Présents :

Le 8 avril 2026, sous la présidence de M. Dominique de Legge (Les Républicains – Ille-et-Vilaine), président, le groupe d’amitié France-Saint-Siège s’est entretenu avec Mgr Thibault Verny, président de la commission pontificale pour la protection des mineurs.

Étaient également présents Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin (Loire-Atlantique – Les Indépendants), M. Pierre Cuypers (Les Républicains – Seine-et-Marne), M. Loïc Hervé (Haute-Savoie – Union Centriste), Mme Marie-Claude Lermytte (Nord – Les Indépendants), Mme Pauline Martin (Loiret – Les Républicains), M. Franck Menonville (Union Centriste – Meuse), Mme Marie Mercier (Les Républicains – Saône-et-Loire) et Mme Patricia Schillinger (Haut-Rhin – RDPI).

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M. Dominique de Legge, président, a tout d’abord rappelé que Mgr Verny, actuellement archevêque de Chambéry, avait été prêtre à Paris puis évêque auxiliaire et vicaire général de ce diocèse à partir de 2016. Il est impliqué dans la protection des mineurs depuis plusieurs années puisqu’il a été président du conseil de prévention et de lutte contre la pédophilie au sein de la Conférence des évêques de France (CEF) et membre de la commission pontificale depuis 2022 dont le pape Léon XIV lui a confié la présidence le 5 juillet dernier à la suite du cardinal O’Malley, mondialement connu pour son investissement sur ce sujet. M. de Legge, président, a ensuite évoqué la dernière réunion de groupe sur ce thème en octobre 2021 où M. Jean-Marc Sauvé avait présenté le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE), qui a été un choc pour l’Église comme pour la société par le nombre d’agressions estimé, leur caractère « systémique » et la mise au jour des défaillances dans le traitement des faits tant vis-à-vis des victimes que des agresseurs. Il a donc demandé à Mgr Verny de présenter d’une part le rôle et le fonctionnement de l’instance qu’il préside et de faire un point d’étape sur la situation en France.

Mgr Thibault Verny est revenu sur son parcours puisque dès 2016 il a été chargé de structurer l’accueil et l’écoute des victimes à Paris et a conclu un premier protocole d’accord entre le diocèse et le parquet pour échanger sur les signalements, protocole qui depuis a servi de modèle à de nombreux autres à travers la France.

Cette période correspond à celle où la parole des victimes s’est libérée. Cela explique qu’en 2014, le pape François a décidé la création d’une instance vaticane spécialisée qu’il a confiée au cardinal O’Malley qui avait accompagné le diocèse de Boston aux Etats-Unis suite au scandale des abus. En 2019, le Pape a organisé une réunion des conférences épiscopales du monde sur ce sujet. D’abord très américaine, la commission pontificale pour la protection des mineurs a progressivement trouvé sa place au sein de la Curie. Elle repose désormais sur une quarantaine de personnes, moitié de membres bénévoles, moitié de personnels permanents. Si elle est présidée et dotée d’un directeur général, tous deux évêques, elle est essentiellement animée par des laïcs de tous les continents, médecins, psychologues, juristes ou magistrats. Rattachée au dicastère pour la doctrine de la foi mais rendant compte directement au pape, elle publie désormais un rapport annuel faisant le point sur une vingtaine pays et ordres religieux ainsi que sur la situation de chaque continent. Le choix se fait en fonction des visites ad limina à Rome des conférences épiscopales. Le passage par la commission est une étape marquante pour les évêques du monde entier. L’objectif est de développer l’écoute et la compréhension des victimes en s’appuyant sur des travaux de référence comme ceux de l’UNICEF, de définir un référentiel de prévention et de venir en appui des pays moins bien dotés pour faire face à ces phénomènes.

La pape Léon XIV assure un soutien marqué à la commission et reçoit ponctuellement des collectifs de victimes. 

Répondant à MM. Dominique de Legge, président, et Pierre Cuypers, Mgr Verny a rappelé que la société toute entière n’avait pris qu’assez récemment la mesure du traumatisme des victimes et de la nécessité de sortir du secret. Il est évident que ce travail ne peut se réaliser qu’au rythme des cultures et des sociétés, la honte étant encore bien trop souvent perçue comme pire que la mort ! Cela se fait aussi en fonction de l’histoire des pays. Par exemple, dans les pays anciennement communistes, les sujets de mœurs étaient souvent instrumentalisés par la police politique, d’où des difficultés particulières aujourd’hui. En France, les protocoles avec les parquets ont vraiment changé les choses. On est sorti du traitement interne et à présent, les instructions canoniques et judiciaires s’articulent et se complètent.

La prise de conscience collective reste au cœur de la protection des enfants. C’est une « bombe » pour la société, comme le montre le rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles (CIVISE), qui a amplifié le constat de la CIASE. La démarche de l’Église de France, malgré ses limites, est donc exemplaire. Par ailleurs, pour protéger l’enfant, il faut protéger la mère. Il est important de lutter contre les violences conjugales. La religion a un rôle à jouer pour servir la société dans laquelle elle est insérée. Il y a encore deux autres tabous à lever : l’agression des mineurs par d’autres mineurs (constatée dans 40 % des cas) et l’accompagnement des auteurs pour éviter la récidive.

Puis, sur la sollicitation de Mme Pauline Martin et de M. Pierre Cuypers, Mgr Verny a appelé de ses vœux des relations plus structurées avec les élus locaux sur ces sujets, comme par exemple pour adopter des standards pour tous les locaux recevant des mineurs.

Il a aussi évoqué de nouveaux sujets d’inquiétude : le tabou de l’inceste dans les familles recomposées, la pédopornographie, la cyber-pédocriminalité, la génération de matériel pédopornographique par IA et plus généralement la très grande vulnérabilité des enfants à la violence sexuelle en ligne.

Mme Marie Mercier a fait part de sa grande préoccupation quant au développement du proxénétisme en ligne. Elle a insisté sur la nécessaire combinaison des soins chimiques (camisole chimique) et des soins psychiatriques pour lutter contre les passages à l’acte et les pulsions, mais aussi pour essayer de traiter les failles psychiques, beaucoup d’agresseurs ayant eux-mêmes été agressés par le passé. L’éducation est également fondamentale dès le plus jeune âge.

À cet égard, Mgr Verny a rappelé que les Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) sont très précieux. Il a attiré l’attention sur l’action du Conseil de l’Europe, qui propose des outils pédagogiques, notamment une vidéo sur la dignité du corps dès 2-3 ans. L’éducation à dire « non » est fondamentale. Pour aider efficacement, il faut à la fois de la proximité et du professionnalisme. 

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•    M. Matthieu MEISSONNIER
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