Le mercredi 5 novembre 2025, Mme Véronique Guillotin (Rassemblement Démocratique et Social Européen – Meurthe-et-Moselle), présidente du groupe d’amitié France-Moldavie, et Mme Nadia Sollogoub (Union Centriste – Nièvre) se sont entretenues avec M. Florent Parmentier, secrétaire général du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) et chercheur-associé à HEC et à l'Institut Jacques Delors, au sujet du résultat des élections législatives et des perspectives européennes de la Moldavie.
M. Parmentier a indiqué que le Parti Action et Solidarité (PAS), créé par la présidente de la République Maia Sandu, avait assumé une stratégie de clivage clair lors de ces élections, ayant présenté le scrutin comme un choix structurant entre orientation européenne et alternatives favorables à Moscou. Selon lui, cette stratégie, qui visait à occulter le bilan économique du PAS, comportait un risque important, mais a finalement permis au parti d’obtenir la majorité au Parlement avec un résultat supérieur aux attentes (44 % des voix hors vote de la diaspora, à comparer aux 42 % obtenu par la Présidente Sandu lors de l’élection présidentielle), malgré l’ingérence russe dont la réalité a été documentée. M. Parmentier a relevé que cette ingérence ne semblait pas avoir si bien fonctionné : la Transnistrie s’était peu mobilisée et le score du maire de Chisinau, Ion Ceban, dans les quartiers russophones de la capitale, n’avait pas été si important. Les Moldaves n’ont probablement pas voulu « changer de capitaine en pleine tempête ».
Le contexte économique demeure difficile, en raison notamment des conséquences régionales de la guerre en Ukraine, qui affecte l’investissement étranger et accentue les tensions sur le marché du travail, tandis que les effets du plan de croissance européen ne devraient être perceptibles qu’à l’horizon 2026-2027. M. Parmentier a rappelé que l’accueil des réfugiés ukrainiens s’était déroulé dans des conditions globalement satisfaisantes, grâce à une mobilisation spontanée de la société moldave, et que leur intégration économique et sociale était jugée réussie.
Le choix du nouveau Premier ministre, Alexandru Munteanu, est, selon lui, intéressant. Après les nominations de Natalia Gavriliţa, technocrate, et de Dorin Recean, dont le profil était davantage orienté vers les questions de sécurité et de stabilité, il correspond aux attentes de l’opinion publique. Alexandru Munteanu, qui a une formation d’économiste, a travaillé en France et aux États-Unis. Il a présidé l’antenne moldave de l’Alliance française et fondé la chambre de commerce américaine en Moldavie. Il a travaillé vingt ans en Ukraine pour une entreprise de sécurité. Sans lui accorder un vote de confiance, l’ancien président Igor Dodon a reconnu ses compétences en tant qu’économiste.
M. Parmentier a observé une évolution du profil des députés du PAS : en 2021, ils étaient majoritairement de bons technocrates ou des personnes de la société civile ayant réussi ; en 2025, ils sont plus diversifiés, avec des sportifs ou des influenceurs. Si les compétences des ministres lui paraissent très élevées en Moldavie, il a relevé une fragilisation de l’encadrement intermédiaire des administrations.
Interrogé sur la Transnistrie, M. Florent Parmentier a indiqué que la participation électorale y avait été faible lors des élections législatives, notamment en raison de restrictions logistiques : de nombreux ponts sur le Dniestr étaient en travaux et le nombre de bureaux de vote a été moindre que pour l’élection présidentielle. Les scores du PAS ont été bien meilleurs qu’en Gagaouzie, avec 30 % des suffrages. Selon la présidence moldave, compte tenu du précédent chypriote, la question transnistrienne ne peut être un obstacle à l’adhésion à l’Union européenne. M. Parmentier a incité à réfléchir à une réintégration graduée de la Transnistrie, malgré l’appartenance à deux espaces différents, tant sur le plan monétaire que juridique, en associant des partenaires européens, par exemple en France, les douanes, la Banque de France ou encore l’Agence française de développement (AFD). Il a regretté que ces acteurs ne s’intéressent jusqu’à présent qu’à l’adhésion à l’Union européenne.
Concernant la Gagaouzie, M. Florent Parmentier a souligné qu’elle constituait le principal point faible électoral du PAS, qui n’y a recueilli que 3,9 % des suffrages aux législatives. Il a estimé qu’un déficit de communication expliquait en partie ces faibles résultats. La Présidente Maia Sandu y est perçue comme distante et autoritaire. Il a également mentionné des logiques politiques locales de valorisation de l’autonomie régionale dans le rapport de force vis-à-vis du pouvoir central.
Interrogé par Mme Véronique Guillotin, présidente, sur l’existence de partis se plaçant hors du champ international, M. Parmentier a décrit un paysage politique plus diversifié que lors de la législature précédente de 2021-2025. Aux côtés du PAS et du bloc des communistes et socialistes, il a cité les formations liées à Ion Ceban, maire de Chișinău, et au populiste Renato Usatîi, qu’il n’est pas toujours facile de situer sur l’échiquier géopolitique. Le député Vasile Costiuc, président du parti Democrația Acasă, proche du député roumain d’extrême droite George Simion, a lui une position pro-roumaine assumée. Le Parlement moldave se compose désormais pour moitié d’élus pro-européens, le reste se répartissant à égalité entre députés se qualifiant de « patriotes » et d’autres ne se positionnant pas sur le plan géopolitique.
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