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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION AUX ENTREPRISES


Lundi 8 juin 2020

- Présidence de Mme Élisabeth Lamure, présidente de la Délégation aux entreprises -

La réunion est ouverte à 17 h 15.

Audition de Mme Misoo Yoon directrice générale adjointe de Pôle emploi, chargée de l'offre de service et de M. Michael Ohier, directeur général adjoint réseau de Pôle emploi

M. Guy-Dominique Kennel, sénateur du Bas-Rhin, co-rapporteur de la Délégation. - Bonjour à tous, rappelons que nous avions déjà reçu Mme Yoon et M. Ohier en audition fin 2019, dans le cadre de la préparation du rapport de la mission d'information portant sur les difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises.

Pourriez-vous, dans un premier temps, nous faire part des derniers chiffres dont vous disposez concernant le nombre de demandeurs d'emploi en février, mars, avril et mai ? Avez-vous établi des projections pour les mois à venir et pourriez-vous évoquer les indicateurs dont vous disposez à ce jour ?

M. Michaël Ohier, directeur général adjoint réseau de Pôle emploi. - La campagne d'actualisation, débutée le 28 mai, se terminera le 15 juin, ce qui signifie que le nombre de demandeurs d'emploi, arrêté à la fin du mois de mai, ne sera connu qu'à la fin du mois de juin.

Fin avril, nous dénombrions 4 575 000 demandeurs d'emploi, ce qui traduit une hausse de près de 1,1 million de demandeurs d'emploi par rapport au mois de février. Il s'agit d'une hausse sans précédent. Cette hausse est principalement due à une bascule de demandeurs d'emploi des catégories B et C (c'est-à-dire les personnes ayant une activité réduite) vers la catégorie A. Il s'agit en majorité de personnes dont les contrats courts (intérim par exemple) ont été interrompus du fait du confinement. Dans le même temps, c'est-à-dire entre février et avril, le nombre de personnes inscrites dans les catégories A, B et C a augmenté de 390 000 personnes.

Il est possible qu'avec le déconfinement, le nombre de sorties reparte à la hausse, ce qui pourrait entraîner une diminution temporaire du nombre de demandeurs d'emploi inscrits. Les actualisations de fin mai et fin juin nous diront ce qu'il en est précisément. Nous devrions également assister à une bascule, en sens inverse, de la catégorie A vers les catégories B et C. Il faudra certainement du temps, néanmoins, pour revenir à la situation de fin février, compte tenu de l'ampleur du choc qu'a entraîné la crise sanitaire.

Viennent ensuite les effets potentiels de la crise économique, ce qui pourrait donner lieu à une nouvelle augmentation du nombre de demandeurs d'emploi à compter de la fin de l'été. Elle serait le fait, cette fois-ci, d'un afflux de demandeurs d'emploi nouveaux. Nous ne pouvons exclure, enfin, une hausse des entrées pour licenciement économique, à compter de septembre ou octobre, si la crise s'approfondissait.

On constate avec cette crise une modification de la structure des demandeurs d'emploi, avec une population plus âgée, avec une plus grande ancienneté dans l'entreprise et donc une plus grande difficulté de reclassement. Habituellement la majorité des inscrits à Pôle emploi travaille : ils alternent entre inscriptions à Pôle emploi et contrats courts, ils sont proches de l'emploi avec la capacité de retrouver du travail rapidement. En règle générale, les effets les plus forts sur l'emploi sont liés à la fin des contrats courts, de l'intérim. Lorsqu'on regarde l'évolution du nombre de demandeurs d'emploi, y compris suite à la grande crise de 2009, les effets liés aux licenciements économiques restent limités par rapport à la baisse des contrats courts et d'intérim : en moyenne sur une année normale comme 2019, les entrées en catégories A, B et C dues aux licenciements économiques ne représentent que 6 % d'un total composé des fins de CDD et de missions d'intérim. Dans ce cas-ci, la proportion pourrait être plus importante et à cette question se rajoute celle des jeunes qui vont essayer de s'insérer sur un marché du travail rendu complexe par la crise sanitaire et économique.

