Le 11 février 2026, sous la présidence de M. Dominique de Legge (Les Républicains – Ille-et-Vilaine), président, le groupe d’amitié France-Saint-Siège s’est entretenu avec Mme Alix Montagne, présidente, et M. Benoît de Blanpré, directeur national de l’Aide à l’Église en détresse France.

Étaient également présents : Mme Valérie Boyer (Les Républicains – Bouches-du-Rhône), M. Pierre Cuypers (Les Républicains – Seine-et-Marne), Mme Catherine Dumas (Les Républicains – Paris), M. Alain Houpert (Les Républicains – Côte-d’Or), Mme Gisèle Jourda (Socialiste, Écologiste et Républicain – Aude), M. Daniel Laurent (Les Républicains – Charente-Maritime), M. Franck Menonville (Union Centriste – Meuse) et Mme Marie Mercier (Les Républicains – Saône-et-Loire).

Mme Alix Montagne a tout d’abord rappelé brièvement l’histoire de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), dont la mission a commencé en 1947 à l’initiative du P. Werenfried, chanoine Prémontré de l’abbaye flamande de Tongerlo, qui est venu en aide aux populations allemandes déplacées et réfugiées aux Pays-Bas et en Belgique. L’action s’est ensuite développée au-delà du Rideau de fer puis étendue aux différents continents, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Aujourd’hui, l’AED est une fondation de droit pontifical d’ampleur internationale. Elle est présidée par le cardinal Kurt Koch et son siège est en Allemagne à Königstein. La branche française est juridiquement une association loi 1901 comptant une vingtaine de salariés.

M. Benoît de Blanpré a ensuite présenté les missions de l’AED, qui s’articulent autour de trois piliers complémentaires : informer, prier et agir.

La mission d’information occupe une place importante. Elle est notamment mise en œuvre par la publication tous les deux ans depuis 25 ans du Rapport sur l’état de la liberté religieuse dans le monde. L’édition 2025 du rapport indique que plus de cinq milliards de personnes vivent dans soixante-deux pays où la liberté religieuse fait l’objet de violations graves ou de restrictions substantielles. Dans vingt-quatre de ces pays, les croyants subissent des situations de persécution caractérisée, tandis que dans trente-huit autres pays ils sont soumis à des discriminations, notamment à travers des obstacles juridiques, administratifs ou sociaux. Au Pakistan, par exemple, les chrétiens sont fréquemment exposés à des discriminations structurelles et à une insécurité juridique, qui les placent dans une situation de grande vulnérabilité. Ils sont véritablement considérés comme des citoyens de seconde zone.

Il existe trois principales menaces à l’encontre de la liberté religieuse : 

•    L'autoritarisme étatique, qui est désormais le principal moteur de la répression religieuse et qu’on retrouve sur les cinq continents. Dans 52 pays où la liberté religieuse est interdite ou menacée, les gouvernements appliquent des stratégies systématiques pour contrôler ou réduire au silence la vie religieuse.

Quelques exemples : la Chine, où les intenses campagnes de sinisation soumettent les musulmans ouïghours et les communautés chrétiennes à l’obéissance à l’idéologie. De nouvelles réglementations datant de 2024 imposent que tous les lieux de culte s’alignent explicitement sur les valeurs du Parti, tandis que les communautés tibétaines et musulmanes subissent le changement de nom obligatoire de leurs villages, des arrestations et la destruction de lieux de culte. D’autres lois sont particulièrement préoccupantes comme celle d’interdire aux mineurs de participer à des offices religieux ou de recevoir des cours d’instruction religieuse.

La Corée du Nord maintient une interdiction absolue de l’expression religieuse. Le pays n’hésite pas, comme la Chine, à utiliser l’IA pour traquer plus facilement des minorités religieuses. 
Une autre partie du monde apparaît particulièrement préoccupante, il s’agit de l’Amérique latine. Dans cette région, nous notons une tendance autoritaire de certains gouvernements limitant les libertés civiles et religieuses comme au Nicaragua ou encore au Venezuela. Les Eglises sont soumises à une forte pression des gouvernements, qui cherchent à politiser l’Eglise ou si elle le refuse, la critique ou la persécute comme on l’a vu au Nicaragua qui a expulsé des dizaines de prêtres et d’évêques les traitant de putschistes.

•    La deuxième menace majeure est l'extrémisme religieux, et notoirement l’islamisme, qui continue de se propager. Dans 15 pays, l’extrémisme religieux est l’un des principaux moteurs de persécution. Dans 10 autres, il contribue à la discrimination.
En Afrique, les groupes terroristes étendent leur contrôle et notamment au Sahel, profitant de la faiblesse des gouvernements, de la pauvreté, de la corruption, ou de vives critiques à l’encontre de l’Occident. 
Au Moyen-Orient, les organisations islamistes n’ont pas disparu et se sont adaptées aux situations locales. Le djihadisme s’est adapté et continue de se déployer dans la violence.

