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Compte rendu analytique officiel du 10 février 2021

« Le fonctionnement des universités en temps Covid et le malaise étudiant »

M. le président. - L'ordre du jour appelle le débat sur le thème : « Le fonctionnement des universités en temps Covid et le malaise étudiant », à la demande du GEST.

Mme Monique de Marco, pour le groupe Écologiste, Solidarité et Territoires . - Une partie des victimes indirectes de la covid est oubliée : les étudiants. Il faut des réponses rapides et concrètes pour faire face à leur précarité et aux risques psycho-sociaux. Leur situation, matérielle et mentale, est très dégradée. Que leur proposer aujourd'hui et à plus long terme ?

Les chiffres sont effrayants : 20 % ont eu recours à l'aide alimentaire, la moitié a des difficultés à payer le loyer et l'alimentation ; les bourses accordées à 36,8 % d'entre eux ne permettent pas de vivre sans travailler à côté ; l'isolement devant les écrans exclut tout contact humain, l'enseignement est désincarné.

Chaque jour, la même journée se répète : huit heures d'écran, repas, révisions, dodo... À la longue, on craque. Selon une étude, 43 % des étudiants auraient été affectés d'un trouble de santé mentale comme l'anxiété ou la dépression à la suite du premier confinement. Les services universitaires de santé sont débordés. Les risques de décrochage sont importants. Stages ou séjours à l'étranger ont été annulés. À l'âge de l'envol, ils sont nombreux à être rentrés chez leurs parents.

Ces difficultés, les enseignants les connaissent aussi, faisant cours devant une mosaïque d'écrans noirs, impuissants à aider des étudiants qu'ils n'ont jamais rencontrés. Le personnel administratif est soumis à des directives changeantes et imprécises.

Les commerces et les écoles sont ouverts, les prépas et les BTS fonctionnent normalement : quelle différence de traitement ! Les étudiants des universités se sentent laissés pour compte.

Les mesures d'urgence sociale arrivent au coup par coup. Le ticket de resto U à 1 euro est une très bonne chose mais à Bordeaux, seuls dix restaurants sur vingt-sept étaient ouverts et il était impossible de manger à l'intérieur, même par temps de pluie... Votre annonce autorisant le repas sur place est bienvenue, mais tardive.

À l'université Bordeaux Montaigne, on compte une infirmière pour 18 000 étudiants et un poste de psychologue. Or la situation pré-covid était déjà critique.

En Scandinavie, chaque étudiant perçoit une allocation individuelle indépendante du revenu de ses parents. Certes, cela a un coût mais pas supérieur à celui du CICE ou de la suppression de la taxe d'habitation. Ce n'est pas tant une dépense qu'un investissement, de nature en outre à casser le déterminisme social ; une façon aussi de reconnaître les jeunes comme des adultes à part entière. Madame la ministre, nous vous demandons solennellement d'engager une réflexion sur ce sujet.

Nous avons également écrit au Premier ministre pour lui demander un grand plan d'investissement dans les universités.

Nous voulons l'égalité de traitement de tous les étudiants, quel que soit leur cursus ; le retour des étudiants à 50 %, avec des cours dédoublés et des cours hybrides, présentiel et distanciel ; une sécurité financière accrue et une revalorisation des bourses et des APL ; un investissement massif dans les établissements pour la ventilation et l'équipement numérique ; une adaptation des examens afin qu'aucun étudiant ne soit pénalisé à cause de l'épidémie ; suffisamment de recrutements pour une politique sanitaire ambitieuse et une politique de santé mentale d'urgence avec le recrutement d'infirmiers et psychologues ; la création d'une allocation d'autonomie pour tous les étudiants.

Continuez vos efforts et investissez dans notre avenir, c'est-à-dire dans notre jeunesse. (Applaudissements sur les travées du GEST ; Mme Sylvie Robert applaudit également.)

M. Max Brisson . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Nous alertons le Gouvernement depuis le début de la crise sur les conditions de vie des étudiants. Je remercie le GEST de ce débat.

Angoisse, isolement, précarité. Dès avant le second confinement, l'Observatoire de la vie étudiante alertait sur les signes de détresse psychologique. Pas moins de 31 % des étudiants en étaient déjà victimes. Ces emmurés de 20 ans subissent les effets de la crise sans en être des victimes directes.