Il est difficile de se projeter davantage dans la possible évolution du volume de demandeurs d'emploi. Je pense qu'il faudra d'abord observer les effets que j'évoquais (la hausse du nombre d'inscrits en catégorie A et la bascule des catégories B et C vers la catégorie A) à fin mai et fin juin avant de pouvoir se prononcer sur l'évolution des mois à venir. En tout état de cause, nous ne verrons pas dès septembre-octobre les effets de plans sociaux éventuels sur le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi, ou très peu, compte tenu du temps que prennent ces procédures.

Il faudra du temps pour résorber ces effets que nous continuerons à constater au moins jusqu'au premier semestre 2021 selon les experts. À partir de là, nous pourrons commencer à déceler si nous serons face à une reprise en V, ce que nous espérons, ou en W.

M. Guy-Dominique Kennel. - Percevez-vous déjà un frémissement dans un certain nombre de secteurs professionnels tels que l'hôtellerie, la restauration ou le bâtiment et les travaux publics ?

M. Michaël Ohier. - On peut noter que, durant la semaine du 25 au 31 mai, la diminution du volume d'offres reçues par Pôle emploi est moins forte qu'au cours de la période de confinement - durant laquelle nous avons globalement constaté une diminution du nombre d'offres de 63 % par rapport à l'année précédente.

Dans l'hôtellerie-restauration, le nombre d'offres est resté en recul de 37 %, au cours de la dernière semaine du mois de mai, par rapport à l'année précédente à la même période.

Certains secteurs amorcent déjà un rebond, à l'image de la fabrication de denrées alimentaires (+ 23 % du nombre d'offres par rapport à l'an dernier à la même date). Un rebond se dessine aussi dans la construction (+ 13 %). L'avenir dira s'il s'agit de rebonds ponctuels ou plus pérennes.

Il est fort probable que nous observions une diminution des tensions sur les recrutements au cours des mois qui viennent. Les métiers de la santé, du soin et de l'accompagnement pourraient connaître de nouveau des tensions, de même que les métiers de l'informatique, ceux de l'entretien de locaux et ceux de la manutention, pour des raisons directement liées à la crise sanitaire.

M. Guy-Dominique Kennel. - Avez-vous les moyens de territorialiser certains de ces constats ?

M. Michaël Ohier. - Nous pouvons, pour ce faire, nous appuyer sur les diagnostics territoriaux établis par nos agences partout sur le territoire. Nous avions réalisé l'enquête intitulée « Besoins de main-d'oeuvre » (BMO) fin 2019 et début 2020 mais elle n'a pas été publiée dans la mesure où elle a été finalisée durant la crise. Nous allons réinterroger les entreprises au cours de l'été afin de déterminer si les grandes tendances que nous voyions se dessiner demeurent d'actualité. D'ici là, nous demandons également à nos agences d'identifier les besoins immédiats.

Si la crise est aussi profonde que nous pouvons le craindre, une question se fera jour quant à notre capacité à tenir dans la durée, sauf à dégrader la qualité de notre accompagnement. Nous avons aujourd'hui 5 500 conseillers dédiés aux entreprises et la diminution du nombre d'offres venant des entreprises pourrait nous inciter à redéployer environ mille de ces conseillers vers notre dispositif d'accompagnement. Cette capacité de redéploiement sera cependant limitée compte tenu de l'acuité des attentes des entreprises qui auront des besoins de recrutement.

