EXAMEN EN COMMISSION
A l'issue de l'exposé des co-rapporteurs, un
débat s'est engagé au sein de la commission.
Après avoir rappelé qu'il avait
été membre de la commission Santé-Justice,
M. François Zocchetto s'est félicité de ce que le
débat sur les propositions de cette instance puisse se prolonger et
s'approfondir dans le cadre de la commission des lois. Il a attiré
l'attention sur les difficultés liées à
l'évaluation de la dangerosité et souligné la
nécessité de sensibiliser l'opinion publique sur ce point. Il a
souhaité que des moyens complémentaires puissent être mis
en oeuvre pour renforcer les capacités d'expertise, en s'inspirant
notamment des expériences conduites au Canada. Il a relevé
également que les difficultés rencontrées aujourd'hui dans
l'organisation des soins psychiatriques ne tenaient pas principalement à
l'insuffisance du nombre de psychiatres, mais plutôt à leur
inégale répartition sur le territoire français.
Après avoir noté que la France avait récemment
complété son arsenal juridique pour améliorer le suivi des
personnes considérées comme dangereuses à travers
notamment l'institution du fichier des auteurs d'infractions sexuelles et la
mise en place du bracelet électronique mobile, il a regretté que
les moyens nécessaires n'aient pas toujours été mis en
oeuvre.
M. Jean-Jacques Hyest, président, a
souligné que les suggestions des rapporteurs concernant la
création d'unités hospitalières spécialement
aménagées de long séjour pour les délinquants
atteints de troubles mentaux se distinguaient nettement de la proposition de la
commission Santé-Justice tendant à créer des centres
fermés de protection sociale, dans la mesure où elles
s'inscrivaient résolument dans la perspective d'une prise en charge
médicale des intéressés.
M. Philippe Goujon, co-rapporteur, a relevé que
les difficultés liées à la prise en charge psychiatrique
des délinquants tenaient sans doute à une répartition
déséquilibrée des psychiatres sur le territoire
français, mais aussi à une rémunération plus faible
que dans le secteur privé et enfin, sans doute, à un certain
désintérêt d'une partie de la profession pour les questions
criminologiques.
M. Jacques Mahéas a observé que l'on
pouvait dresser un parallèle entre l'augmentation du nombre de malades
mentaux dans les prisons et la remise en cause des structures fermées du
secteur psychiatrique.
Il s'est par ailleurs demandé si l'incarcération
ne favorisait pas le développement de nouvelles pathologies
psychiatriques. Il a estimé nécessaire une meilleure formation
des infirmiers en psychiatrie.
M. Charles Gautier, co-rapporteur, a jugé que cet
effort de formation dans le domaine de la prise en charge psychiatrique devait
également concerner les personnels de l'administration
pénitentiaire. Il a souligné en effet que la mission avait, au
cours de ses déplacements, rencontré des personnels très
motivés, mais qui avaient été conduits à traiter
des détenus atteints de troubles mentaux par choix plutôt qu'en
raison d'une qualification spécifique.
M. Jean-Jacques Hyest, président, a proposé
que les pistes de réflexion présentées par la mission
intègrent également la nécessité d'une formation
adaptée pour les personnels spécialisés.
M. Philippe Goujon, co-rapporteur, a observé que
les conditions de détention tendaient en effet à aggraver les
pathologies psychiatriques et qu'il était particulièrement
nécessaire d'éviter toute rupture dans la prise en charge
sanitaire des personnes atteintes de troubles mentaux. Il a observé en
effet qu'une rupture de soins pouvait aggraver dans un facteur de quatre
à sept, le risque de passage à l'acte d'une personne dangereuse.
Il a rappelé également que certains des psychiatres entendus par
la commission avaient relevé que, plus la peine était longue,
plus elle prédisposait le détenu à souffrir d'un trouble
psychiatrique. Il a confirmé à cet égard
l'intérêt d'une prise en charge médicale renforcée
des détenus.
M. Robert Badinter a souligné que la mission
portait sur une question très délicate touchant aux
libertés fondamentales. Il a jugé indispensable de tirer parti de
l'exécution de la peine dans le cadre de la détention ou de la
libération conditionnelle pour assurer un traitement plus adapté
des personnes atteintes de troubles mentaux, alors que tel n'était pas
le cas aujourd'hui. Il a observé que le suivi socio-judiciaire
illustrait les difficultés du système français, puisque ce
dispositif avait été mis en place pour répondre à
une forte pression de l'opinion publique mais que, faute de moyens, il n'avait
pas répondu aux espoirs. Le législateur était alors
conduit, selon lui, à adopter de nouveaux instruments juridiques sans
plus de garanties que les moyens nécessaires soient mis en oeuvre. Il a
estimé que l'on passait ainsi de la démocratie d'opinion à
la démocratie d'émotion et il a souhaité que l'on revienne
à la démocratie de réflexion.
M. Robert Badinter a également souligné que
l'insuffisance de la prise en charge psychiatrique dans un cadre judiciaire
s'expliquait aussi par les disparités de rémunération
entre les psychiatres du secteur public et du secteur privé.
Après avoir jugé indispensable que la continuité des soins
puisse être assurée, il a estimé que le maintien d'une
personne atteinte de troubles mentaux dans une structure fermée
après le temps de la peine ne pouvait être justifié que
pour des raisons thérapeutiques dans une perspective liée
à la santé publique et non pas dans le cadre de la
prévention de la récidive.
Il s'est déclaré opposé à tout
système de relégation en rappelant que le dispositif allemand de
« détention-sûreté » avait
été créé en 1933. Enfin, M. Robert Badinter
s'est demandé s'il ne serait pas utile de s'interroger sur une
reformulation éventuelle de l'article 122-1 du code
pénal.
M. Jean-Jacques Hyest, président, s'est
déclaré à cet égard avoir été
frappé par le témoignage devant la commission de
M. Jean-Pierre Getti, président de la cour d'assises de Paris, qui
avait observé que l'altération du discernement au moment des
faits ne constituait pas une circonstance atténuante, mais
entraînait généralement une aggravation de la peine.
La commission a alors adopté le rapport de la mission
d'information.
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