Allez au contenu, Allez à la navigation



 

    retour sommaire suite

D. LES LIMITES DE LA COMMUNICATION DANS LE DOMAINE DE LA MÉTÉOROLOGIE

1. Des modèles perfectibles

a) Les modèles météorologiques et climatiques

Aux termes du décret du 18 juin 1993, l'établissement public administratif Météo France a pour « mission de surveiller l'atmosphère, l'océan superficiel et le manteau neigeux, d'en prévoir les évolutions et de diffuser les informations correspondantes. Il exerce les attributions de l'Etat en matière de sécurité météorologique des personnes et des biens [...]. Il met en oeuvre un système d'observation, de traitement des données, de prévision, d'archivage et de diffusion lui permettant d'accomplir ses missions. »

Météo France dispose à cet effet d'environ 3 700 personnes, dont 250 travaillent pour son centre de recherche interne. Ces scientifiques comptent parmi les meilleurs experts mondiaux, en particulier dans le domaine de la modélisation météorologique.

Météo France établit ses observations à partir de ses propres modèles pour les prévisions allant jusqu'à trois jours ; au-delà, il exploite les données d'un centre de recherche européen situé aux environs de Londres.

D'après son président, M. Jean-Pierre Beysson, l'indice de fiabilité des prévisions s'élève de 90 à 95 % à 24 heures et ce taux reste très satisfaisant jusqu'à 72 heures. En raison des progrès de cette science encore jeune -elle est née après la seconde guerre mondiale-, de l'amélioration des moyens d'observation et du développement des technologies de l'information, chaque décennie permet d'améliorer d'une journée cette fiabilité des prévisions.

On notera par ailleurs que le degré de prévisibilité varie selon les événements climatiques : les orages sont quasiment imprévisibles, sauf à quelques heures, tandis que l'installation d'une dépression anticyclonique permet de prévoir une vague de chaleur avec certitude jusqu'à trois jours et avec une forte probabilité de trois à sept jours.

b) Un nécessaire développement de la recherche

M. Jean-Pierre Beysson a indiqué à la mission que son établissement s'était fixé pour objectif à dix ans de développer les meilleurs modèles au monde pour les prévisions à court terme.

Il a noté les progrès enregistrés en 2003 dans le domaine de la prévision, par rapport à l'année précédente, qui s'accompagnent cependant d'un nombre légèrement supérieur de fausses alertes (en particulier pour les orages).

Météo France participe également aux travaux menés par les experts français et étrangers sur le réchauffement climatique, qui doivent constituer une priorité pour la recherche.

La mission ne peut cependant que s'étonner de l'insuffisance des recherches, en France, sur les indicateurs de pollution. En effet, le décret de 1993 donne à Météo France mission de « conserver la mémoire du climat », mais pas la mémoire de la pollution, les bases de données concernant la qualité de l'air étant gérées par l'ADEME.

Or, il conviendrait d'enrichir les indicateurs de température par des indicateurs de pollution.

Par ailleurs, notre connaissance des océans est très insuffisante, alors qu'il serait indispensable de mieux appréhender les interactions entre climat et courants sous-marins en particulier.

Enfin, la recherche dans ces domaines se doit d'être pluridisciplinaire, en intégrant en particulier les conséquences sanitaires des aléas climatiques.

2. Une communication météorologique à adapter à ses publics

Si la canicule d'août 2003 a bien été prévue par Météo France, qui a d'ailleurs eu le souci de communiquer sur ce sujet, la mission ne peut que constater, et déplorer, la relative inefficacité de ses alertes.

a) Les communiqués successifs de Météo France

M. Jean-Pierre Beysson a rappelé à la mission que Météo France avait annoncé la crise bien avant la prise de conscience de sa gravité par les pouvoirs publics.

En effet, outre les prévisions habituelles, et compte tenu de l'ampleur de la canicule, Météo France a diffusé des communiqués de presse le 1er août, annonçant une vague de forte chaleur, le 7 août, prévoyant la poursuite de la canicule pendant sept jours et le 13 août, indiquant le retour à des températures plus normales.