Mme Misoo Yoon, directrice générale adjointe de Pôle emploi, chargée de l'offre de service. - Nous disposons d'un savoir-faire en matière de reconversion, notamment en cas de reconversion après un licenciement économique. Nous avons accompagné environ 10 000 personnes dans le cadre de ce dispositif en 2019. Tous nos conseillers ont été formés au conseil en évolution professionnelle. Nous disposons de 1 000 psychologues du travail. Le Plan d'Investissement dans les Compétences nous fournit également des leviers pour financer des formations, notamment des formations de reconversion. Notre savoir-faire se trouve aussi dans l'accompagnement des recrutements. Quand nous avons recruté 1 000 conseillers dans ce but en début d'année, c'était pour qu'aucune entreprise qui ne trouvait de candidats au bout de 30 jours ne soit laissée sans solution. Systématiquement nos conseillers ont rappelé ces entreprises pour proposer un nouveau diagnostic et repartir sur des plans d'action. Ce dispositif a été beaucoup moins mobilisé pendant la période que nous venons de connaître mais nous le réactivons immédiatement, en même temps que nos opérations collectives suspendues avec le confinement comme l'opération « Vers un métier », lancée en automne 2018. En 2019, ce sont plus de de 50 000 évènements qui ont été organisés dans toutes les agences de France, des opérations de job dating, des présentations d'opportunités d'emploi et de recrutement. Nous avons par ailleurs décidé d'actions de court terme pour agir vite. À titre d'exemple, dès le mois de juillet, nous allons relancer notre dispositif d'activation et de dynamisation des personnes inscrites à Pôle emploi suite à l'interruption d'un contrat court. Il s'agit d'ateliers intensifs d'amélioration des techniques de recherche d'emploi, des techniques d'entretien ou de ciblage des entreprises par exemple. Nous accélérons enfin d'autres dispositifs qui sollicitent des moyens technologiques, comme par exemple un module permettant, dès le dépôt de son offre par un recruteur, l'analyse de cette offre et de ses perspectives de recrutement.

Le réseau Pôle emploi est rouvert à 98 % depuis le 18 mai, sur rendez-vous, sauf urgence. D'ici trois semaines, nous serons revenus à la situation pré-crise sanitaire, modulo les gestes barrières.

M. Guy-Dominique Kennel. - Un chef d'entreprise peut-il directement recruter des demandeurs d'emploi dont le profil l'intéresserait ?

Mme Misoo Yoon. - Absolument. Un recruteur peut consulter, sur pole-emploi.fr, les profils des demandeurs d'emploi qui ont accepté d'être référencés sur le net. Il y a aujourd'hui en ligne plus de 5 millions de profils de demandeurs d'emploi. Le recruteur créé son compte en ligne, il est rappelé par un conseiller qui vérifie qu'il existe vraiment (qu'il ne s'agit pas d'un escroc ou d'un faux recruteur, cela fait partie de notre dispositif de lutte contre la fraude) notamment via son SIRET. Il est possible de trier les profils à disponibilité immédiate, les profils avec une mise à jour récente, les profils nominatifs, et de contacter directement la personne ; il existe même un formulaire de contact pré rempli.

Je vous propose de vous en faire la démonstration.

Madame Yoon propose une démonstration de l'utilisation du site pole-emploi.fr par un chef d'entreprise souhaitant recruter.

M. Guy-Dominique Kennel. - Pôle emploi a lancé à l'automne 2019 un outil de géolocalisation. Cet outil est-il connu des demandeurs d'emploi et des entreprises, et est-il pleinement opérationnel aujourd'hui ?

Mme Misoo Yoon. - L'outil de géolocalisation des offres d'emploi existe depuis plusieurs années. Nous avons mis en place à l'automne 2017 un service à l'intention des candidats, leur permettant de localiser plus facilement les offres d'emploi autour d'eux, appelé « Mon potentiel professionnel ». D'ores et déjà quand vous allez sur pole-emploi.fr et que vous faites une recherche d'offre, un dispositif permet de visualiser sur une carte les offres d'emploi. Côté recruteurs, il est possible de regarder les personnes qui se déclarent mobiles sur telle ou telle zone et d'ainsi resserrer ses critères de recherche en ne sélectionnant, par exemple, que les personnes qui ont déclaré n'être mobiles que sur la ville où se situe l'entreprise.