Le repas à 1 euro, la consultation de psy gratuite, le retour partiel aux cours en présentiel sont des bouffées d'oxygène, mais insuffisantes. Les étudiants veulent de la lisibilité, non de la pitié.

Le pilotage à vue nourrit des espérances déçues. En décembre, le Premier ministre annonçait une reprise à 100 % à la mi-janvier. Puis on a parlé d'une reprise à 50 %. Aujourd'hui, la jauge est à 20 % maximum. Comment s'y retrouver ? Les étudiants comme les enseignants et le personnel sont fatigués de ces incertitudes. Ils ne veulent plus de protocoles sans cesse remis à jour, mais des conditions stables.

Comment comprendre la différence entre les prépas et BTS et les universités ? Comment envisager son avenir quand l'enseignement est mis sous cloche ? Les étudiants se sentent lâchés par la génération du « il est interdit d'interdire ».

La jeunesse a besoin d'un cap et de la confiance du Gouvernement. Nous sommes victimes d'une gestion trop centralisée. Laissez une marge de manoeuvre aux universités pour établir des jauges adaptées. Dans nos 18,5 millions de mètres carrés universitaires, on peut sans doute accueillir plus de 20 % des étudiants...

Au-delà des mesures d'accompagnement annoncées par le Gouvernement, allez-vous donner la liberté aux acteurs du terrain, mieux armés que vous pour adapter l'organisation aux réalités ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

Mme Vanina Paoli-Gagin . - Avant la crise sanitaire, la précarité étudiante était une réalité : un étudiant sur deux travaillait pour financer ses études et sa vie quotidienne. L'accès au logement, aux soins, à l'alimentation était déjà un défi quotidien.

La stratégie du Gouvernement était triple : augmentation des bourses sur critères sociaux, construction de logements universitaires et mobilisation des aides pour les situations d'urgence. Mais depuis le 14 mars, la fermeture des universités a changé la donne. La crise a multiplié et aggravé les situations de précarité. La moitié de ceux qui travaillaient ont perdu leur emploi et 31 % des étudiants ont connu une détresse psychologique lors du confinement.

Comment les futurs diplômés accèderont-ils à un stage ? Comment constitueront-ils un réseau professionnel ? Le risque de décrochage est grand en L1. Certes, l'apprentissage a vu ses effectifs augmenter, avec 500 000 contrats signés grâce au plan gouvernemental.

Les repas à 1 euro, l'accès au soutien psychologique ont aidé les étudiants... Mais le vrai sujet, c'est le retour aux cours en présentiel. L'émulation au sein des campus est essentielle. C'est une question de santé publique, comme le disait le Professeur Delfraissy. Quand les classes de prépa et BTS restent ouvertes, comment justifier les fermetures d'universités ? Fin janvier, le Président de la République a annoncé une reprise des cours en présentiel, mais de nombreux étudiants n'ont plus leur logement.

Des milliers d'enfants sont regroupés en maternelle et élémentaire, sans masque. De jeunes adultes sont capables de respecter les distances. Ne baissons pas les bras, trouvons des solutions de court et de long terme. Ces jeunes sont la richesse de la France de demain.

M. Thomas Dossus . - La détresse psychologique des étudiants a été sous-estimée. La série de restrictions entraînées par la crise sanitaire frappe durement la jeunesse : cantonnement dans des logements parfois vétustes, visioconférence, emploi perdu...

Mais la covid n'est pas la cause de tout : un million de jeunes vivent sous le seuil de pauvreté. La crise est aussi sociale et écologique.

Revalorisons les bourses et créons une allocation minimale. Rouvrons les universités avec des protocoles de crise adaptés aux campus. Trouvons des solutions pour ceux qui sont en détresse psychologique. Il faut de l'accompagnement humain.

Fin 2020, il y avait en France un psychologue universitaire pour 30 000 étudiants, contre un pour 7 000 en Autriche, un pour 4 000 en Australie et un pour 1 600 aux États-Unis. La recommandation internationale est d'un pour 1 000 à 1 500. Aucun pays ne l'atteint.

Le Gouvernement a annoncé le recrutement de psychologues pour parvenir à un pour 15 000. Très bien, mais on voit l'ampleur des besoins...

Le chèque psy correspond à trois séances gratuites chez le psychologue, mais nous manquons de personnel qualifié. Il faudrait recruter 520 psychologues pour arriver à un pour 4 000 étudiants, et suivre les 25 % d'étudiants ayant des pensées suicidaires.

