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II. VERS UN RÉCHAUFFEMENT DE LA PLANÈTE

Ainsi que l'a affirmé à la mission notre collègue Marcel Deneux, auteur du rapport de référence de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques sur « les changements climatiques à l'horizon 2025, 2050, 2100 »4(*), alors que se développaient encore il y a trois ans des polémiques scientifiques sur la réalité du phénomène du réchauffement climatique, « une vérité scientifique se dégage » aujourd'hui.

Celle-ci laisse augurer de perspectives climatiques préoccupantes pour le XXIe siècle, qui appellent à une prise de conscience -collective et individuelle- et à l'action.

A. LE CONSENSUS DES SCIENTIFIQUES

1. Le troisième rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat

a) L'évolution du climat et l'effet de serre

Avec un consensus inhabituel, les scientifiques réunis au sein du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), ne peuvent que constater que la planète se réchauffe.

LE GIEC

Le GIEC ou, en anglais, IPCC, Intergovernmental Panel on Climate Change, a été créé en 1988 par l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations-Unies pour l'Environnement (PNUE) à la demande du G7 (les sept pays les plus riches de la planète : Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne, Canada, Italie).

Sans être un institut de recherche, il est chargé d'élaborer la synthèse des connaissances scientifiques concernant tous les aspects du changement climatique. Il a ainsi déjà publié trois rapports, en 1990, 1999 et 2001, à la suite d'un processus d'expertise extrêmement rigoureux.

Tous les rapports du GIEC ont, à ce jour, été approuvés à l'unanimité par les membres de son assemblée, qui réunit 189 pays adhérents.

· Le troisième rapport de synthèse du GIEC5(*), sur les changements climatiques, de septembre 2001, est clair : la hausse des températures, des précipitations et du niveau des mers sont autant d'indicateurs qui constituent un « faisceau d'éléments objectifs » convergeant en faveur d'un réchauffement global de la planète.

Or, cette situation s'accélère depuis la fin du XXe siècle.

En effet, onze des treize années les plus chaudes dans les annales de la météorologie mondiale sont postérieures à 1990. L'année 1998, marquée par l'événement El Niño, aura été la plus chaude, 2002 occupe la deuxième place, suivie de près par 2001, et l'on sait que 2003 devrait également figurer en bon rang sur la liste des records.

Selon l'organisme américain National Climatic Data Center (NCDC), les températures continentales ont augmenté de 0,74 degré par rapport à la moyenne des températures sur la période 1880-2000. La température de l'océan a progressé, quant à elle, de 0,43 degré.

Depuis 1860, les températures moyennes de la planète ont donc augmenté de 0,6 degré. Ces modifications climatiques seraient cent fois plus rapides que celles connues jusqu'à présent.

· Pour le XXIe siècle, tous les scénarios du GIEC prévoient une augmentation des concentrations de dioxyde de carbone, de la température moyenne à la surface du globe, ainsi qu'une élévation du niveau des mers.

Dans son rapport 2001, le GIEC énumère les différents phénomènes climatiques que notre planète devrait connaître :

- d'ici 2100, une concentration de CO2 -le principal gaz à effet de serre anthropique- entre 540 et 970 parties par million (ppm), alors que cette concentration était de 280 ppm environ pour la période préindustrielle et de 368 ppm environ en l'an 2000 ; cette augmentation serait donc de 50 % à trois fois supérieure à la concentration de CO2 actuelle ;

- une augmentation de la température moyenne en surface de 1,4 à 5,8 degrés entre 1990 et 2100. Cette valeur est de deux à dix fois supérieure à la valeur type du réchauffement observé au cours du XXe siècle, et le rythme du réchauffement prévu sera très probablement sans précédent, au moins par comparaison aux dix derniers millénaires, si l'on se réfère aux données paléoclimatiques ;

- une hausse des précipitations moyennes annuelles à l'échelle mondiale, même si les augmentations et diminutions prévues sont de l'ordre de 5 à 20 % à l'échelle régionale ; les latitudes tempérées moyennes devraient connaître des régimes de précipitations de plus en plus intenses et, surtout, de plus en plus variables d'une année sur l'autre ;

- la poursuite de la régression généralisée des glaciers. Dans l'hémisphère nord, la couverture neigeuse, le pergélisol6(*) et la superficie de la glace marine devraient encore se réduire. La masse de l'inlandsis7(*) antarctique devrait augmenter, alors que celle de l'inlandsis groenlandais devrait diminuer ;

l'élévation du niveau moyen de la mer à l'échelle mondiale de 9 à 88 centimètres entre 1990 et 2100, avec cependant des variations régionales notables. Cette augmentation -déjà de 10 à 20 centimètres au cours du XXe siècle- est due principalement à la dilatation thermique des océans et à la fonte des glaciers et des calottes polaires. Les augmentations prévues pour les périodes 1990-2025 et 1990-2050 seraient respectivement de 3 à 14 centimètres et de 5 à 32 centimètres.