Par ailleurs, les profils des candidats permettent « l'approche compétences », c'est-à-dire que les compétences issues de la vie professionnelle des candidats sont mises en avant sur le site et peuvent être rapprochées des demandes de recruteurs qui chercheraient des compétences spécifiques. La recherche de profils peut donc se faire par intitulé de métier ou par compétences. Cela permet également de proposer aux recruteurs des profils qui n'ont pas forcément exercé le métier recherché mais qui ont les compétences liées à ce métier, ce qui est très utile pour des reconversions d'un secteur à un autre ou pour élargir son sourcing.

M. Guy-Dominique Kennel. - C'est très intéressant de fonctionner par compétences plutôt que par diplômes, c'est une approche qui me semble essentielle. Quelles sont les relations actuelles de Pôle emploi avec les représentants des entreprises (CPME, U2P, CCI France, etc.), y compris ceux qui se montrent parfois critiques à votre encontre ?

Mme Misoo Yoon. - Nous avons des relations avec ces structures, tant au niveau national qu'au plan local. La CPME est d'ailleurs présente au conseil d'administration de Pôle emploi. Des conventions nous lient également à la CPME et aux CCI, prévoyant que ces structures nous fassent parvenir les offres d'emploi qu'ils collectent. Par exemple aujourd'hui il y a eu 700 offres publiées sur le portail provenant des CCI et CMA.

Nous avons aussi un partenariat assez fort avec le Medef qui permet de rendre plus visible certaines offres d'emploi dans le cadre de leur initiative « Beau travail », qui regroupe des vidéos valorisant les métiers qui souffrent de déficit d'attractivité et pour lesquelles des offres de Pôle emploi sont liées.

Selon un baromètre établi par BVA en février dernier, 84 % des entreprises ont une bonne image de services de Pôle emploi. Notre drame vient du fait qu'il faut nous connaître pour nous apprécier. Nous avons une palette de services encore trop méconnue et nous allons continuer d'oeuvrer, en 2020, à mieux faire connaître la palette de ces services, qui inclut notamment le conseil en recrutement.

M. Guy-Dominique Kennel. - Oui, il faut passer du savoir-faire au faire savoir et faire partager. Par ailleurs, le rapport de février dernier de la Cour des Comptes comporte une recommandation demandant à Pôle emploi de mettre en place un plan d'action relatif à la gestion et au pilotage des données. Quelles seront vos réponses en la matière ?

M. Michaël Ohier. - Le site pole-emploi.org propose des données statistiques que nous allons remettre en forme d'ici la fin de l'année, de sorte qu'elles soient plus faciles à utiliser et fournissent aux décideurs une vision à l'échelle d'un bassin d'emploi. Nous allons aussi continuer à améliorer la mise à disposition de données croisées vis-à-vis de l'Unedic à qui nous fournissons déjà le fichier national d'allocataires (FNA) pour la réalisation de simulations sur les indemnisations à venir et de suivis de cohorte, avec, dans le cadre de la nouvelle convention tripartite sur le sujet, la mise à disposition de la base de la DSN (déclaration sociale nominative). Je signe par ailleurs, quasiment toutes les semaines, des conventions de mise à disposition de données à l'intention de chercheurs et de divers organismes publics. De façon plus classique, nous travaillons de façon étroite avec la DARES à propos des statistiques sur le marché du travail et avec l'INSEE autour de « l'enquête emploi ».

M. Guy-Dominique Kennel. - Participez-vous aux comités de pilotage d'autres organismes, comme l'INSEE ou le Cereq ?

M. Michaël Ohier. - Nous participons à beaucoup d'études menées par France Stratégie et par la DARES.

M. Guy-Dominique Kennel. - Avez-vous des propositions à nous soumettre, des orientations dans ce contexte de crise ?

M. Michaël Ohier. - Nos enjeux se focalisent sur le service public de l'emploi. Une opération de rapprochement avec les Cap emplois est en cours et une expérimentation plus ponctuelle sur le rapprochement avec une mission locale dans le Nord est également en cours.