Notre jeunesse est au bord du gouffre, ce qui appelle un plan massif d'investissement. Regardez la jeunesse en face, donnez-lui espoir ! (Applaudissements sur les travées du GEST)

M. Julien Bargeton . - La situation de la jeunesse est inquiétante, sa détresse est forte. Nous avons été frappés par les queues devant les distributions d'aide alimentaire comme par le nombre des suicides.

Nous nous accordons sur le constat, mais nous ne pouvons dire que le Gouvernement n'a pas pris de mesures puissantes. Sur la précarité alimentaire, il a mis en place le repas à 1 euro ; sur le problème psychologique, il a recruté des psychologues et instauré un chèque psy ; il a renforcé les aides sociales avec le gel des loyers des résidences étudiantes, le versement de 150 euros en décembre pour les boursiers ; enfin, il a décidé le retour en présentiel pour éviter l'isolement, notamment pour les étudiants en première et deuxième année, car la désocialisation pèse beaucoup sur le moral des étudiants. Certes, le retour doit être progressif et adapté à chaque établissement.

Hier, vous avez visité le restaurant universitaire de Mabillon à Paris. Vous avez vu comment chacun s'était adapté. Les étudiants de l'École du Louvre se rendent dans les salles du Louvre - ils sont les seuls ! - pour faire leurs travaux dirigés devant les oeuvres... Le présentiel doit se remettre en place progressivement.

Des médecins ou des enseignants demandent sur les plateaux de télévision un reconfinement, puis d'autres ou les mêmes demandent de tout rouvrir... Entendons ces paradoxes.

Accompagnons les étudiants. Comment aider les services à organiser ce retour en présentiel, à gérer la complexité de la coexistence entre étudiants présents et étudiants à distance ?

Les études sont fondamentales pour la construction de la vie. Selon Jean-Jacques Rousseau, la jeunesse est le moment d'étudier la sagesse, la vieillesse le moment de la pratiquer. Les études sont l'occasion de se projeter. Comment les étudiants seront-ils évalués ? Ils s'interrogent sur les critères de notation aux examens.

Nous devons apprendre de cette crise pour améliorer le soutien psychologique aux étudiants et la structuration à long terme des aides sociales.

Mme Nathalie Delattre . - Lundi 1er février, madame la ministre, nous vous avons reçue sur le domaine universitaire de Bordeaux, à l'occasion du retour de quelques étudiants, sur un campus désert. C'était encourageant. Mais beaucoup de jeunes n'ont pas eu les moyens de continuer à louer un appartement et à assumer le coût de la vie des grandes villes.

Un retour en présentiel doit se préparer, sauf à créer de nouvelles difficultés. C'est avec les étudiants que vous devez construire les conditions de leur retour. Ils n'ont jamais été aussi conscients des problèmes, mais jamais aussi exclus. Que devient votre projet de société dans l'épreuve ?

Je citerai deux chiffres : 64, c'est le nombre de décès des 18-44 ans dus au Covid ; 85 ans, c'est l'âge médian des décès. Nous ne pouvons plus justifier de mettre sous cloche nos jeunes.

M. Loïc Hervé. - Exact !

Mme Nathalie Delattre. - Ils ont participé à l'effort, mais au prix de quels renoncements ! Nous leur en sommes reconnaissants. N'affectons pas leur résilience. Nous allons effriter leur énergie, leur capacité à surmonter les crises. Ne les laissons pas dans l'éther d'un monde figé face au risque, faisons-les revenir dans le réel étrange, ils peuvent l'affronter.

L'accompagnement psychologique est indispensable. Le modèle des sentinelles destinées à détecter les signaux faibles de détresse est bon, mais insuffisant. Il faut renforcer l'accompagnement psychologique : une seule psychologue à Bordeaux, c'est insuffisant.

Notre jeunesse est paupérisée et souffre de la suppression des événements festifs et culturels. Pourquoi ne pas créer un chèque jeune Covid-19 pour les remercier de leur sacrifice ? Cette solidarité nationale, nous la leur devons. (Applaudissements sur les travées du RDSE)

M. Pierre Ouzoulias . - Samedi, à Bagneux, je participais à une collecte alimentaire pour les étudiants. Des personnes modestes, prises de pitié, offraient quelque chose. Une femme au maigre panier nous a remis un paquet de pâtes tout en se demandant comment quelqu'un qui fait des études peut ne pas manger à sa faim.

