à l'irruption de ces nouveaux acteurs sur un segment qui leur est jusqu'à présent réservé.

* 62 Source : Observatoire de l'endettement des ménages.

* 63 Comme de l'assurance IARD.

* 64 Ou d'assurance.

* 65 A la différence de celle de crédit immobilier, produit d'appel sur lequel les banques ne dégagent que des marges très faibles.

* 66 C'est d'ailleurs sur ce modèle qu'a été créée la société Assurposte.