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Étude économique n° 3 - 1er juillet 2009 - Mesure des échanges extérieurs de la France et mondialisation

 

CONCLUSION

Les théories fondatrices du commerce international reposant sur les notions d'avantages comparatifs et de concurrence parfaite entre des économies différenciées ont été remises en cause par les réalités de la mondialisation. Cette dernière est caractérisée, en effet, par la mobilité internationale des facteurs de production, l'homogénéisation des offres des différents pays et la recherche de rendements croissants par les entreprises multinationales. Le processus de production s'est allongé, internationalisé et segmenté. L'échange des tâches est venu compléter celui des biens. L'avantage comparatif ne dépend plus seulement du produit fini mais aussi de la spécialisation dans certaines phases de son développement préalable.

Il en est résulté un spectaculaire essor des relations économiques internationales et, en particulier, des échanges intragroupe dans le monde qui soulève des problèmes de mesure des échanges extérieurs.

Les conséquences du développement des échanges intragroupe sur les échanges internationaux ne sont pas analysées de façon satisfaisante, faute de pouvoir actuellement être correctement évaluées.

Il faut donc s'interroger sur ce qui est mesuré et l'interprétation qui peut en être faite autant, si ce n'est plus, que sur la précision de la mesure elle-même.

Pour oser une comparaison, il n'est pas très grave que certaines des indications figurant sur une carte géographique ne soient pas parfaitement exactes pourvu qu'y figurent toutes celles qui permettent d'arriver à destination sans se perdre en chemin.

En l'occurrence, les documents statistiques et comptables disponibles doivent non seulement se révéler les plus fiables possible mais permettre à la France de comprendre les enjeux et les moyens de réussir son insertion dans la mondialisation.

Il ne faut donc pas stigmatiser les marges d'erreurs que comportent les chiffres du commerce extérieur, d'autant qu'elles ont été réduites ces dernières années.

Au demeurant, bien que non négligeables, elles restent relativement limitées : l'écart entre les évaluations du solde des biens et services de l'INSEE et de la Banque de France est aujourd'hui de 0,2 % du PIB et le poste « erreurs et omissions », malgré son augmentation récente, ne représente qu'une faible partie du montant des opérations récapitulées par la balance des paiements.

On ne saurait pourtant, à cet égard, espérer pouvoir tirer un jour des comptes de la balance des paiements et du reste du monde des conclusions auxquelles ils ne sauraient se prêter.

En particulier certains flux financiers enregistrés dans la balance des paiements au titre des investissements internationaux (revenus de filiales à l'étranger, placements des institutions financières monétaires) ne correspondent pas toujours à un échange mesurable de biens ou de services réels, et il n'est pas toujours possible de déterminer l'origine exacte d'un bien importé ou d'un investissement effectué en France.

C'est pourquoi, pour juger de la façon dont la France participe à la mondialisation, il convient de se référer aussi à l'évolution de la position extérieure de la France (qui intègre au présent le passé récent), à des enquêtes concernant l'activité des filiales de groupes français à l'étranger et à des analyses multilatérales, pas seulement bilatérales, du partage entre tous les pays de la valeur ajoutée créée par les activités productives dans le monde.

Il convient donc d'encourager les efforts actuellement entrepris pour améliorer les informations disponibles sur ces différents aspects (et, notamment, l'enquête pilote sur les échanges intragroupe des filiales résidentes des groupes étrangers à compléter par une analyse de l'activité à l'étranger des groupes français).

Cela parait d'autant plus nécessaire que l'appréciation des performances françaises en matière d'échanges extérieurs suscite des interrogations.

La contribution des échanges extérieurs à la croissance est négative depuis 2002. La balance des transactions courantes et, en son sein, le solde des échanges de services aux entreprises, sont devenus déficitaires en 2005.

S'agit-il d'une évolution conjoncturelle (liée, par exemple, à l'appréciation de l'euro et à la hausse des cours du pétrole) ou structurelle ?

Quoiqu'il en soit, l'analyse des données actuellement disponibles concernant les résultats de nos échanges extérieurs a déjà permis à certains économistes d'avancer des explications intéressantes au sujet de leur dégradation.

Ont été notamment évoquées :

- un manque de réactivité de nos entreprises qui perdent des parts de marché lorsque la croissance mondiale s'accélère ;

- le fait que nos échanges ne soient pas assez tournés vers les pays émergents dont la demande est la plus dynamique ;

- l'insuffisance en France du nombre de PME exportatrices ;

- des écarts de performance entre la France et l'Allemagne pour des raisons microéconomiques indépendantes, pour l'essentiel, de notre spécialisation géographique et sectorielle.

Dans une publication du Conseil d'analyse économique sur « la France et la mondialisation », Patrick Artus s'est inquiété, plus précisément, d'une perte de nos parts de marché pour les produits haut de gamme dont les débouchés croissent rapidement (informatique, électronique, services échangeables) et des menaces qui pèsent sur certains de nos points forts (automobile, matériel agricole, ...).

La question de la valeur ajoutée de notre commerce extérieur est souvent posée et semble fondamentale.

Lionel Fontagné, dans le numéro précité de la revue du Conseil d'analyse économique (août 2007), a ainsi avancé que la France optimise moins la chaîne de valeur que l'Allemagne ou les Etats-Unis et « s'appuie donc plus sur la mondialisation pour consommer que pour produire ».

Plus récemment, en décembre 2007, la BNP estimait dans son bulletin de conjoncture que « le problème de fond de notre commerce extérieur... paraît résider dans le contenu insuffisant en valeur ajoutée des exportations françaises ».

Vérifier ces assertions est essentiel et suppose, comme le préconise l'OFCE, de passer d'une mesure des flux de marchandises à partir de leur valeur d'échange à une mesure en valeur ajoutée qui tienne compte des consommations intermédiaires étrangères utilisées dans la fabrication des biens échangés.

Il s'agit de mieux prendre en compte la nouvelle division internationale du travail qui doit conduire à modifier la spécialisation de la France.

Cette préoccupation est conforme aux deux priorités de l'amélioration de la mesure de nos échanges extérieurs qui concernent l'intragroupe et les services (dont la part serait mieux évaluée).

D'un point de vue plus technique, il est par ailleurs souhaitable de perfectionner la connaissance de l'évolution en volume de nos échanges (compte tenu de la mise sur le marché de nouveaux produits).

Les investissements directs (IDE), français à l'étranger et étrangers en France, et leurs effets sur nos échanges extérieurs et notre économie (délocalisations) mériteraient, par ailleurs, une analyse plus approfondie. Les sorties nettes de capitaux enregistrées à ce titre confortent, certes, notre position extérieure qui est globalement créditrice mais ne témoignent-elles pas d'une sorte de fuite, inquiétante, de notre épargne devant l'économie française ? Quelle est la part des créations d'actifs nouveaux ou supplémentaires par rapport à celle des fusions-acquisitions dans les investissements directs qui nous concernent, tant français à l'étranger (elle est en nette diminution) qu'étrangers en France (dans lesquels l'immobilier et les prêts intragroupe paraissent jouer un rôle important) ?