En novembre 2019, dans la loi de finances rectificatives, le Gouvernement a supprimé 35 millions d'euros de crédits du programme « Vie étudiante ». En 2018 et 2019, 100 millions d'euros de crédits votés par le Parlement n'ont pas été affectés à la vie étudiante.

Lors des quatre lois de finances rectificatives de 2020, j'ai déposé des amendements pour augmenter en urgence les moyens de l'aide étudiante. M. Darmanin m'a expliqué qu'il n'y avait pas besoin de crédits supplémentaires. Le « Quoi qu'il en coûte » a ignoré la détresse des jeunes.

Dans la loi de programmation pour la recherche, l'université n'a bénéficié d'aucune aide supplémentaire, comme si les étudiants d'aujourd'hui n'étaient pas les chercheurs de demain !

La pandémie n'est pas seule en cause et la carence des universités s'explique par vingt années de non-investissement de l'État, bloquant les établissements dans un engrenage malthusien, entre la hausse du nombre d'étudiants et la stagnation des budgets.

Le budget moyen correspondant à chaque étudiant à l'université ne cesse de diminuer. Il passera cette année sous les 10 000 euros, contre 16 000 euros pour un élève de classe préparatoire. C'est votre choix politique...

L'État se désengage. L'université n'est pas une priorité de votre Gouvernement. Les premières victimes sont les étudiants qui souffrent d'une paupérisation dramatique et d'une absence de vie sociale.

Avant la crise, 40 % des étudiants travaillaient pour vivre mais 60 % ont été privés de leur emploi. Les étudiants n'en peuvent plus de souffrir de la faim et de l'isolement.

Votre Gouvernement n'a pas de projet pour eux. J'emprunte ma conclusion à un étudiant interrogé par La Croix (Marques d'approbation sur les travées du groupe UC) : « La vraie honte, c'est de voir tant d'étudiants peinant à se nourrir alors qu'en se formant ils créent la richesse de demain ».

M. Pierre-Antoine Levi . - « On veut un amphi, pas un psy », crient les étudiants, après un an d'université en mode très dégradé.

Il y a un mois, je vous interrogeais sur la détresse des étudiants. Vous m'aviez répondu que les universités n'étaient pas fermées. Certes, mais il n'y avait pas de cours. Cette génération sacrifiée, ou du moins génération distancielle, subit les 3D : décrochage, détresse, désenchantement.

Décrochage, car au bout d'un an, l'apprentissage à distance n'est plus supportable - a fortiori quand la connexion saute - et certains abandonnent, même en master.

Détresse psychologique car depuis un an, la vie sociale estudiantine est fantomatique. Détresse financière aussi : il n'y a plus de jobs étudiants, plus de petits boulots.

Nous ne pouvons que nous féliciter du repas à 1 euro mais tous les étudiants ne vivent pas à proximité d'un Crous. Pourquoi pas un ticket-restaurant étudiant, comme le propose l'UNI ?

Désenchantement, car beaucoup s'interrogent sur la valeur de leur diplôme. Le label « examen passé en présentiel » introduit une disparité entre universités pour un même diplôme. Ils vont entrer sur un marché du travail en crise, où les perspectives d'évolution sociale grâce aux études supérieures s'amenuisent.

Il faut agir vite et fort. Les mesures actuelles ne suffisent plus. Je salue la décision du président Lafon de créer une mission d'information sur les conditions de vie étudiante ; nous en attendons beaucoup. (Applaudissements sur les travées du groupe UC)

M. Loïc Hervé. - Très bien.

Mme Sylvie Robert . - (Applaudissements sur les travées du groupe SER) Dès juin, la sociologue Anne Lambert alertait sur la gravité de la crise pour les jeunes : elle décuple les inégalités qui les frappent. On a longtemps pensé que la jeunesse pourrait ouvrir l'éventail de la reproduction sociale et élargir l'espace des possibles. Cette illusion tombe.

Notre groupe appelait déjà l'été dernier à une réponse massive des pouvoirs publics pour aider les plus précaires. Nous pressentions l'impact de la crise. Les effets sont désormais visibles.

Il existe une continuité du malaise étudiant, mais l'ampleur est telle que l'on peut plutôt parler de détresse.

La rupture académique peut encore être évitée en sauvant le second semestre, en permettant à tous les étudiants d'être au maximum en présentiel. La jauge de 20 % est un premier pas, mais ce ne doit pas être le dernier. Nous recommandons d'élaborer dès à présent des scenarii pour un retour progressif à 50 %. Certains étudiants n'ont encore jamais vu leur professeur... Il faut leur donner des perspectives et une visibilité.

