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Séance du 3 octobre 2018 (compte rendu intégral des débats)

Mme la présidente. Je vous prie de conclure, monsieur le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Simplifier, clarifier, moderniser : le nouveau baccalauréat vise à permettre aux élèves de vivre et d’agir pleinement dans le XXIe siècle. Il leur garantira, en outre, une ouverture sur l’Europe et le monde, grâce au développement des disciplines en langues étrangères et de la mobilité. (Applaudissements sur les travées du groupe La République En Marche, du groupe Les Indépendants – République et Territoires et du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen, ainsi que sur des travées du groupe Union Centriste et du groupe Les Républicains.)

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Mise au point au sujet de votes

Mme la présidente. La parole est à Mme Claudine Lepage.

Mme Claudine Lepage. Madame la présidente, lors du scrutin n° 1 du 2 octobre 2018, Bernard Jomier et moi-même avons été comptabilisés comme ayant voté pour, alors que mon collègue souhaitait voter contre et que, pour ma part, je désirais m’abstenir.

Mme la présidente. Acte est donné de cette mise au point, ma chère collègue. Elle sera publiée au Journal officiel et figurera dans l’analyse politique du scrutin.

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Réforme du baccalauréat

Suite d’un débat organisé à la demande de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication

Mme la présidente. Nous reprenons le débat, organisé à la demande de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, sur la réforme du baccalauréat.

Débat interactif

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question, qui sera suivie d’une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente.

Dans le cas où l’auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires, à la condition que le temps initial de deux minutes n’ait pas été dépassé.

Dans le débat interactif, la parole est à M. Pierre Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias. Madame la présidente, madame la présidente de la commission, monsieur le ministre, malgré les réformes législatives récentes, le premier cycle de l’enseignement supérieur demeure ouvert à tous les titulaires du baccalauréat, qui en constitue toujours le premier diplôme. (M. le ministre de léducation nationale acquiesce.)

Si l’on ne se contente pas du bilan désespérément comptable et lénifiant donné à propos de Parcoursup par la ministre de l’enseignement supérieur et que l’on tente une analyse qualitative, à laquelle il sera essentiel que votre ministère participe, monsieur le ministre, il faut entendre les demandes des candidats et des candidates, qui souhaitent que les résultats du baccalauréat soient mieux valorisés dans ce dispositif nouveau.

Le diplôme du baccalauréat conserve l’avantage d’être national et anonyme, c’est-à-dire de donner les mêmes droits à tous les candidats, quel que soit leur lycée d’origine et indépendamment des facilités procurées par leur milieu social.

La ministre en charge de l’enseignement supérieur semble avoir entendu cette requête, puisqu’elle a récemment déclaré étudier une réforme de Parcoursup pour rendre les dossiers plus anonymes.

Néanmoins, dans le même temps, Mme Vidal a annoncé, sans doute à l’issue d’une concertation interministérielle intense, que le calendrier de Parcoursup serait considérablement resserré, pour que les inscriptions administratives soient réalisées avant la fin du mois de juillet. Cela rend matériellement très difficile l’intégration de tous les résultats du baccalauréat, sauf à réduire drastiquement le temps d’examen des dossiers par les établissements de l’enseignement supérieur. Cette réforme du calendrier de Parcoursup est peu compatible avec votre volonté de maintenir le statut du baccalauréat, monsieur le ministre.

Au-delà de cette divergence ministérielle sur le calendrier, je veux vous interroger sur le rôle pédagogique et légal que le Gouvernement veut donner à ce diplôme pour clore le cycle des études secondaires et ouvrir celui des études supérieures. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale. Monsieur Ouzoulias, votre question est très importante. Avant de répondre à sa première partie, je commencerai par évoquer le socle sur lequel nous pouvons nous accorder.

Nous pouvons dégager un consensus en France, me semble-t-il, sur l’idée que ce nouveau baccalauréat est le véritable point de départ vers l’enseignement supérieur. C’est ainsi qu’il a été conçu, et nous le confirmons clairement dans ce rôle.