Pour les experts du GIEC, « les changements climatiques prévus auront des effets bénéfiques et néfastes sur les systèmes environnementaux et socioéconomiques, mais plus l'ampleur et le rythme de ces changements seront importants, plus les effets néfastes domineront. »

b) L'impact des activités humaines

Il ne fait désormais plus de doute que les activités humaines ont augmenté les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Au cours des années 1990, les concentrations atmosphériques des principaux gaz à effet de serre anthropiques -dioxyde de carbone, méthane, oxyde nitreux et ozone troposphérique- ont atteint leurs niveaux les plus hauts jamais enregistrés, principalement en raison de l'utilisation des combustibles fossiles, de l'agriculture et des modifications intervenues dans l'affectation des terres.

Comme l'a indiqué à la mission Mme Dominique Dron, présidente de la Mission interministérielle de l'effet de serre (MIES) : « ces émissions anthropiques de CO2 seront déterminantes, devant toute autre cause naturelle, sur les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère pendant tout le XXIe siècle. »

Elle a ajouté qu'« il n'y a pas aujourd'hui de vraisemblance ou de probabilité pour qu'un événement naturel vienne contrarier ou contrebalancer cette tendance à l'augmentation des températures. »

Il ne faut pas s'attendre, par exemple, à ce que le phénomène du Gulf Stream disparaisse au cours du présent siècle. Ce courant chaud (25 degrés) de l'Atlantique nord, affecte considérablement, en l'adoucissant, le climat de l'Europe occidentale. Or, il est aujourd'hui difficile d'évaluer l'ampleur des conséquences du transfert thermique dans les océans et les modifications à venir de la circulation océanique, et donc l'évolution du phénomène du Gulf Stream.

2. Quel climat pour la France de demain ?

a) La hausse des températures

Les travaux des scientifiques montrent que l'augmentation de la température annuelle moyenne est généralement assez faible vers les tropiques et l'équateur, mais plus importante au niveau des continents et vers les latitudes plus élevées. On observe d'ailleurs en France une hausse d'un degré en moyenne depuis 1900 (contre 0,6 degré en moyenne sur le globe depuis le début de l'ère industrielle). En outre, la hausse de la température minimale s'est révélée encore plus importante, de l'ordre de 1,2 ou 1,3 degré, les températures maximales augmentant, quant à elles, un peu moins que les températures moyennes.

Compte tenu de ces éléments, M. Marc Gillet, directeur de l'Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (ONERC), a indiqué à la mission que les augmentations de températures seraient plus perceptibles en France qu'en moyenne sur la planète : « Si on retient une augmentation en proportion de ce qu'on a observé jusqu'à présent, à savoir une augmentation de 50 %, on peut en déduire qu'en France, l'augmentation de la température moyenne se situerait entre 2,5 degrés et 10 degrés. Il est tout à fait possible que l'on ait, d'ici là, des augmentations de température moyenne d'environ 5 degrés en France en 2100 et de 3 degrés d'ici vingt à trente ans. Ce sont toujours des températures moyennes. Quant aux températures maximales, on peut estimer au mieux qu'elles évolueront en proportion, ce qui veut dire qu'il est tout à fait vraisemblable que l'on aura couramment, d'ici cinquante ou cent ans, des canicules comme on en a observées au cours de cet été. »

b) La multiplication des événements climatiques « extrêmes »

Mme Dominique Dron a précisé à la mission que l'intensité et la variabilité plus grandes des régimes de précipitations favorisaient une alternance entre inondations et sécheresses aux latitudes tempérées. Il est également vraisemblable (avec une très forte probabilité), « que le dérèglement climatique s'accompagne d'une augmentation de la fréquence, de la durée et de l'intensité des vagues de chaleur, avec une hausse particulière des températures nocturnes. »

* 4 Rapport Sénat n° 224 (session ordinaire 2001-2002).

* 5 Troisième rapport d'évaluation du GIEC (septembre 2001) : « changements climatiques 2001 : rapport de synthèse. »

* 6 Sol gelé en permanence et imperméable des régions arctiques.

* 7 Glacier continental des régions polaires.

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