Les établissements pourraient adapter les protocoles aux situations spécifiques de chaque campus. Madame la ministre, faites-leur confiance ! Toute souplesse supplémentaire, toute heure de cours en présentiel est précieuse. La « course contre la montre » n'est pas seulement contre le virus, mais aussi contre le décrochage.

Les étudiants ont besoin d'un cadre stabilisé pour les évaluations, qui soit protecteur et rassurant. Il faut aussi trouver une compensation aux stages qui n'ont pu être réalisés et soutenir les enseignants-chercheurs qui ont mis entre parenthèses leurs travaux de recherche.

La précarité étudiante est alarmante et inacceptable. Voyez ces files d'attente aux épiceries solidaires ! La précarité menstruelle toucherait une étudiante sur trois.

Deux publics sont très vulnérables : les étudiants internationaux, avec le problème des titres de séjour, et ceux dont les familles sont justes au-dessus des seuils ouvrant droit aux aides.

Si les aides ponctuelles sont bienvenues, elles n'apportent pas une réponse synoptique au défi de l'accompagnement sur le temps long. Vous aviez supprimé l'aide à la recherche du premier emploi créée sous François Hollande ; je constate que vous y revenez...

Les lourdeurs administratives peuvent limiter le recours aux aides d'urgence. Il est urgent de simplifier, de renforcer les équipes des Crous et des services de santé universitaire.

Il y a deux priorités à court terme : revaloriser les bourses et simplifier les procédures ; suspendre sans délai la réforme des APL, en particulier pour les étudiants en contrat de professionnalisation.

À plus long terme, nous réitérons notre demande d'ouvrir le bénéfice du RSA dès 18 ans, objet d'une proposition de loi de notre groupe, et de réfléchir à une allocation d'autonomie pour chaque jeune.

La rupture psychologique fait froid dans le dos : 800 000 étudiants seraient en souffrance psychologique, 11,4 % ont eu des idées suicidaires.

L'isolement et les difficultés financières, sociales, académiques fragilisent la santé mentale des étudiants. Notre système de soins a toujours été plus tourné vers le curatif, au détriment du préventif, et les lacunes de notre politique de prévention se font sentir.

Le « chèque psy » est une bonne chose mais il ne faut pas le limiter à trois consultations. La mise en place de tuteurs est bienvenue, mais doit être assouplie et simplifiée. L'obligation de dix à quinze heures de tutorat par semaine est sans doute trop lourde. Laissez plus de latitude aux universités, faites-leur confiance !

Notre jeunesse a accepté de mettre sa vie entre parenthèses pour protéger les plus vulnérables, nous lui sommes profondément redevables, et lui devons réparation. Cet esprit de responsabilité devra être le nôtre demain. (Applaudissements à gauche)

Mme Alexandra Borchio Fontimp . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Concertation, stabilité et cohérence, voilà ce dont a besoin l'université. Les efforts consentis par les étudiants sont immenses. Bien que peu vulnérables aux formes graves du Covid, ils sont soumis à des restrictions drastiques, entraînant pour beaucoup une grande précarité. À leur détresse s'ajoute l'incertitude face à l'avenir.

Les annonces récentes du Président de la République sont insuffisantes. Le manque d'anticipation plonge des milliers de jeunes dans le désarroi. Heureusement, les collectivités agissent. La région Sud et le département des Alpes-Maritimes sont mobilisés pour le bien-être des étudiants, la métropole Nice-Côte d'Azur présente de nouvelles actions, le village de Gilette a organisé une collecte...

Je souhaite une offre de vaccination pour les volontaires.

L'apprentissage passe avant tout par l'interaction entre professeurs et étudiants ; couper ce lien, c'est saper leur motivation. Les cours à distance doivent être limités et le présentiel être porté à 50 %. Les étudiants en prépa, en BTS et à l'université n'ont pas les mêmes conditions d'études. Pourquoi ? Cette différence de traitement suscite l'incompréhension. Cessons d'infantiliser et de sacrifier cette génération !

La pandémie nous oblige à repenser l'université dans son ensemble. L'urgence est absolue et nous devons investir sur le long terme.

