M. Guillaume Chevrollier, sénateur de la Mayenne, nouveau président de la Commission politique de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) en remplacement de M. André, et Mme Dieynaba Diop, députée des Yvelines, présidente déléguée de la Section française, ont participé à la réunion de la Commission politique de l’APF à Siem Reap les 3 et 4 mai 2026.
Avant cette réunion, les parlementaires français ont assisté le 2 mai à un séminaire sur l’intelligence artificielle organisé par la section cambodgienne, qui a été l’occasion de de dresser un état des lieux des opportunités et risques de l’IA, de souligner le rôle du législateur pour encadrer et réglementer cette nouvelle technologie et d’évoquer les utilisations de l’IA dans le cadre parlementaire.
Le 2 mai, M. Guillaume Chevrollier a également présidé la réunion du groupe de travail sur la révision des statuts, en présence des sections de Belgique/Wallonie-Bruxelles, du Cambodge, de la République démocratique du Congo, du Luxembourg, du Québec et de la Suisse.
Alors que la dernière version des Statuts de l’APF avait été adoptée en juillet 2024 lors de la session de Montréal, le Bureau de l’APF qui s’est tenu à Podgorica en janvier 2026 avait invité la Commission politique à rouvrir ce chantier afin de procéder à quelques ajustements. Le groupe de travail s’est penché sur une trentaine d’amendements.
La réunion s’est poursuivie avec les mêmes participants dans le format « comité de vigilance démocratique » pour examiner l’application des mécanismes de vigilance démocratique et formuler des recommandations à ce sujet à la Commission politique.
Les dimanche 3 mai et lundi 4 mai, M. Guillaume Chevrollier a présidé la réunion de la Commission politique. Réunissant, outre les parlementaires précités des sections représentées au groupe de travail, des représentants des sections de Catalogne, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, de la France, du Laos, du Maroc, de la Mauritanie, de la Nouvelle-Calédonie, de la République démocratique du Congo, de la Roumanie et du Sénégal, la réunion a été ouverte par une intervention de son président.
M. Guillaume Chevrollier a rappelé tout d’abord que la Commission politique s’était réunie à Siem Reap dix ans auparavant, en mars 2016. Il a souligné le fort attachement du Cambodge à la Francophonie et l’ancrage historique du français dans l’administration, le droit et la culture du pays, évoquant, en outre, la tenue du XXe Sommet de la Francophonie à Phnom Penh en novembre 2026. Enfin, il a remercié la section cambodgienne pour son accueil chaleureux et son organisation efficace.
M. Ouch Borith, président par intérim du Sénat et président de la section cambodgienne, a mis l’accent, quant à lui, sur le fort engagement du Cambodge envers l’APF. Il a souligné qu’après des années de divisions et de conflits, son pays vit aujourd’hui en paix mais que celle-ci est menacée par des incursions, incidents et occupations illégales le long de la frontière avec l’un de ses pays voisins, en violation de la Charte des Nations Unies. Il a constaté, à cet égard, que le monde faisait face à une dangereuse recrudescence des conflits et des tensions militaires.
La Commission politique a ensuite pris acte des modifications intervenues dans la composition de son bureau : le remplacement de M. André Reichardt par M. Guillaume Chevrollier, comme président, et le remplacement de M. Nicolas Walder (Suisse) par M. Carlo Sommaruga comme rapporteur sur le suivi de la peine de mort.
Puis la Commission politique a pris connaissance du rapport de M. André Mbata Betukumeso (RDC) sur les situations politiques au sein de l’espace francophone et entendu la communication de M. Carlo Sommaruga sur la peine de mort dans l’espace francophone. Elle a ensuiteécouté un exposé de M. Désiré Nyaruhirira, Conseiller spécial, politique et diplomatique de la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Celui-ci s’est dit consterné par la recrudescence de la peine de mort dans l’espace francophone et préoccupé par la situation au Moyen-Orient, qui affecte plusieurs membres de l’OIF, en particulier le Liban. Il a mentionné le soutien apporté par l’OIF à Madagascar (tenue de l’état civil, lutte contre la corruption, protection des données) et au Gabon et a fait état d’une mission en Guinée. Il a appelé à la mise en œuvre de l’accord de 2025 entre la RDC et le Rwanda.
