Allez au contenu, Allez à la navigation



Prison et troubles mentaux : Comment remédier aux dérives du système français ?

 

2. Des évolutions difficiles à mesurer

Le constat d'une forte présence de personnes atteintes de troubles mentaux en prison n'est pas nouveau. Le professeur Jean-Louis Senon rappelle40(*) qu'une succession de rapports avait dénoncé l'accumulation de malades mentaux, qu'ils aient été méconnus des experts ou « responsabilisés » tout en ayant été malades mentaux reconnus (par exemple les rapports Vingtrinier en 1853, Parchappe en 1865, Bailleul en 1890, Pactet en 1891, Garnier en 1892, Monod en 1894, Taty et Mabille en 1896). En 1902, Henri Colin, médecin en chef de l'asile spécial de l'ancienne maison centrale de Gaillon (Eure), dénonçait le chiffre « énorme » de 36,7 % de malades mentaux méconnus dans la population carcérale41(*).

Cette proportion a-t-elle augmenté au cours des dernières décennies ?

Lors de son audition, Laurent Ridel, sous-directeur de l'administration pénitentiaire a relevé un nombre plus élevé d'agressions ou de tentatives de suicide difficilement explicables alors que les incidents pénitentiaires plus « classiques » comme les mouvements collectifs ou les évasions auraient tendance à diminuer. Les personnels de l'administration pénitentiaire sont en général d'accord pour souligner la forte croissance de personnes atteintes de troubles mentaux en prison.

Faute de statistiques, ce sentiment ne peut toutefois pas s'appuyer sur des données objectives.

Jean Danet, maître de conférence en droit privé et sciences criminelles à l'université de Nantes, a rappelé les différentes précautions méthodologiques dont devrait s'accompagner toute appréciation sur cette question et la nécessité de prendre en considération des facteurs tels qu'une meilleure détection du trouble psychiatrique en détention, l'éventuelle augmentation de personnes atteintes de troubles mentaux au sein de la population générale, l'évolution du rapport entre l'augmentation de la population pénale et la croissance en son sein des personnes souffrant de pathologies psychiatriques.

Il paraît toutefois assuré que plusieurs facteurs concourent à une plus grande responsabilisation pénale des personnes atteintes de troubles mentaux. Le groupe de travail a souhaité mieux évaluer le poids respectif de ces évolutions, qui reste encore très débattu.

* 40 Jean-Louis Senon, Histoire de la psychiatrie en milieu pénitentiaire de Pinel à la loi du 18 janvier 1994, 1998.

* 41 Henri Colin, Les aliénés dans les prisons (aliénés, méconnus et condamnés).