Je suis favorable à plus d'autonomie pour les universités. Chaque filière a sa spécificité, ce qui suppose de la flexibilité. Faites cesser cette vague délétère de circulaires et présentez enfin une stratégie de long terme ! L'inconstance ne peut être le seul gouvernail. Il faut préparer dès à présent la rentrée prochaine et réfléchir à un plan de restructuration de l'enseignement supérieur.

L'effet de masse lié aux excellents résultats en licence interroge les modalités de sélection à l'entrée en master. Des pistes de réflexion existent, étudiez-les.

La crise sanitaire invite à l'humilité. Les établissements ont su assurer, dans des conditions difficiles, la continuité de leurs missions.

La France gagnerait à se réconcilier avec les acteurs des territoires et à accepter la différenciation. Connaissance et reconnaissance vont de pair. Le chantier est immense : il réclame de l'anticipation, de la cohérence et des moyens à la hauteur de l'enjeu. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains ; Mme Victoire Jasmin applaudit également.)

M. Jean Hingray . - (Applaudissements sur les travées du groupe UC) « On veut un amphi, pas un psy ! » dit mon collègue Levi. Je pourrais ajouter : « On veut un vaccin, c'est plus sain. » (Sourires) Il faut rouvrir les amphis. Trop de destins, trop d'avenirs sont en jeu. Tant de talents sont en pause prolongée. Tous en souffrance, beaucoup à l'agonie, précarisés, désorbités, sacrifiés.

On préfère faire l'aumône d'un psy plutôt qu'offrir un vaccin. Le serment d'Hippocrate ne distingue pas entre un octogénaire et un jeune. Mais constitue-t-il l'alpha et l'omega de notre politique ? Ne sommes-nous pas face à une non-assistance à génération en danger ?

De grands médecins - Didier Sicard, ancien président du Comité consultatif d'éthique, ou le professeur Jean-Luc Dumas - proposent une stratégie de vaccination des étudiants, d'autant plus pertinente que le vaccin AstraZeneca ne semble pas adapté aux plus de 65 ans. L'Agence du médicament italienne recommande ainsi de le réserver aux 18-55 ans. Qui nous reprocherait de lancer la vaccination des étudiants ? Ni eux, ni leurs familles, ni le monde économique. Qui ne nous le reprocherait pas, si nous ne le faisions pas ? Ce serait renvoyer notre avenir aux quatre coins de l'Hexagone, façon puzzle. (On apprécie.)

Si le distanciel est devenu une consigne, luttons de toutes nos forces pour que le présentiel demeure un acquis. C'est aussi la condition de la santé mentale de toute une génération en danger.

La raison et la science nous laissent espérer. Ne laissons pas nos jeunes dans les limbes, morts-vivants dans l'antichambre de la vie. (Applaudissements sur les travées du groupe UC ; Mme Victoire Jasmin applaudit également.)

M. Jacques Grosperrin . - (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains) Le malaise grandissant des étudiants inquiète. La précarité, l'anxiété générée par la situation ont des conséquences délétères sur la santé mentale, et elles sont accentuées par l'isolement et les cours à distance. Les signaux de détresse et de souffrance psychologique se multiplient.

Près de six jeunes sur dix ont perdu leur job étudiant, beaucoup ont dû arrêter leurs études. Les images des files d'attente pour l'aide alimentaire ont choqué.

Insuffisamment écoutés, les jeunes voient leur horizon s'obscurcir. Malgré les alertes, la prise en compte a été tardive et insuffisante.

Tant que le virus n'aura pas été éradiqué, il ne faudra abandonner personne. Pour les jeunes, la vie sociale est essentielle.

Les dernières mesures du Gouvernement - chèque psy, repas à 1 euro au Crous avec un protocole sanitaire renforcé - vont dans le bon sens. Je ne néglige pas non plus les autres aides.

La présidente de l'université de Franche-Comté évoque dans un courrier (L'orateur montre le document.) le désespoir des étudiants et s'interroge sur la différence de traitement entre les étudiants des universités et ceux des classes préparatoires et BTS.

Donnons priorité aux échelons locaux de proximité les plus aptes à prendre en compte les difficultés sociales des étudiants. Régions, départements, villes ont un rôle à jouer. Nous avons besoin de solidarités territoriales de proximité.

Les incompréhensions entre État et territoires doivent être levées, un calendrier de reprise des cours fixé, avec des campagnes volontaires de test et de vaccination.

Cette génération est précieuse. La vaccination doit être effective pour tous les étudiants.