Mme Misoo Yoon. - Nous avons fait le constat que Pôle emploi était en charge de 75 % des demandeurs d'emploi en situation de handicap et jusqu'à peu, les « Cap emploi » qui en prenaient en charge 25 %, étaient vus comme le seul opérateur en charge du handicap. Nous avions beaucoup de progrès à faire pour améliorer l'accompagnement des personnes en situation de handicap et des recruteurs, dans leur insertion. Conjointement avec Cheops qui représente « Cap emploi » au niveau national, nous avons défini des pistes pour travailler ensemble et aujourd'hui dans 19 agences Pôle emploi pilotes, des conseillers de Cap emploi viennent plusieurs jours par semaine. Nous sommes en train de débloquer notre système d'information pour leur en ouvrir l'accès et pour in fine créer un système d'information unifié entre nos deux structures et permettre un suivi sans coutures des parcours des personnes en situation de handicap. Cela passe par la définition de ce qu'est un bon diagnostic, un bon accompagnement, la mise en place d'expertises croisées entre les conseillers des deux structures, la formation de conseillers Pôle emploi à l'accompagnement du handicap côté demandeurs d'emploi et côté entreprises. À la fin de l'année nous allons déployer ce système dans l'ensemble des départements qui hébergent ces agences pilotes, soit 17 départements d'ici début 2021, et nous le déploierons sur la France entière d'ici fin 2021.

M. Michel Canevet, sénateur du Finistère, co-rapporteur de la Délégation. - Il y a en effet une offre très fragmentée en ce qui concerne le handicap, mais aussi en ce qui concerne les jeunes avec les missions locales et les maisons de l'emploi. Il semble qu'il y ait beaucoup d'acteurs sur le terrain et peu de coordination. Pour les missions locales, l'accès au système d'information de Pôle emploi est-il envisagé ?

Mme Misoo Yoon. - Il n'y a pas de système d'information unifié avec les missions locales mais cela fait partie des pistes qui pourraient être explorées. Les missions locales n'avaient pas d'outils pour inscrire un jeune en formation. Certains conseils régionaux avaient développé cet outil mais ce n'était pas global. Nous avons développé l'outil « We form » qui permet aux conseillers de missions locales d'inscrire des jeunes dans des formations de Pôle emploi ou dans celles des conseils régionaux. Nous avons commencé à imaginer un système d'information unifié et si cette ambition nous est clairement donnée, elle est réalisable à l'horizon 2022. Au-delà de la question technique qui est celle des outils informatiques, nous avons des initiatives locales de coordination entre Pôle emploi et les missions locales avec des niveaux d'avancement différents d'un territoire à un autre, avec des territoires pilotes comme Val-de-Marque dans le Nord par exemple.

Mme Élisabeth Lamure, sénateur du Rhône, présidente de la Délégation aux entreprises. - Vous avez indiqué que certains métiers resteraient probablement en tension. Comment travaillez-vous entre Pôle emploi, les entreprises en demande et le monde de l'enseignement, de façon à prévoir des formations adéquates ? Est-ce déjà le cas pour ces métiers en tension ou des déploiements sont-ils à venir ?

Par ailleurs, combien d'employeurs font-ils appel à Pôle emploi ?

Mme Misoo Yoon. - L'année dernière, pas loin de 470 000 recruteurs ont déposé une offre à Pôle emploi. De plus, un employeur peut consulter la base des 5,1 millions de profils et recruter sans déposer d'offre. Par ailleurs, dans la palette de nos services liés à l'accompagnement, nous avons par exemple 100 000 personnes qui ont passé des tests MRS (méthode de recrutement par simulation) sur une année, 200 000 personnes qui ont réalisé une immersion professionnelle et 86 000 formations préalables au recrutement financées pour permettre l'accès au poste, sans même mentionner les emplois francs.

Au-delà des entreprises clientes de Pôle emploi, nos conseillers font également de la prospection. Lorsque nous avons de nombreux demandeurs d'emploi et qu'il existe un potentiel de recrutement mais que les entreprises ne nous connaissent pas, nous avons tout intérêt à faire connaître nos services et à prospecter les entreprises, car l'expérience montre que la création de relations de confiance avec celles-ci permet de créer de l'emploi en déclenchant des actes de recrutement qui n'étaient pas planifiés par les employeurs.