COMMUNIQUÉ DU 1ER AOÛT 2003

« Titre : forte chaleur

Texte : une nouvelle vague de chaleur s'installe aujourd'hui par le sud ; elle enveloppera l'ensemble de la France ce week-end et se maintiendra plusieurs jours sur la majeure partie du pays. Il n'est pas prévu d'épisodes pluvieux significatifs au cours de la semaine prochaine ; en conséquence, l'état de sécheresse persistera sur les régions déjà concernées. »

Par ailleurs, à compter du 4 août, sous l'intitulé : « la canicule tue chaque année à travers le monde, peut-être même plus encore que le froid », Météo France a fait figurer sur son site Internet des conseils de comportement.

Ces conseils étaient très concrets et visaient l'aide à la sudation, l'utilisation de linges mouillés, de ventilateurs et brumisateurs, de draps humides aux fenêtres...

On rappellera que le Conseil national de la météorologie avait en effet demandé, depuis un colloque de 2001 sur le thème « santé et météo », que Météo France donne de tels conseils de comportement en cas d'épisodes de grand froid ou de grandes chaleurs.

COMMUNIQUÉ DU 7 AOÛT 2003

« Titre : poursuite de la canicule sur la France

Texte : l'air très chaud, qui s'est installé sur la France, se maintiendra durant les sept prochains jours (jusqu'au jeudi 14 août). Mises à part les régions littorales, où les températures peuvent s'abaisser localement du fait des brises marines, des températures très élevées continueront à régner sur le pays. Les températures minimales seront, sur de nombreuses régions, voisines ou supérieures à 20 degrés, atteignant localement 24 ou 25 degrés. Les températures maximales s'élèveront elles jusque 36 à 40 degrés. La persistance de cette situation, qui conjugue températures minimales et maximales élevées, est exceptionnelle et constitue un risque sanitaire pour les personnes sensibles (personnes âgées, personnes malades et nourrissons).

Par ailleurs, même si des orages d'été isolés sont prévus, notamment sur le relief, il n'est pas prévu d'épisode pluvieux significatif sur le pays ; en conséquence, l'état de sécheresse persistera sur les nombreuses régions déjà concernées.

Les orages violents sont toujours susceptibles de présenter un caractère violent : danger électrique, grêle, fortes pluies sur de courtes périodes. »

COMMUNIQUÉ DU 13 AOÛT 2003

« Titre : la chaleur devient plus supportable, le risque d'orage s'étend

Texte : le thermomètre, qui affiche des températures caniculaires depuis ce début de mois d'août, va accuser à partir de jeudi une baisse sensible sur l'ensemble de la France, comme annoncé en début de semaine.

Jusqu'à dimanche, les régions qui bénéficieront le plus de cette baisse sont les départements du nord de la France, avec des températures maximales voisines de 25 degrés, ainsi que toute la façade atlantique où les températures resteront entre 25 et 28 degrés. Sur le reste du pays, les températures maximales plafonneront entre 28 et 32 degrés du nord au sud, avec quelques pointes proches de 35 degrés sur le sud-est, ce qui se situe encore au-dessus des normales saisonnières.

Cette baisse relative des températures s'accompagnera d'une recrudescence des orages qui, contrairement à ces derniers jours, ne se limiteront plus aux reliefs, mais s'étendront aux régions de plaine à compter de jeudi soir et durant l'ensemble du week-end.

Ces orages d'été sont toujours susceptibles de présenter un caractère violent : danger électrique, grêle, rafales de vent, quantités importantes de précipitations sur de courtes périodes. Sur les sols actuellement très secs, les eaux ruissellent et des coulées de boue sont possibles en fonction du relief.

Nous invitons les personnes à prendre connaissance des dernières prévisions météorologiques, notamment avant d'entreprendre un déplacement au cours de ce week-end de retour de vacances. »

b) Des messages peu et tardivement relayés

Ces messages n'ont malheureusement pas trouvé l'écho qu'ils auraient mérité et qui leur aurait donné pleine efficacité.

Les communiqués de presse ont été diffusés aux abonnés de Météo France et le premier a suscité les interrogations de certains médias. Mais ils n'ont pas joué le rôle d'alerte qu'on aurait pu en attendre.