Donnons la priorité aux collectivités territoriales pour agir sur l'emploi, la formation, les stages. Donnons la priorité aux universités pour proposer des solutions adaptées, en autonomie. Enfin, donnons la priorité à la réflexion sur les critères d'attribution des bourses, sans idéologie et sans tabou. Chaque étudiant doit pouvoir vivre dignement dans ses études et non de ses études ; sachons tirer les enseignements des comparaisons internationales. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains)

Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation . - Je tiens à vous remercier pour ce débat ; je suis très heureuse que l'avenir des étudiants intéresse le Sénat.

Leurs difficultés ont été prises en compte dès le premier confinement. Étudiants et enseignants nous ont alertés. Dès l'été, les universités ont préparé la rentrée. Je tiens à rendre hommage à tous les personnels.

À l'âge où l'on rêve de tous les possibles, il est difficile de voir l'avenir se réduire à un écran. Les étudiants ont besoin de retrouver du lien humain, avec leurs camarades mais aussi avec leurs professeurs, qui ont, eux aussi, besoin du regard des étudiants.

La rentrée a été marquée par l'incertitude sur les conditions sanitaires. Les établissements ont travaillé sur une reprise, en présentiel pour quelques semaines, puis en demi-jauge quand des clusters sont apparus - et quand certains ont cru bon de vilipender les universités et d'accuser la jeunesse de transmettre le virus.

Ceux qui ont fréquenté un campus savent combien la vie y est différente de celle du lycée. Oui, les étudiants dans les lycées ont continué à bénéficier de cours en présentiel, au moins à 50 %. C'est déjà ça ! Les photos, les réseaux sociaux, les #BalanceTaFac ont installé l'idée que la fac était un lieu de contamination.

Le Gouvernement a néanmoins refusé la fermeture des établissements : des étudiants ont pu continuer à bénéficier des bibliothèques universitaires, des salles de ressources, à suivre certains travaux pratiques en présentiel. Ils étaient 7 ou 8 %, mais cela valait la peine de ne pas fermer.

En novembre, nous avons conçu des protocoles sanitaires adaptés à toutes les situations. Première étape, début janvier : faire revenir les étudiants les plus fragiles ; il était essentiel, surtout pour les étudiants ultramarins ou internationaux, de voir d'autres étudiants, de travailler en petits groupes, avec des tuteurs.

Le besoin de créer des liens s'exprime ensuite majoritairement pour les primo-entrants, qui viennent d'autres régions ou d'autres pays : c'était la deuxième étape.

Troisième étape : faire revenir tous les publics étudiants sur les campus ; c'était chose faite le 8 février.

Tous ces protocoles ont été co-construits avec les établissements.

Le corpus enseignant, l'administration ont su se mobiliser pour faire revenir les étudiants, qui sont notre boussole et notre priorité.

Il y a dans les établissements une partie du personnel qui préfère rester en télétravail ; des étudiants qui sont revenus au foyer familial, qui préfèrent étudier à distance. C'est un défi pour les établissements que de les identifier.

Le taux de présence aux examens est resté le même qu'au premier semestre 2019-2020 : le système a tenu, les enseignants, les tuteurs ont joué leur rôle. Certes, tout n'est pas parfait mais il faut saluer ce travail, il faut aussi saluer ces étudiants qui ne demandent qu'à aider.

Monsieur Hingray, les vaccins protègent individuellement - heureusement, les jeunes développent très rarement des formes graves de la maladie - mais nous ne savons pas, à ce stade, s'ils protègent de la transmission et donc s'il serait pertinent de vacciner les jeunes.

Les difficultés économiques des étudiants ne datent pas d'hier, mais la crise les a amplifiées avec la perte des petits jobs. Ceux qui avaient un contrat de travail ont été accompagnés comme les autres salariés. Ceux qui étaient en contrat d'apprentissage ou en contrat de professionnalisation ont vu leur contrat maintenu, et le nombre d'apprentis n'a pas baissé.

Les étudiants internationaux, dont certains ne sont pas rentrés chez eux à l'été, sont en grande difficulté. Dès le mois de juin, nous avons augmenté les bourses sur critères sociaux, gelé les loyers des résidences universitaires et les frais d'inscription, doublé les fonds d'aide d'urgence en simplifiant les procédures. Ces aides s'adressent à tous les étudiants et peuvent aller jusqu'à 5 000 euros par an ; les directeurs de Crous peuvent débloquer 500 euros sans examen en amont du dossier.