Vous le savez, la question est débattue de longue date, et nous aurions pu la trancher dans un sens différent. Or nous avons choisi de donner au baccalauréat beaucoup plus de sens, à un moment où l’on pouvait considérer que ce dernier s’était quelque peu effiloché, l’exercice étant devenu assez formel. Le taux d’échec observé dans les premiers cycles de l’enseignement supérieur pouvait être inquiétant de ce point de vue. Il s’agit donc de faire désormais du baccalauréat un véritable tremplin pour la réussite dans l’enseignement supérieur.

L’une des conséquences de ce choix, c’est que les notes obtenues au baccalauréat compteront pour la suite du parcours. C’est particulièrement vrai du contrôle continu, donc de notes attribuées très en amont des dossiers établis pour Parcoursup, mais aussi de l’évaluation des disciplines de spécialité, que nous voulons placer le plus tôt possible dans l’année scolaire, sans pour autant que ce soit trop tôt ; l’hypothèse sur laquelle nous travaillons pour 2021 est la fin des vacances de printemps, ce qui, quelles que soient les dates de ces dernières, et même si la procédure de Parcoursup s’achève à la fin du mois de juillet, laisserait un délai suffisant pour prendre en compte les notes en question.

La réforme constitue donc incontestablement une avancée, y compris au regard des critères que vous posez vous-même, monsieur le sénateur. Voilà ce que je puis vous répondre pour l’essentiel. Pour le reste, je suis évidemment en désaccord avec les propos que vous avez tenus sur Parcoursup, qui marque un indéniable progrès et dont l’on voit bien la cohérence avec la réforme du baccalauréat que je suis en train de vous présenter.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour la réplique.

M. Pierre Ouzoulias. Monsieur le ministère, sachant que vous êtes un défenseur des langues anciennes, j’ai envie de vous dire : Festina lente ! Hâtez-vous lentement… (Sourires.)

Il est tout à fait dommage que cette réforme du baccalauréat n’ait pas été engagée de façon complémentaire de celle qui a abouti à Parcoursup. L’on aborde les dossiers les uns après les autres de manière complètement éclatée, puis l’on cherche à rabouter les différents textes. Avec une telle méthode, on obtient un ensemble qui n’est absolument pas cohérent !

Nous avons besoin d’une vision globale. Je pense que, lors du lancement de Parcoursup, nous aurions pu prendre le temps d’une discussion plus approfondie sur le baccalauréat. (Applaudissements sur les travées du groupe communiste républicain citoyen et écologiste, ainsi que sur des travées du groupe socialiste et républicain.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques-Bernard Magner.

M. Jacques-Bernard Magner. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, les premiers effets de la réforme du nouveau baccalauréat de 2021 vont se faire sentir dès cette année scolaire 2018-2019. En effet, les lycéens qui sont entrés cette année en classe de seconde devront faire un choix au troisième trimestre pour leur passage en première.

La réforme du baccalauréat que vous présentez, monsieur le ministre, met en place un examen resserré autour de quatre épreuves écrites, dont le français et la philosophie, et d’un grand oral. Elle supprime les séries L – littéraire –, ES – économique et sociale – et S – scientifique – dans la voie générale. À la place, les lycéens choisiront trois matières principales, appelées « spécialités », puis deux seulement en terminale, qui feront l’objet d’épreuves écrites finales. En outre, la réforme prévoit une dizaine de spécialités, depuis « art » jusque « numérique et sciences informatiques », en passant par « langues et littératures étrangères ».

Monsieur le ministre, tous les établissements pourront-ils proposer la totalité de l’offre et les lycéens vont-ils vraiment pouvoir choisir librement les trois matières, en panachant des disciplines scientifiques avec d’autres, plus littéraires, ou bien va-t-on avoir des triplettes toutes faites et imposées ? Je crains qu’il n’y ait un important hiatus entre le discours généreux qui a mis en avant le choix des élèves et la réalité contrainte que l’on commencera à connaître au début de l’année 2019…

Comment informer et conseiller les jeunes dans leur orientation si l’on ne connaît pas déjà le contenu des disciplines que le Conseil supérieur des programmes doit finaliser avant le début de l’année 2019, voire plus tôt, si je ne me trompe pas ? Ou alors, mais je n’ose le penser, le ministère aurait-il des programmes tout prêts et utiliserait-il le Conseil supérieur des programmes pour une pseudo-concertation déjà bien préparée ?

