Question de M. MAUREY Hervé (Eure - UC) publiée le 28/05/2026
M. Hervé Maurey attire l'attention de M. le ministre de l'éducation nationale sur la pratique des jeux vidéo en compétition en milieu scolaire prévue par la stratégie nationale « Esport 2026-2030 ».
Les contenus de cette stratégie validée par le Premier ministre le 8 avril 2026 ont été diffusés par la presse.
Il apparaît que cette stratégie vise à intégrer l'esport dans les parcours éducatifs et scolaires pour contribuer au développement économique de la filière des jeux vidéo.
Or, l'Organisation mondiale de la santé classe, depuis le 1er janvier 2022, le « gaming disorder » (le trouble lié à la dépendance aux jeux vidéo) comme une maladie dans sa classification CIM-11. Une enquête du programme d'étude sur les liens et l'impact des écrans sur l'adolescent scolarisé (PELLEAS) de 2013 avait montré que 12,5 % des adolescents seraient concernés par ce trouble. Étant donné l'importante diffusion des outils numériques au cours ces 13 dernières années, en particulier chez les jeunes, il est probable que cette proportion ait même augmenté.
De surcroît, le rapport de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans remis au Président de la République le 30 avril 2024 a souligné que la forte exposition des enfants aux écrans entraîne des troubles du sommeil, incite aux comportements sédentaires et favorise le développement de la myopie.
À ce titre, selon la cellule d'investigation de Radio France, la direction générale de la santé (DGS) et la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) se sont opposées à plusieurs mesures prévues par la stratégie nationale « Esport 2026-2030 ». Leurs précautions n'auraient pas été retenues.
Il souhaite donc connaître les modalités prévues d'intégration des jeux vidéo dans le milieu scolaire et les raisons pour lesquelles les précautions proposées par la DGS et la MILDECA n'ont pas été retenus. Il souhaite, par ailleurs, connaître les mesures que compte prendre le Gouvernement pour que la stratégie « Esport 2026-2030 » ne nuise pas à la santé ni au cadre d'apprentissage des élèves.
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Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 22/10/2026
Le volet éducatif de la stratégie nationale Esport vise à outiller l'École face à une pratique que plus de 90 % des jeunes de 10-17 ans exercent déjà, en dehors de tout cadre éducatif structuré. Il ne s'agit en aucun cas de promouvoir la pratique du jeu vidéo en milieu scolaire, mais au contraire d'y instaurer des temps de sensibilisation, de formation et d'information qui n'existent pas aujourd'hui. Les déterminants de santé, la régulation de l'exposition aux écrans et le développement de l'esprit critique constituent les objets d'apprentissage centraux de ces dispositifs, en pleine cohérence avec les politiques publiques de prévention. Les préoccupations soulevées - notamment le référencement du gaming disorder dans la classification internationale des maladies - 11e révision (CIM-11), les données du programme d'étude sur les liens et l'impact des écrans sur l'adolescent scolarisé (PELLEAS) ou les recommandations du rapport d'experts remis au Président de la République en avril 2024 - sont pleinement prises en compte dans la conception même des dispositifs. Ces expérimentations s'inscrivent strictement dans le cadre prévu par le code de l'éducation (articles D. 314-1 à D. 314-4) : hors temps de cours, sur la base du volontariat, dans un nombre très limité d'établissements secondaires, et adossées à un suivi scientifique rigoureux. Le temps d'écran y est collectif, encadré et limité, et s'accompagne d'une éducation explicite aux risques sanitaires, aux mécanismes d'usage problématique et aux modèles économiques de rétention propres à certains jeux. Les premières observations scientifiques indiquent que les élèves ayant suivi ces ateliers jouent moins fréquemment et moins longtemps, et présentent des progrès mesurables de leurs compétences psychosociales. Sur la gouvernance, la direction générale de la santé et la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives sont pleinement associées à la consolidation en cours du cadre interministériel, dans une logique renforcée de prévention et de protection des élèves. Le ministère de l'éducation nationale n'envisage ni d'encourager la pratique compétitive de l'esport, ni de généraliser les dispositifs expérimentaux actuels. L'évaluation de ces derniers associera les autorités sanitaires compétentes. Enfin, la réduction de l'exposition des jeunes aux écrans passe par le déploiement de l'interdiction du portable au lycée depuis la rentrée scolaire 2026-2027. L'absence de téléphone durant la scolarité complète vise à garantir des conditions propices aux apprentissages et rétablir le lien social entre les élèves. L'École joue ainsi un rôle essentiel : elle éduque les élèves à un usage raisonné des outils numériques et contribue activement à la construction de leur citoyenneté numérique.
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