Quelque 750 000 des 2,7 millions d'étudiants sont boursiers et ont bénéficié d'une aide ponctuelle en décembre.

Oui, monsieur Grosperrin, nous avons besoin de stages. Cela se fait sur le terrain, en lien avec les associations d'élus, les organisations patronales ; nous en créons dans les administrations, c'est notre prochain défi.

Nous avons aussi créé des emplois étudiants dans les Crous et les universités. Au cours de notre visite à Bordeaux, nous avons rencontré les étudiants sentinelles, les étudiants référents, les étudiants tuteurs.

Tout cela permet l'accompagnement des étudiants sur le terrain, tout en palliant l'absence de jobs.

Nous modifions les règles du service civique, toujours dans un souci de simplification.

Alors que le couvre-feu est généralisé, nous faisons revenir les étudiants à l'université ; nous avons mis en place des protocoles sanitaires dans les restos U. C'est cela, le dernier kilomètre. En créant les repas à 1 euro, il fallait donner aux étudiants la possibilité de les consommer sur place : nous avons ouvert une centaine de restos U en quelques jours. Il est également possible d'emporter des repas pour le week-end.

Arrêtons d'opposer l'action des Crous et celle des associations étudiantes, que nous soutenons pour ouvrir, par exemple, les épiceries solidaires qui sont aussi créatrices de lien social. La région Bretagne a confié au Crous des fonds pour augmenter l'aide alimentaire, le soutien psychologique et l'accompagnement financier. Avançons tous ensemble pour la jeunesse de notre pays !

La première réponse à la souffrance psychologique était de faire revenir les étudiants. Nous le faisons, alors qu'il y a beaucoup d'inconnues. Regardez ce qui se passe en Europe et dans le monde ! Qui peut prédire ce qu'il en sera dans les semaines à venir ? L'incertitude crée du stress, c'est vrai pour tous nos concitoyens, et encore plus à l'âge où l'on se construit.

Les tuteurs, les étudiants référents, les étudiants sentinelles, c'est de l'accompagnement pour les jeunes : de l'avis de tous, l'accompagnement par les pairs est ce qui fonctionne le mieux. À chaque demande, une réponse adaptée. Il ne faut pas forcément tout médicaliser. Le parcours de soins a été pensé avec des fédérations de psychologues ; tous les professionnels de santé se mobilisent, dans les établissements ou en ville.

Dans les Alpes-Maritimes, en faisant appel aux services de la ville, de l'université, au bureau d'aide psychologique universitaire, au Crous, au CHU, on arrive à mobiliser vingt psychologues pour un campus de 30 000 étudiants.

Pourquoi trois séances sans frais ? C'est ce qu'ont recommandé les spécialistes. Après ces trois séances, soit l'étudiant va mieux, soit il doit poursuivre le parcours de soins, au besoin en psychiatrie. Je fais confiance aux établissements, aux maires des villes universitaires, aux professionnels de santé, parce que tous veulent le bien des étudiants.

J'ai entendu des inexactitudes. Le coût des études a baissé depuis 2017. N'oubliez pas la suppression de la cotisation de sécurité sociale, le doublement des bourses sur des critères sociaux...

Monsieur Ouzoulias, je vous sais profondément honnête. Le budget de la vie étudiante est un budget de guichet : s'il avait fallu rajouter des crédits, nous l'aurions fait. Le programme a été régulièrement abondé en PLFR et il le sera autant que nécessaire.

C'est vrai qu'il y a eu un sous-investissement dans l'université. Le plan Étudiants réinvestit un milliard d'euros dans le premier cycle. Pour l'entretien des bâtiments universitaires, 1,3 milliard d'euros ont été débloqués pour une mise aux normes d'ici 2022.

Ce qui se passe dans le monde universitaire est ma préoccupation quotidienne. Non, cette génération n'est pas sacrifiée ! Ne la démoralisons pas, ne traitons pas les étudiants de morts-vivants ! Faisons-leur confiance, aidons ceux qui en ont besoin. Pour que notre jeunesse garde confiance, ayons nous-mêmes confiance dans notre système d'enseignement supérieur. (MM. Julien Bargeton et Jacques Grosperrin applaudissent.)

La séance est suspendue à 20 h 30.

présidence de Mme Pascale Gruny, vice-président

La séance reprend à 22 heures.