Enfin, comme l’a dit mon excellent collègue Pierre Ouzoulias, n’a-t-on pas fait les choses dans le désordre en lançant Parcoursup dès la rentrée de 2018, avant la réforme du bac de 2021 ? (Applaudissements sur les travées du groupe socialiste et républicain. – M. Pierre Ouzoulias applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale. Monsieur Magner, je vous remercie de votre question, qui me permet de prolonger la réponse que j’ai apportée à la question précédente.

Il existe bien évidemment une cohérence formidable entre ce qui a été fait avec Parcoursup et la réforme du baccalauréat, depuis l’aval vers l’amont. Ne doutez pas que la ministre de l’enseignement supérieur et le ministre de l’éducation nationale y travaillent. Notre bonne entente – probablement inédite sous la Ve République, il faut le noter – nous permet cette vision complémentaire. Vous verrez, si vous ne le voyez déjà, qu’il existe une très grande cohérence entre le baccalauréat qui se profile et Parcoursup, dans une vision « lycée-licence » que nous assumons bien sûr pleinement.

Pour les avoir souvent lus ou entendus sur ces sujets, il ne m’échappe pas que de nombreuses caractéristiques du nouveau baccalauréat satisfont des souhaits que des sénateurs de différentes sensibilités politiques ont pu formuler par le passé. Je ne désespère pas de voir émerger un certain optimisme collectif sur l’accomplissement d’une réforme qui a été collectivement désirée… Je rappelle, du reste, qu’une grande consultation a eu lieu sur le sujet.

Pour ce qui concerne votre question, très légitime, sur l’implantation des spécialités, je répète que ce sont sept spécialités qui seront garanties à tous. En combinant ces sept spécialités, on offre déjà aux lycéens un choix plus large que ce que permettent les séries actuelles. Bien entendu, nous chercherons un juste milieu entre un système contraint, qui ne serait finalement que la reconduction des séries actuelles et ne changerait que les apparences, ce que nous voulons à tout prix éviter, et la fragmentation complète des choix, qui est de toute façon impossible compte tenu du nombre de combinaisons imaginables entre les douze spécialités. La présence d’au moins sept spécialités dans chaque lycée permettra ce juste milieu.

Nous assumons également pleinement une logique de réseau entre les lycées présents sur un même territoire, qui pourront, parfois, se partager les options. Au reste, cela correspond parfois à des réalités d’ores et déjà existantes. (M. François Patriat applaudit.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde.

Mme Françoise Laborde. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, ma première question est simple : le ministère de l’agriculture a-t-il pris une part suffisante dans l’élaboration de la réforme du baccalauréat appelée, sans vouloir vous manquer de respect, monsieur le ministre, « réforme Blanquer » ?

Les inquiétudes soulevées par les personnels de l’enseignement agricole et les premières annonces permettent d’en douter. L’agronomie devient une option facultative, alors qu’elle était un enseignement de spécialité obligatoire. Cette situation est inquiétante quand on sait que les titulaires d’un baccalauréat scientifique obtenu en lycée agricole se destinent souvent à devenir ingénieurs agronomes.

Le choix de seulement deux spécialités en terminale est problématique quand la poursuite d’études supérieures en requiert trois, comme en classe préparatoire véto-agro, qui exige un niveau élevé en mathématiques, physique et sciences de la vie et de la terre, ou SVT.

Par ailleurs, certains lycées agricoles ne seront pas en mesure de proposer tous les binômes de disciplines et, face à ce risque, les parents risquent de préférer les lycées privés. La question de la survie du service public de l’enseignement agricole est donc clairement posée.

Concernant le baccalauréat sciences et technologies de l’agronomie et du vivant, ou STAV, seul baccalauréat technologique de l’enseignement agricole, il sera modifié, sans que l’on dispose de beaucoup de précisions à ce jour. La réforme laisse planer le risque d’une diminution d’horaires, donc d’un appauvrissement des contenus. Pouvez-vous nous en préciser les contours ?