En résumé notre action s'inscrit en deux axes : répondre aux tensions sur le marché du travail avec notre dispositif visant à rappeler toutes les entreprises qui n'ont pas trouvé de candidats à trente jours au plus tard, pour s'assurer qu'elles en trouvent ; et sur les bassins où nous avons des demandeurs d'emploi qui ne trouvent pas de débouchés, et des entreprises qui sont susceptibles de recruter, pouvoir développer la prospection. Ce sont donc deux leviers de Pôle emploi, avec l'outil prospection qui reste encore à développer et qui fera sûrement partie de l'arsenal déployé dans les mois qui viennent compte tenu de la probable augmentation des demandeurs d'emploi en fin de mois (DEFM) et la contraction dans un premier temps des offres d'emploi.

M. Michaël Ohier. - Effectivement, nos données montrent que nouer cette relation de confiance permet d'accroître de 43 % le nombre d'offres en CDI reçues par Pôle emploi et de 22 % les offres en CDD.

Nous n'avons pas de difficulté de financement de la formation. Le Plan d'Investissement dans les Compétences, en particulier, nous permet de financer les actions de formation. La question porte plutôt, à court terme, sur la capacité des organismes de formation à relancer rapidement leur activité.

Mme Misoo Yoon. - Pour autant, votre première question, Madame la sénatrice, souligne à juste titre la nécessité d'un diagnostic plus partagé des compétences en cours de formation, des besoins en compétences des entreprises et de leur adéquation, impliquant les acteurs de la formation professionnelle (au premier rang desquels les conseils régionaux) et l'Éducation nationale, de façon à mettre en commun les données sur les compétences dont a besoin un territoire à un moment donné. Nous réalisons par exemple un diagnostic conjoint avec la Nouvelle-Aquitaine.

Il manque, à l'heure actuelle, un « pilote » pour la mise en commun de ces données et le pilotage des actions permettant de mobiliser conjointement l'Éducation nationale, l'enseignement supérieur et le monde de la formation professionnelle. Les diagnostics partagés dont nous disposons ne sont pas suffisants de ce point de vue. Il nous reste en particulier à mieux travailler avec l'Éducation nationale afin d'approfondir ce diagnostic.

Mme Élisabeth Lamure. - Quel est le suivi des employeurs qui se connectent sur la plateforme ou déposent des offres ?

Mme Misoo Yoon. - Les entreprises qui déposent des offres d'emploi peuvent aussi faire des demandes de services en ligne comme une présélection, une analyse de poste, un contact avec un conseiller. Les agences recontactent presque systématiquement les entreprises dès le dépôt d'offre, en particulier quand elles identifient que l'entreprise risque d'avoir des difficultés à trouver des candidats. Nous étions avant la crise à 28 % des offres déposées faisant appel à un service d'accompagnement. Par ailleurs pendant le confinement nous avons mis en place la plateforme « Mobilisation emploi » pour mettre en avant les offres d'emploi des secteurs critiques comme la santé ou l'agriculture, et ces entreprises ont systématiquement été appelées et il leur a été systématiquement proposé un service de présélection ou de suivi de leur recrutement. Nous avons réalisé 18 000 recrutements depuis le lancement de la plateforme le 2 avril.

Mme Élisabeth Lamure. - Et pour ceux qui consultent simplement, pouvez-vous les contacter ?

Mme Misoo Yoon. - Nous faisons des analyses de comportements mais nous ne faisons pas d'exploitation particulière de ces démarches de consultation de profils car ce sont des entreprises dans une démarche active qui nous connaissent déjà. Nous avons développé des outils de prospection pour que les conseillers puissent identifier sur leurs territoires des entreprises susceptibles de recruter sans qu'elles aient encore pris la décision de le faire, en analysant les comportements de l'ensemble du secteur. Nous avons testé cette prospection ciblée et avons construit une matrice de stratégie d'agence pour pouvoir la mettre en oeuvre dans l'ensemble du réseau et leur donner la grille d'analyse statistique leur permettant de viser les bonnes entreprises.

