Question de Mme RICHARDOT Pernelle (Bas-Rhin - SER) publiée le 22/10/2026
Question posée en séance publique le 21/10/2026
M. le président. La parole est à Mme Pernelle Richardot, pour le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)
Mme Pernelle Richardot. Monsieur le ministre, il y aura désormais un avant et un après 17 octobre : qui savait écouter la rue savait que la mobilisation serait forte. Vos services attendaient 200 000 manifestants ; ils furent trois fois plus nombreux. À Strasbourg, ils devaient être 1 500 ; ils furent en fait 15 000, dix fois plus.
La présence de casseurs a aussi été sous-estimée, comme le rôle des réseaux sociaux, vecteurs pourtant connus de mobilisation. Vous n'avez pas entendu les alertes à ces sujets.
Ce défaut d'anticipation, de compréhension de ce qui se passait, ce sont d'abord les élus locaux qui l'ont payé cash. Ils étaient seuls face aux casseurs, seuls pour répondre aux colères légitimes des commerçants et des citoyens. Ils sont toujours seuls pour tenter de réparer.
De Marseille à Limoges, de Lille à Montpellier, de Bordeaux à Strasbourg, les maires vous avaient pourtant alerté. Vous ne les avez pas entendus ; c'est une habitude.
Il y a eu le 17 octobre ; il y aura le 24, monsieur le ministre, et les interrogations demeurent : comment les élus de la République ont-ils pu se retrouver à ce point démunis d'informations et de moyens face à des groupuscules venus casser et s'attaquer aux symboles républicains ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour que les maires ne soient plus contraints de pallier les défaillances de l'État ? (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe CRCE-K.)
Réponse du Ministère de l'intérieur publiée le 22/10/2026
Réponse apportée en séance publique le 21/10/2026
M. le président. La parole est à M. le ministre de l'intérieur.
M. Laurent Nunez, ministre de l'intérieur. Madame la sénatrice, je le répète très calmement : en effet, les services de renseignement avaient prévu une participation de 200 000 personnes au maximum, alors qu'il y a eu 550 000 manifestants.
Le dispositif est calibré pour un certain volume, mais la véritable différence n'est pas là : elle tient à l'agressivité et à la volonté d'en découdre de ceux qui viennent à une manifestation. Un service d'ordre est prévu pour un certain volume ; s'il y a plus de monde, mais qu'il n'y a pas d'incidents, la manifestation est gérée de la même manière. (Mme Audrey Linkenheld et M. Hussein Bourgi protestent.) Vous pouvez protester, madame la sénatrice, monsieur le sénateur, mais je vous raconte un peu l'histoire de ma vie professionnelle : ce sont des choses réelles.
En revanche, lorsque les casseurs sont en nombre bien plus important que ce que nous avions imaginé,...
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Ce n'est pas ce que vous aviez déclaré !
M. Laurent Nunez, ministre. ... notamment dans certaines villes, et que leur stratégie a été d'éclater les services de police, c'est-à-dire de les contraindre à se déployer à de nombreux endroits, de les prendre à partie de manière extrêmement violente, avec des jets de projectiles, des tirs de mortiers, et même des tentatives de meurtre, c'est évidemment plus compliqué.
Mme Marie-Pierre de La Gontrie. Vous avez dit l'inverse !
M. Laurent Nunez, ministre. Je le répète très calmement. Nous ferons tout pour que, samedi prochain, notre réponse soit rehaussée.
Madame la sénatrice, je ne crois pas que, dans les territoires, les préfets de la République, les responsables des circonscriptions de police ou les commandants de groupement de gendarmerie aient négligé les maires.
M. Hervé Gillé. C'est ce qu'ils ont déclaré !
M. Laurent Nunez, ministre. Je ne crois pas qu'ils n'aient pas discuté avec leurs maires de ces sujets. Nous avons été en contact avec eux tout au long de la journée de samedi dernier, le dialogue était permanent - il avait même eu lieu quelques jours auparavant.
M. Hussein Bourgi. Ils étaient complètement dépassés !
M. Laurent Nunez, ministre. Madame la sénatrice, je n'ai pas connaissance d'une seule commune où un maire ait averti un préfet que des hordes de pilleurs arriveraient. Au bout d'un moment, cela suffit ! (M. Martin Lévrier applaudit. - Protestations sur les travées du groupe SER.)
M. Hussein Bourgi. C'est le rôle des renseignements territoriaux, qui sont sous vos ordres !
M. le président. La parole est à Mme Pernelle Richardot, pour la réplique.
Mme Pernelle Richardot. Monsieur le ministre, quand l'État se montre incapable de protéger, quand l'État officialise son impuissance, comme vous le faites depuis le début de ces questions au Gouvernement, ce sont l'extrême droite et les populistes qui gagnent.
Continuez ainsi, mesdames, messieurs les ministres, et vous resterez leurs meilleurs directeurs de campagne. (Applaudissements sur les travées du groupe SER. - Mme Elsa Schalck applaudit également.)
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