Réuni le jeudi 30 avril 2026, sous la présidence de M. Daniel SALMON (Écologiste - Solidarité et territoires – Ille-et-Vilaine), président, le groupe d’amitié France – Népal s’est entretenu par visioconférence avec Mme Virginie CORTEVAL, Ambassadrice de France au Népal.

Mme Virginie CORTEVAL a indiqué que le résultat des élections législatives organisées le 5 mars dernier, après la dissolution de la Chambre des Représentants consécutive aux importantes manifestations puis aux émeutes de septembre 2025, avait surpris par l’ampleur de la victoire du Parti national indépendant (RSP) qui, avec 182 sièges, se trouve à deux sièges de la majorité absolue, et, en conséquence, par la déconfiture des partis politiques traditionnels. Ces élections ont créé une donne politique totalement nouvelle.

L’Ambassadrice a fait observer que certains membres du nouveau gouvernement népalais, dirigé par l’ancien maire de Katmandou, Balendra SHAH, dit Balen, étaient déjà connus de la communauté internationale, par exemple le ministre des finances, qui avait précédemment travaillé pour le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et la Banque mondiale (BM) ; d’autres ministres, généralement jeunes et issus de la société civile, n’étaient pas encore connus. Bien que fortement soutenues par l’opinion publique, ces personnalités nouvelles ne sont pas nécessairement aguerries à la gestion d’un pays. De surcroît, les attentes de la population sont immenses en matière de lutte contre la corruption, d’assainissement de la conduite des affaires publiques, de croissance et d’emploi, qui constituent autant d’objectifs du gouvernement.

Mme Virginie CORTEVAL a estimé que l’arrivée aux responsabilités de ces nouveaux dirigeants intervenait cependant dans un contexte dégradé, marqué par le coût de la reconstruction après les dégâts importants causés par les émeutes, la détérioration de l’image du pays, avec des conséquences immédiates sur la fréquentation touristique, et l’attentisme des investisseurs. En outre, la crise en cours au Moyen-Orient déstabilise l’économie népalaise. En effet, la très importante diaspora dans les États du Golfe – sans doute plus de 2 millions de Népalais – pourrait être tentée, au moins en partie, de rentrer au pays, ce qui aurait des conséquences mécaniques non seulement sur le montant des transferts financiers vers les familles, qui représentent environ un quart du PIB népalais, mais aussi sur le chômage. De plus, le tourisme est également affecté, de nombreux vols vers le Népal passant par le Golfe. Dans ce contexte, les perspectives de croissance, déjà faibles pour un pays parmi les moins avancés comme le Népal, sont revues à la baisse : la Banque mondiale a réévalué le taux de croissance népalais de 2,6 % à 2,3 % et craint une hausse de l’inflation ; en outre, le pays est totalement dépendant de l’Inde pour sa fourniture énergétique.

L’Ambassadrice a indiqué que le Premier ministre était intervenu très rapidement pour favoriser les investissements, par des mesures de simplification réglementaire et de lutte contre la corruption, y compris de nombreuses arrestations d’hommes d’affaires ou de fonctionnaires compromis. Si l’opposition dénonce une « chasse aux sorcières », les Népalais accueillent favorablement ces premières décisions. Le Premier ministre tient d’ailleurs à parler peu, mais à agir ; il délègue utilement à ses ministres et, contrairement à ses prédécesseurs, a reçu collectivement, et non individuellement, les ambassadeurs occidentaux.

Mme Virginie CORTEVAL s’est réjouie de ce que les relations bilatérales restaient très bonnes et amicales. La diplomatie économique et la promotion des investissements figurant parmi les priorités des nouvelles autorités, les échanges franco-népalais devraient se renforcer. Au niveau parlementaire, la présidente de la commission des affaires étrangères de la Chambre des Représentants a reconnu la nécessité de reconstituer le groupe d’amitié avec le parlement français, mais cela prendrait un peu de temps, probablement après la session budgétaire qui va s’ouvrir prochainement.

En réponse à des questions de M. Daniel SALMON, président, l’Ambassadrice a indiqué qu’elle avait rappelé au ministre des finances l’intérêt des entreprises françaises à investir dans le pays, mais qu’elles avaient été échaudées dans le passé par les normes administratives. Les nombreuses entreprises françaises installées en Inde pourraient toutefois investir au Népal ; l’Ambassadrice va d’ailleurs prochainement accueillir une délégation du service économique régional sis à New Dehli pour discuter des nombreuses opportunités dans le pays.

Répondant à M. Daniel SALMON, président, Mme Virginie CORTEVAL a fait observer que l’idéologie, traditionnellement très présente dans la vie politique népalaise, avait quasiment disparu lors de la récente campagne électorale. Il convient toutefois de rester vigilant sur des dérives dans le style de gouvernance, le gouvernement pouvant parfois être tenté par l’autoritarisme, par exemple en faisant raser des quartiers délabrés de la capitale au bulldozer ou en abusant des ordonnances pour gagner du temps, alors que le Premier ministre dispose d’une large majorité parlementaire.

L’Ambassadrice a répondu à M. Daniel SALMON, président, que la commission d’enquête mise en place sur les événements de septembre 2025 avait terminé ses investigations, conduites lorsque le gouvernement intérimaire était aux affaires, mais qu’elle n’avait pas encore publié ses conclusions, qui sont pourtant très attendues par la population qui souhaite que les responsabilités soient établies, et des sanctions prononcées. Le risque de frustration est réel.

En réponse à des questions de M. Daniel SALMON, président, Mme Virginie CORTEVAL a indiqué que le gouvernement cherchait à rendre les services publics plus efficaces et avait édicté des consignes en matière de gouvernance et de comportement des fonctionnaires. Toutefois, l’administration, restée proche des partis politiques traditionnels, oppose des résistances. En revanche, la numérisation des services publics devrait connaître de réels progrès, le Népal disposant d’ingénieurs et de techniciens informatiques très bien formés. Un ministre a déjà été limogé pour avoir voulu favoriser son épouse dans une procédure de nomination, et le ministre de l’intérieur, en position de possible conflit d’intérêt, a démissionné. Le Premier ministre a clairement la volonté de montrer qu’il agit.

Répondant à M. Daniel SALMON, président, l’Ambassadrice a rappelé que certains ressortissants népalais avaient été recrutés selon une procédure trompeuse pour être envoyés sur le front ukrainien. En matière diplomatique, le nouveau gouvernement s’inscrit dans la continuité du discours officiel népalais favorable au multilatéralisme et au multi-alignement. Il cherche en revanche à rééquilibrer sa relation avec Pékin et New Dehli, les précédentes autorités ayant eu tendance à privilégier la première. Le Népal entend désormais se présenter comme un pont entre ses deux puissants voisins, qu’il veut tenir à équidistance. La priorité étant donnée au Népal et aux Népalais, le pays cherche à éviter que la Chine et l’Inde, mais aussi les États-Unis n’exercent sur lui une pression excessive.

Enfin, l’Ambassadrice a déploré que la pollution de l’air atteignait des niveaux inégalés à Katmandou. Le pays souffre particulièrement du changement climatique, et les besoins en investissements dans l’électrification restent considérables, en dépit des importantes potentialités hydroélectriques du pays.

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