M. Michaël Ohier. - Nous misons aussi de façon importante sur l'intelligence artificielle afin d'exploiter des données en masse et croiser par exemple des données statistiques avec des données d'usage. Cela peut permettre d'identifier le plus rapidement possible les potentiels de recrutement détectables à travers une offre déposée et in fine, les types de services que nous pouvons rendre. Ces dispositifs vont monter en puissance en 2021, après deux années d'investissement importants en la matière, en 2019 et 2020. Ces investissements en intelligence artificielle sont financés par le fonds de transformation de l'action publique ; les données pourront être mises à disposition d'autres administrations.

Mme Martine Berthet, sénatrice de la Savoie. - Vous appuyez-vous sur les enquêtes de besoins en main-d'oeuvre afin d'identifier par anticipation les métiers qui risquent d'être en tension ? Vous tournez-vous également vers les collectivités territoriales et leurs structures satellites afin de connaître leurs besoins en main-d'oeuvre ?

M. Michaël Ohier. - Nous n'avons pas fait de publicité sur l'enquête « BMO », bien qu'elle présente un intérêt scientifique certain, car elle a été finalisée durant la crise. La prochaine enquête BMO sera une édition intermédiaire, plus légère, qui nous fournira une visibilité nationale sur les grands secteurs.

D'une façon générale, nos agences ont des relations aussi étroites que possible avec les collectivités territoriales - de même qu'avec les acteurs de l'emploi sur le territoire - afin de connaître notamment leurs besoins de recrutement.

M. Michel Canevet. - Avons-nous déjà des indications sur les effets induits par la réforme de l'assurance-chômage ?

Mme Misoo Yoon. -La réforme de l'assurance-chômage mise en oeuvre en novembre 2019 ouvrait des droits aux démissionnaires et aux indépendants, tout en durcissant les conditions d'accès à l'assurance-chômage (puisqu'il faut six mois pour disposer de droits ou recharger ceux-ci). Nous attendons maintenant de connaître les décisions gouvernementales sur le sujet.

M. Guy-Dominique Kennel. - Pôle emploi mène-t-il des enquêtes de satisfaction vis-à-vis des entreprises faisant appel à ses services ?

M. Michaël Ohier. - À l'issue de chaque opération de recrutement, nous adressons un questionnaire de satisfaction au recruteur au sein de l'entreprise. Nous constatons un taux global de réponse de 15 % et chaque agence dispose de ces réponses. Lorsqu'un employeur est mécontent, et s'il a levé son anonymat, nos conseillers « entreprises » sont chargés de le recontacter afin d'en savoir davantage. Un baromètre national est par ailleurs réalisé par BVA, environ une fois par an, afin de mesurer le niveau de satisfaction des employeurs. Madame Yoon l'a évoqué tout à l'heure. Nous réalisons également des focus group auprès des entreprises. Nous avons suspendu les enquêtes classiques pendant le confinement et réalisé des enquêtes de crise auprès de 800 recruteurs et 84 % d'entre elles, notamment celles de moins de 10 salariés, étaient satisfaites de la prise en charge pendant la crise. Depuis la mise en place des conseillers spécialisés « entreprises » en 2016, nous sommes passés de 63-64 % de satisfaction à 75 %.

Au sujet de « Mobilisation emploi », la plateforme répond à une problématique de visibilité sur des besoins particuliers, et nous l'avons ouverte vendredi dernier aux saisonniers avec une rubrique spécifique. Nous tenons pour eux le même engagement que pendant le confinement, c'est-à-dire le rappel systématique des recruteurs et la recherche de candidats pour ceux qui en ont besoin.

Mme Élisabeth Lamure. - Merci beaucoup pour votre participation à cette audition.

La réunion est close à 18 h 50.