Par ailleurs, la filière de l’enseignement agricole, seule à être placée sous la responsabilité du ministère de l’agriculture, aurait été oubliée dans les choix proposés par Parcoursup. C’est grâce à la vigilance des enseignants que les filières proposées par les établissements agricoles ont été ajoutées. Certes, la double tutelle de cet enseignement ne simplifie pas les choses, mais comment mieux prendre en compte ces spécificités lors des réformes de l’éducation ? (Applaudissements sur les travées du groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen et du groupe Union Centriste. – M. Gérard Longuet applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale. Madame la sénatrice, comme vous le savez, je suis un grand défenseur de l’enseignement agricole et je ne rate jamais une occasion de dire qu’il se passe dans l’enseignement agricole des choses extrêmement intéressantes, qui peuvent même parfois servir de modèles pour les lycées de l’éducation nationale. (Mme Françoise Laborde acquiesce.) Vous pouvez donc être certaine que la réforme du baccalauréat ne vise à établir aucune compétition entre enseignement général et enseignement agricole. Elle témoigne encore moins d’un quelconque désir d’affaiblir ce dernier.

Bien entendu, la réforme, comme d’ailleurs toutes les réformes en la matière, a été conçue en lien avec le ministère de l’agriculture, comme le permet notre système institutionnel, et à la suite de discussions personnelles entre le ministre de l’agriculture et moi-même.

L’une des douze disciplines de spécialité a clairement été conçue pour être implantée dans les lycées agricoles : il s’agit de « biologie-écologie », héritière des séries existantes. Cette discipline peut d’ailleurs grâce au nouveau système, qui est plus modulaire, permettre des ponts plus importants qu’aujourd’hui entre l’enseignement agricole et les filières générales, qui y sont souvent présentes. C’est donc plutôt un enrichissement des possibilités et des opportunités qui s’ouvre avec ce nouveau baccalauréat, qui, en étant plus modulaire, est aussi plus interconnecté. On pourra le constater entre l’enseignement agricole et l’enseignement général, comme entre celui-ci et l’enseignement technologique, l’enseignement professionnel et, même, les baccalauréats internationaux.

Bien évidemment, il faudra examiner chaque cas spécifique. Vous avez évoqué la classe préparatoire aux écoles vétérinaires, qui est peut-être l’un des cas extrêmes. Nous y avons pensé, notamment en créant les options « mathématiques expertes » et « mathématiques complémentaires », qui permettent, par exemple, de choisir la physique, les SVT et les mathématiques, soit les trois disciplines que vous avez mentionnées, madame la sénatrice.

Nous avons évidemment travaillé à partir des cursus et des attendus de l’enseignement supérieur, ce qui normalement ne créera pas d’angle mort dans le continuum « lycée-licence » que nous appelons de nos vœux.

Mme la présidente. La parole est à Mme Françoise Laborde, pour la réplique.

Mme Françoise Laborde. Je vous remercie de votre réponse, monsieur le ministre. Je sais que vous pensez que l’enseignement agricole est un enseignement de qualité et que vous le citez en exemple. Nous le faisons aussi.

Nous devons être très attentifs. C’est pourquoi je vous demande de vous assurer, en coordination avec les autres ministères – nous rencontrerons bientôt Mme Vidal –, que, en amont, aucun baccalauréat d’aucune filière n’a été oublié et que, en aval, les futurs bacheliers auront bien accès à toutes ces filières, grâce à Parcoursup.

Mme la présidente. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, simplifier l’organisation d’un examen bicentenaire et mieux armer les bacheliers dans la perspective de leurs études est un objectif que nous ne pouvons que saluer, d’autant qu’il répond aux attentes de la plupart des acteurs du monde éducatif, favorables à une évolution de ce qui s’apparente aujourd’hui à un rite de passage.

L’examen reste la clef d’entrée vers le supérieur, mais la situation est paradoxale : les taux de réussite du baccalauréat frôlent les 90 %, alors que nombre de bacheliers échouent ensuite à l’université. Sa sélectivité est désormais remplacée par le jeu des mentions et des filières. La convoitée mention « Très bien » est le nouveau sésame pour franchir la porte des établissements les plus prestigieux. Il y a non plus un bac, mais des bacs. Aussi le baccalauréat, ce « quelque chose d’incroyablement antique » décrit par Sartre, mérite-t-il cette nouvelle réforme, positive en bien des points.