•    La troisième grande menace est le nationalisme ethnoreligieux, à l'origine de la répression des minorités dans certaines parties de l'Asie. Ce nationalisme affirme que pour être citoyen de plein droit, il faut être d’une ethnie et d’une religion. 

En Inde, les politiques nationalistes hindoues du parti BJP ont progressivement érodé les protections constitutionnelles. Les communautés chrétiennes et musulmanes sont de plus en plus victimes d'agression et d'exclusion. 
Les récents discours anti-conversion au Népal ont également conduit au harcèlement de pasteurs et à des arrestations pour évangélisation.
En Birmanie, les minorités ethniques et religieuses sont soumises à une répression systématique et souvent accusées de séparatisme. 
Au Pakistan, des accusations de blasphème – fréquemment dirigées contre des non-musulmans – ont conduit à des violences de foule et à des poursuites judiciaires.
D’une manière générale, le discours dominant est instrumentalisé pour consolider le pouvoir fondé sur la religion majoritaire, tandis que le système juridique et administratif renforce le statut de seconde classe des minorités.

Par ailleurs, l’AED fait quatre constatations :

1.    Ces persécutions sont une des causes majeures des déplacements de population et donc de déstabilisation à l’intérieur des pays ou à l’international.
2.    L’Intelligence Artificielle est devenue un outil décuplant les capacités de surveillance. C’est le cas en Chine comme dans quelques autres pays où des caméras de vidéosurveillance couplées à l’IA permettent de suivre en temps réel le comportement de l’ensemble de la population ; dans ce cadre, les groupes religieux sont notoirement surveillés.
3.    Les femmes et les jeunes filles sont les premières victimes, tout particulièrement dans les emplois domestiques.
4.    De manière plus positive, M. Benoît de Blanpré a salué le courage et l’exceptionnel travail de nombreuses congrégations qui, dans la détresse, témoignent de leur foi et restent dévouées aux œuvres de charité au service de tous ceux qui les entourent, quelle que soit leur confession religieuse. Dans ces pays, l’Église est souvent florissante. Aujourd’hui, un tiers des séminaristes sont africains alors que ce continent ne rassemble que 20 % des catholiques dans le monde.

Le premier soutien à l’égard des chrétiens en détresse est donc de faire connaître leur situation et de ne pas les oublier. C’est par exemple ce que fait l’AED en organisant chaque année la « Red week » , période pendant laquelle des bâtiments publics sont éclairés en rouge la nuit à Paris, en province et à l’étranger, pour rendre visible la souffrance souvent ignorée des chrétiens dans le monde.
Répondant à Mme Catherine Dumas et M. Pierre Cuypers, M. Benoît de Blanpré a confirmé que le retrait de la France d’Afrique était un élément contribuant à permettre au djihadisme de prospérer dans des États faillis. La première action pour essayer de le contrer est d’en parler, le silence serait une complicité coupable.

Mme Alix Montagne a, pour sa part, rappelé que l’AED n’était pas un mouvement politique mais avait pour but de venir en aide à « l’Église qui fait du bien », à soutenir l’Église locale. Interrogée par Mme Marie Mercier, elle a précisé que Léon XIV y porte une attention particulière comme il l’a rappelé lors de sa rencontre avec l’AED le 10 octobre dernier.

MM. Alain Houpert et Daniel Laurent ayant soulevé la question de l’euphémisation de la persécution dans les pays occidentaux, en prenant l’exemple des atteintes au patrimoine religieux, M. Benoît de Blanpré a indiqué qu’il fallait en effet rester vigilant car la liberté religieuse ne disparaît pas d’un coup mais est « grignotée » petit à petit.

M. Franck Menonville s’étant interrogé sur la méthode du Président Donald Trump et ses menaces contre le Nigéria, Alix Montagne a rappelé que, par-delà le jeu des puissances, l’AED était une œuvre pastorale de soutien à l’action de l’Église au cœur du monde par la prière et la charité. « Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien » selon l’adage. Face aux risques de persécutions, tout est fait au service et à la demande de l’Église locale dans les 140 pays, où l’AED est présente, qu’il s’agisse d’aides d’urgence ou de subsistance, de formation, d’achat de véhicules ou de constructions immobilières.

De gauche à droite : Mme Valérie Boyer, MM. Alain Houpert, Dominique de Legge, Mmes Gisèle Jourda, Alix Montagne, MM. Benoît de Blanpré, Pierre Cuypers, Mme Catherine Dumas et M. Franck Menonville