Puis s’est tenu le tour de table des sections qui a donné un aperçu de l’actualité politique, économique et sociale des pays représentés lors de la réunion. Pour la France, Mme Dieynaba Diop, présidente de la section française, a évoqué les difficultés d’adoption du projet de loi de finances en début d’année du fait des divisions politiques. Elle a fait valoir l’examen en cours au parlement d’une proposition de loi visant à actualiser la loi dite Toubon, socle protecteur de la langue française en France. Enfin, elle a fait part de sa préoccupation face à la situation au Mali, compte tenu de son fort potentiel déstabilisateur pour la région et du nombre important de ressortissants maliens ou binationaux en France.
La Commission politique a ensuite mené des échanges destinés à nourrir l’avis que l’APF présentera lors du XXe Sommet de la Francophonie à l’automne. Les membres ont notamment insisté sur l’importance de la paix comme moteur du développement, l’utilité de la diplomatie parlementaire et la nécessité pour celle-ci de s’affranchir davantage des gouvernements, la priorité de la lutte contre les violences faites aux femmes et de leur participation à la résolution des conflits ou encore l’enjeu que représente l’éducation et l’accès à l’éducation, en particulier pour lutter contre la désinformation et l’instrumentalisation politique.
La Commission s’est ensuite intéressée aux rapports en cours. M. Carlo Sommaruga (Suisse) a présenté un point d’étape sur son rapport sur la prévention et la lutte contre la torture. M. Gaëtan Van Goidsenhoven (Belgique/Fédération Wallonie-Bruxelles) et Mme Marilyne Picard (Québec) ont, quant à eux, rendu les conclusions de leurs travaux qui portaient respectivement sur l’État numérique et sur les processus de réconciliation nationale. A l’issue, un expert cambodgien est venu présenter le dispositif original des chambres extraordinaires chargées d’exercer la justice pénale en réponse au génocide cambodgien responsable de 2 millions de morts. Chargées d’établir la vérité (à travers le recueil de plusieurs milliers de témoignages), ces chambres indépendantes se sont attachées à cibler les hauts responsables des crimes de masse et à réparer les liens sociaux par des projets mémoriels et des actions notamment en direction de la jeunesse pour désactiver la transmission de la haine.
La Commission politique a été tenue informée de la nouvelle étape en cours de la révision des statuts. Après avoir pris connaissance de l’avis du comité de vigilance démocratique, elle a examiné l’application des mécanismes de vigilance démocratique.
Sur la proposition de la section cambodgienne, la Commission a adopté à l’unanimité un projet de résolution exprimant la préoccupation de l’APF face aux tensions persistantes à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, aux déplacements de population, aux violations du cessez-le-feu et aux dommages causés à des sites culturels et religieux, et qui appelle au respect de la souveraineté territoriale et à l’intégrité du Cambodge.
La Commission politique a ensuite validé la proposition de question à la Secrétaire générale de la Francophonie en vue de la 51e Session de l’APF.
Elle a, par ailleurs, reporté sa décision sur les demandes d’adhésion en qualité d’observateurs de l’Union nationale des législateurs des Etats fédérés du Brésil (UNALE) et du Parlement arabe.
Dans le cadre des questions diverses, Mme Dieynaba Diop a fait part de son incompréhension à l’égard de la récente loi réprimant l’homosexualité au Sénégal, présentée comme une mesure anti-occidentale et qui pénalise de nombreux sénégalais. Cette intervention, à laquelle les représentants de la section sénégalaise ont répondu, a été suivie d’un débat entre les participants.
En marge de la réunion, les membres de la Commission politique ont visité, à l’invitation de la section cambodgienne, le tout nouveau musée pour la paix du Centre cambodgien d’action contre les mines, qui montre la grande quantité et variété d’explosifs et de mines ayant touché le sol cambodgien lors des conflits des dernières décennies et met en lumière l’expertise de ce centre en matière de déminage et sa renommée à l’échelle internationale.