Monsieur le ministre, je souhaite aujourd’hui mettre l’accent sur le grand oral, qui remettra à l’honneur une capacité fondamentale, que chacun doit maîtriser au plus tôt : savoir s’exprimer en public de façon claire et intelligible. Cet oral dit « de maturité » sera préparé dès la classe de première et viendra valider la capacité du lycéen à mener un projet qui lui est propre et son aptitude à le vendre face à un jury.

Les compétences recherchées répondent également aux besoins du marché du travail et de l’économie. Aujourd’hui, on attend du futur salarié non seulement qu’il soit apte à s’exprimer correctement en public, mais aussi qu’il soit capable de mener à bien une réalisation personnelle.

Toutefois, monsieur le ministre, et c’est l’objet de ma question, le futur grand oral du bac est une bonne initiative à condition d’y mettre les moyens : formation des enseignants aux techniques oratoires, heures spécifiques dédiées à leur apprentissage dans l’emploi du temps scolaire, valorisation de la parole de l’élève pendant les cours… J’y ajoute les dispositions relatives aux élèves qui présentent un handicap.

Pouvez-vous donc nous décrire les moyens que vous comptez déployer pour que ce projet de grand oral soit véritablement républicain ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale. Madame la sénatrice, je vous remercie de m’offrir l’occasion d’approfondir cette question, que j’ai brièvement évoquée tout à l’heure.

Un nouveau baccalauréat donne un signal à l’ensemble du système scolaire, dès la classe maternelle – j’insiste sur ce point –, avec un impact sur la conception des programmes et les recommandations pédagogiques.

Pour citer un exemple extrême, les Assises de l’école maternelle, qui se sont tenues voilà quelques mois, ont mis l’accent sur la confiance en soi et la capacité à s’exprimer dès l’école maternelle. C’est donc un signal que nous envoyons à tout le système scolaire.

D’ailleurs, ce signal vaut pour les disciplines en tant que telles, mais aussi pour l’ensemble des activités. Je pense à l’éducation artistique et culturelle, qui prend une dimension nouvelle. Voilà deux semaines, la ministre de la culture et moi-même avons annoncé notre stratégie en la matière. Cette stratégie a clairement identifié l’oral comme un élément essentiel, d’où l’accent mis, en particulier, sur les pratiques théâtrales.

J’ai annoncé, à cette occasion, que l’enseignement du français serait renforcé en classe de troisième, à hauteur d’une demi-heure supplémentaire. Il s’agit justement de consacrer plus de temps à l’entraînement à l’argumentation en classe de troisième. Cela permettra d’ailleurs de faire d’une pierre plusieurs coups, l’enseignement du français s’étant effiloché sur le plan quantitatif dans les classes de collège ces dernières années, comme beaucoup nous l’ont signalé.

Cette mesure s’accompagnera également d’une évolution des programmes, y compris de français, cette fois-ci au lycée. Nous attendons les nouveaux programmes pour la fin du mois d’octobre.

J’en profite pour dire qu’ils n’ont pas été pré-écrits par mes soins ! Au reste, imaginer que je puisse rédiger des centaines de pages en la matière serait présumer de mes capacités de travail… C’est presque un hommage rendu à ma personne ! (Sourires.) La réécriture des programmes est le fruit d’un travail collectif, auquel plus de quatre cents personnes contribuent.

La réforme du baccalauréat est un signal envoyé sur les compétences nécessaires. C’est aussi un enjeu de justice sociale. On dit parfois que l’oral est discriminant socialement. Ceux qui l’affirment devraient souvent se montrer plus subtils, mais le fait est que, précisément parce que l’oral est éventuellement discriminant entre les élèves, il faut préparer les élèves, tout au long de leur scolarité, à être bons en la matière.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir.

M. Stéphane Piednoir. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, le baccalauréat fait partie de notre paysage depuis plus de deux siècles. Autant dire qu’il constitue désormais une véritable institution, dont chaque famille s’est saisie, d’autant plus depuis la massification de l’accès à ce diplôme, décrétée au beau milieu des années quatre-vingt.

