Question de M. LAOUEDJ Ahmed (Seine-Saint-Denis - RDSE) publiée le 15/10/2026

Question posée en séance publique le 14/10/2026

M. le président. La parole est à M. Ahmed Laouedj, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE.)

M. Ahmed Laouedj. Je souhaite tout d'abord saluer les élèves du lycée Jean-Zay d'Aulnay-sous-Bois et du lycée Liberté de Romainville, présents dans les tribunes et qui vous écoutent.

Monsieur le ministre, la mobilisation qui secoue nos lycées n'est pas un simple mouvement de contestation : elle révèle une fracture profonde entre les engagements de la République et la réalité vécue par notre jeunesse.

Je condamne fermement les violences et les dégradations, mais je refuse qu'elles servent à étouffer les revendications légitimes des lycéens. Je dénonce tout autant l'usage disproportionné de la force contre ces jeunes mobilisés. La violence ne saurait être la réponse de l'État à une jeunesse qui réclame simplement des enseignants présents, des cours assurés, des établissements dignes, des rythmes scolaires supportables et une orientation qui ne soit plus un parcours d'obstacles.

Comment parler d'égalité des chances lorsque le lieu où l'on grandit détermine encore les conditions dans lesquelles on apprend ? Ces difficultés, monsieur le ministre, vous les connaissez. Dès le mois de juin, mon collègue Raphaël Daubet avait demandé, sur le fondement de l'article 57 de la loi organique du 1er août 2001 relative aux lois de finances (Lolf), des précisions sur l'exécution de la répartition territoriale des postes d'enseignement pour 2026. Les alertes étaient là. Pourquoi a-t-il fallu attendre la mobilisation des lycéens pour que l'urgence soit entendue ?

Notre histoire devrait pourtant nous instruire. De mai 68 à la mobilisation contre le contrat première embauche (CPE) en 2006, en passant par le mouvement lycéen de 1986, elle nous rappelle une évidence : lorsque la jeunesse se soulève, ce n'est jamais un signal que la République peut ignorer.

Monsieur le ministre, il faut cesser de demander à la jeunesse de croire en l'avenir quand l'État ne lui donne même pas les moyens de préparer le sien. Quelles mesures concrètes, immédiates et durables le Gouvernement compte-t-il prendre pour garantir des moyens humains et matériels à la hauteur des besoins, des emplois du temps et des rythmes scolaires respectueux de l'équilibre des élèves, ainsi qu'une réforme de Parcoursup assurant une orientation plus juste, plus transparente et moins anxiogène, afin d'offrir à notre jeunesse des conditions d'apprentissage et des perspectives d'avenir dignes de notre République ? (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE, ainsi que sur des travées des groupes SER et GEST.)


Réponse du Ministère de l'éducation nationale publiée le 15/10/2026

Réponse apportée en séance publique le 14/10/2026

M. le président. La parole est à M. le ministre de l'éducation nationale.

M. Edouard Geffray, ministre de l'éducation nationale. Monsieur le sénateur, chacun pourra reconnaître que, depuis le tout début du mouvement, à un moment où personne ne s'y intéressait, j'ai toujours considéré que les revendications des lycéens devaient être écoutées et entendues. Le Gouvernement a toujours été sur cette ligne.

Je vous remercie d'avoir distingué les actes de violence inqualifiables, sur lesquels nous aurons peut-être l'occasion de revenir tout à l'heure lors de mon audition et qui ont perverti le mouvement, des revendications de fond qui, elles, méritent d'être entendues et discutées.

Sur ce que vous pointez en particulier, c'est-à-dire les distorsions territoriales, il ne faut ni faire preuve de naïveté ni déformer la réalité. La naïveté consisterait à dire que tout va bien et que, en réalité, nous avons fait le travail. Il se trouve que moi-même, lorsque j'ai pris mes fonctions, j'ai commencé par déclarer que la situation était préoccupante. On me l'a même reproché. En sens inverse, il ne faut pas non plus laisser penser que c'est parce qu'il y a un mouvement lycéen que le Gouvernement agit.

En Seine-Saint-Denis, les efforts accomplis au cours des huit dernières années ont conduit à ce que le nombre moyen d'élèves par classe, au collège ou au lycée, diminue de deux unités. En Seine-Saint-Denis, comme dans la région parisienne, la mise en place de Parcoursup a permis qu'il n'y ait jamais eu autant d'élèves de banlieue qui fassent leurs études à Paris.

M. Rachid Temal. De « banlieue » ?

M. Edouard Geffray, ministre. Oui, de banlieue, j'assume le terme, j'en viens. Nous pouvons en parler quand vous le souhaitez, monsieur le sénateur. Les personnes qui donnent des leçons sur les banlieues sans y être nées, sans y avoir vécu, cela m'a toujours fait beaucoup sourire. (Applaudissements sur les travées des groupes UCI et RDSE. - M. Martin Lévrier applaudit également.) Pour ma part, j'en viens et je sais de quoi je parle !

M. Rachid Temal. Quel mépris...

M. Edouard Geffray, ministre. Pour en revenir à mon propos, il n'y a jamais eu autant de lycéens qui ont pu faire leurs études à Paris. Est-ce qu'avec cela, tout va bien ? La réponse est évidemment non. Que faut-il faire ? D'abord, garantir les remplacements. Pour ce faire, il faut garantir aussi l'attractivité de ces établissements, ce qui constitue un vrai sujet, y compris en termes financiers. Répondre, c'est ce que nous allons faire avec Philippe Baptiste dans les jours qui viennent.

M. le président. Il faut conclure.

M. Edouard Geffray, ministre. En ce qui concerne Parcoursup, nous essaierons de casser cette idée selon laquelle il y aurait une espèce d'algorithme caché qui trierait les jeunes en fonction de leur origine sociale. (Applaudissements sur des travées du groupe RDPI.)

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