Plusieurs facteurs contribuent à ce qu'ils soient restés lettre morte :

- pour M. Jean-Pierre Beysson, les contacts entre Météo France et la direction générale de la santé se sont avérés tardifs et cette dernière n'a pas formulé de demande spécifique auprès de l'établissement, en l'absence de procédure d'alerte, comme il en existe en période de grand froid ;

- Météo France fait valoir que, compte tenu du caractère exceptionnel de ses communiqués, ceux du mois d'août auraient dû attirer l'attention de leurs destinataires. La mission relève toutefois que rien, à la lecture de ces communiqués, d'ailleurs non numérotés, ne permet de percevoir ce caractère exceptionnel ; en outre, leurs intitulés n'apparaissent pas très alarmants et seule la dernière phrase du premier alinéa du deuxième communiqué (du 7 août) fait état du risque sanitaire de la canicule pour les personnes fragiles. Enfin, il est regrettable qu'un nouveau communiqué n'ait pas accompagné la mise sur Internet, le 4 août, des conseils de comportement.

En conséquence, M. Serge Lepeltier, rapporteur, a suggéré que les communiqués de Météo France soient à l'avenir numérotés et que leur rédaction permette de mieux distinguer la prévision météorologique en tant que telle, son interprétation et son analyse en termes de risque sanitaire. En outre, une gradation des alertes -du type échelle de Richter pour les tremblements de terre- permettrait de mieux évaluer les risques.

On rappellera, certes, que la carte de vigilance de Météo France comporte d'ores et déjà une échelle avec quatre niveaux de dangers :

- vert : absence de danger ;

- jaune : absence de danger en l'absence de comportement exposé ;

- orange : danger, même en l'absence de comportement exposé ;

- rouge : catastrophe.

Cette carte, utilisée notamment par la sécurité civile, présente toutefois l'inconvénient de ne pas couvrir les risques sanitaires et de ne pas évoquer les risques au-delà d'une période de 24 heures.

Depuis l'automne dernier, Météo France a pris certaines mesures pour que ses capacités de prévision soient mieux utilisées à l'avenir, en cas de phénomène météorologique analogue à celui de l'été 2003.

Avec des indicateurs simples, elle a reconstitué a posteriori une carte de vigilance qui aurait conduit à placer en alerte rouge une grande moitié du territoire français autour du 12 août, ce qui aurait sans doute permis une meilleure perception du risque sanitaire.

La transposition de cette procédure dans le système de vigilance déjà en vigueur est actuellement à l'étude entre Météo France et les services ministériels concernés, en particulier ceux chargés de la sécurité civile. Elle suppose cependant que des indicateurs pertinents, validés par l'InVS, aient été établis.

M. Jean-Pierre Beysson a, en effet, souligné à la mission la nécessité de distinguer soigneusement les missions respectives de Météo France et de l'Institut de veille sanitaire :

- il appartient à Météo France de détecter une situation météorologique de nature à provoquer un risque, et de mettre celle-ci en exergue sur une carte de vigilance ;

- il relève de la responsabilité de l'InVS de « quantifier » le risque sanitaire et de déclencher l'alerte sanitaire.

c) Une veille biométéorologique à renforcer

Les deux établissements susvisés ont récemment signé une convention de coopération qui vise à déterminer conjointement des indicateurs biométéorologiques pertinents, sur la base desquels Météo France diffusera des alertes canicule.

Dans cette perspective, l'InVS a entrepris une étude approfondie visant à croiser les données climatologiques et les données de mortalité, afin de déterminer -d'ici le 1er juin- pour l'été 2004, parmi divers indicateurs biométéorologiques, celui qui apparaîtra le plus pertinent pour caractériser les situations à risques sanitaires et un système d'alerte météorologique mis en oeuvre par Météo France, qui pourrait être intégré dans la procédure de vigilance météorologique.

Dans un premier temps, pour être opérationnel dès l'été prochain, il s'agira de tester la sensibilité et le réalisme d'indicateurs relativement simples, capables de détecter, sans trop de fausses alertes, les situations dangereuses. Parallèlement, des travaux se poursuivront pour perfectionner les outils de simulation numérique.

La mission est cependant consciente des difficultés d'un tel système de veille, qui ont d'ailleurs été soulignées par le Professeur Besancenot dans son article précité :

« La température n'est pas toujours un indicateur suffisamment fidèle des efforts imposés à l'organisme et des risques d'accident pathologique qui s'ensuivent. D'autres éléments du climat (radiation solaire, vitesse du vent, humidité de l'air) interfèrent pour rendre la chaleur plus ou moins supportable. D'où la mise au point d'indices biométéorologiques, un peu abusivement baptisés « indices de confort », pour évaluer les risques inhérents aux vagues de chaleur. »

    retour sommaire suite