Réformer le baccalauréat, c’est donc s’adresser à chacune de ces familles concernées à plus ou moins long terme par ce diplôme, qui a nécessairement un avis sur toute mesure en modifiant l’accès. Mais réformer le baccalauréat, c’est aussi s’adresser aux professeurs, qui appliquent bon gré mal gré les différentes réformes voulues par les ministres qui se succèdent.

Il n’est pas question pour moi de trancher la question du niveau qui monte ou qui baisse. Néanmoins, il n’est pas possible d’occulter le désarroi de ces professeurs qui constatent que, globalement, les élèves obtenant ce premier diplôme de l’enseignement supérieur sont de moins en moins armés pour affronter ce dernier.

Les professeurs émettent également quelques inquiétudes sur la disparition des séries. Vous le savez, certaines filières de l’enseignement supérieur sont organisées en fonction du baccalauréat que l’on a obtenu. Pour illustrer mon propos, je prendrai l’exemple, que nous connaissons bien tous les deux, monsieur le ministre, des classes préparatoires aux grandes écoles de commerce et de management.

Ma question est simple : si, demain, les séries S et ES disparaissent, comme la réforme le prévoit, quel est l’avenir des classes préparatoires ECE – économiques et commerciales, option économique – et ECS – économiques et commerciales, option scientifique ? Est-il envisagé de fusionner ces deux séries, de faire de grandes classes à quarante-huit étudiants, dont on sait qu’elles sont beaucoup moins efficientes, ce qui permettrait, au passage, de réaliser de substantielles économies d’échelle ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de léducation nationale. Monsieur Piednoir, le sujet de la hausse du niveau est évidemment très important. Vous le savez, j’ai l’habitude de résumer la réforme de l’éducation nationale que nous avons à mener en disant qu’elle vise deux objectifs, qui sont en fait les deux faces d’une même réalité : l’élévation du niveau général et la justice sociale. Nous aurons la justice sociale par l’élévation du niveau général, et l’élévation du niveau général par la justice sociale.

C’est le sens, par exemple, du dédoublement des classes de CP et de CE1. C’est le sens de la priorité donnée à l’école primaire et de notre volonté que les élèves entrant dans l’enseignement secondaire maîtrisent les savoirs fondamentaux, alors même que, aujourd’hui, vous avez raison de le dire, certains accèdent à l’enseignement supérieur sans bien maîtriser ces savoirs.

Nous avons beaucoup à reprendre dans le système scolaire pour donner aux élèves une assise plus forte le plus tôt possible. Nous abordons chaque étape avec beaucoup de rigueur. C’est le sens du test de positionnement en début d’année de seconde, qui vise à évaluer le niveau en français et en mathématiques. Ce test, auquel tous les élèves de seconde de France ont été soumis ces derniers jours, est en train d’être traité informatiquement. Il nous permettra de connaître le niveau de chaque élève et de déclencher l’aide personnalisée trois ans avant l’entrée dans l’enseignement supérieur, pour combler les éventuelles failles.

En ce qui concerne l’impact sur les classes préparatoires, je veux souligner à quel point le travail du Conseil supérieur des programmes a été conditionné par les observations des acteurs de l’enseignement supérieur, notamment les professeurs d’université et de classes préparatoires, qui nous ont signalé, par exemple en sciences ou dans les disciplines mathématiques que vous évoquez, un affaissement du niveau, probablement lié au fait que les programmes ne sont pas suffisamment approfondis.

L’une des vertus de la réforme du baccalauréat sera de permettre à chaque élève ayant choisi une spécialité de l’approfondir plus qu’auparavant. Cela signifie que tout élève qui choisit une discipline qui lui aurait été enseignée dans l’une des séries étudiera autant ou plus cette matière qu’avant la réforme. Par ailleurs, les programmes iront plus loin.

Une hausse du niveau est donc attendue, mais aussi une hausse du désir. C’est précisément parce que les élèves auront le choix entre un plus grand nombre de spécialités qu’ils en approfondiront l’étude avec plus de plaisir. (M. François Patriat applaudit.)