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La Poste : le temps de la dernière chance

 

3. Une présence insuffisante dans les villes moyennes à grandes

Plus de la moitié (60 %) des bureaux de poste sont implantés dans des communes de moins de 2.000 habitants où ne vit plus que le quart de la population (26 %). Au contraire, seul un bureau de poste sur 6 est implanté dans les villes de plus de 10.000 habitants, qui regroupent désormais 51 % de la population (2.990 bureaux, soit seulement 17 % du total).

Alors qu'il y a en France 23.000 pharmacies et 17.000 bureaux de poste, ces derniers sont plus de deux fois plus nombreux que les pharmacies dans les communes de moins de 2.000 habitants. Dans ces communes, seules les boulangeries arrivent à rivaliser en densité avec La Poste ! La Poste est en effet présente dans une commune de moins de 2.000 habitants sur trois, là où les pharmacies n'en couvrent qu'une sur huit et les banques moins d'une sur douze.

A contrario, le nombre de points de contact postaux dans les communes de plus de 2.000 habitants est inférieur à celui de tous les autres réseaux de proximité, ce phénomène s 'accentuant avec la taille des communes.

Dans les villes petites et moyennes de 4.000 à 10.000 habitants, La Poste est deux fois moins présente que les pharmacies et quatre fois moins présente que les boulangeries. Elle est même deux fois moins présente que ses concurrents bancaires...

Dans les villes moyennes et grandes, les chiffres sont éloquents : il y a en moyenne dans chaque ville de plus de 15.000 habitants (où vit 43 % de la population) 29 boulangeries, 21 agences bancaires et 19 pharmacies, contre.... seulement 4 bureaux de poste !

Aux deux extrémités du spectre, on constate que La Poste ne dispose que de 844 points de contact pour desservir 15 % de la population dans les zones les plus urbanisées (communes de plus de 100.000 habitants), tandis qu'elle entretient 6.761 points de contact (huit fois plus !) dans les communes de moins de 1.000 habitants, où elle dessert un pourcentage voisin de la population française (16 %).

En conséquence, les conditions d'accueil dans les bureaux de poste sont pour le moins inégales : en ville, de longues files d'attente se forment à certaines heures de la semaine, particulièrement le samedi matin, dans des locaux parfois inadaptés à une telle affluence. Ailleurs, des bureaux sont désertés et parfois restent désespérément vides.

Quelle entreprise peut se permettre de rester durablement à l'écart de ses clients ? Cet éloignement n'est-il pas doublement choquant, s'agissant d'un service public censé offrir une parfaite égalité d'accès à tous ?

Cette absence d'adaptation aux besoins des clients est fortement ressentie en milieu urbain : dans une contribution écrite remise à votre rapporteur, l'Association des maires de grandes villes de France a cette analyse : « En règle générale, les horaires d'ouverture des bureaux sont mal adaptés au mode de vie moderne. Les files d'attente s'allongent et les citadins s'exaspèrent. Il faut davantage de souplesse. ».

Notons que, fidèle à son esprit de service public, qui caractérise et unifie l'entreprise, La Poste a toutefois récemment initié un effort tout particulier pour renforcer sa présence en zones urbaines sensibles où elle joue un rôle social réel. Cet effort doit être salué, conforté et élargi. Dans les zones urbaines sensibles, La Poste emploie 2.500 collaborateurs dans plus de 1.000 bureaux. Elle y est le premier service public de proximité.

La densité postale moyenne, qui est d'un point de contact pour 3.500 habitants environ, masque donc de très fortes diversités : la France compte en effet un point de contact pour plus de 10.000 habitants dans les communes de plus de 100.000 habitants, contre un point de contact pour 1.388 habitants dans les communes de moins de 1.000 habitants.

Reflétant la démographie de la France d'hier, le réseau des bureaux de poste, bien que très dense, n'offre pas, pour près de la moitié des Français, la proximité qu'on pourrait attendre d'un service public.

Certains autres réseaux de proximité ont au contraire densifié leur présence dans les bassins de vie les plus actifs et proposent une distance moyenne à leurs clients (et un temps d'attente au guichet dans les centres-villes) bien plus faible que celle offerte par La Poste.

Au total, ce bref panorama montre le paradoxe d'un réseau à très forte capillarité mais qui semble désaxé par rapport aux flux humains et commerciaux d'aujourd'hui.