Appartenance politique :
Groupe Socialiste
État civil :
Né le 3 janvier 1904
Décédé le 24 octobre 1968
Profession :
Inspecteur des Finances
Département :
Hautes-Alpes

Elu le 27 octobre 1957
Fin de mandat le 26 avril 1959 (Elu(e) sénateur de la cinquième République)

1940-1958  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)
Ve République  (Extrait du Dictionnaire des parlementaires français)

1940-1958

TRON (Ludovic)

Né le 3 janvier 1904 à Molines-en-Queyras (Hautes-Alpes)

Décédé le 24 octobre 1968 à Paris

Sénateur des Hautes-Alpes de 1957 à 1958

Fils d'un fonctionnaire des douanes, Ludovic Tron est né à Molines-en-Queyras dans les Hautes-Alpes le 3 janvier 1904.

Après de brillantes études secondaires au collège d'Embrun, il entre en mathématiques spéciales au lycée de Grenoble avant d'intègrer en 1924 l'école polytechnique. Décidant de compléter sa culture scientifique par une formation économique et financière, il est d'abord rédacteur au ministère des finances en 1927 puis est reçu au concours de l'inspection des finances en juin 1930. Il remplit ensuite entre 1934 et 1936 diverses fonctions dans les ministères du commerce, de l'intérieur, des travaux publics et des finances comme adjoint au chef de cabinet ou chargé de l'étude des questions financières. En 1937, Vincent Auriol le nomme à la tête de la direction des finances du protectorat marocain.

Après avoir effectué la campagne de France comme sous-lieutenant, il est nommé secrétaire aux finances du gouvernement d'Alger en décembre 1942. Engagé volontaire dans la première armée française avec le grade de lieutenant d'artillerie en août 1943, Ludovic Tron participe aux campagnes d'Italie et de France puis est chargé de cabinet du général de Lattre de Tassigny à la Libération. Démobilisé comme chef d'escadron de réserve, il se voit attribuer la croix de guerre 1939-1945 avec citation et la croix de l'ordre du British Empire ; il présidera par la suite l'Association Rhin et Danube jusqu'en 1957, date à laquelle il sera promu commandeur de la Légion d'honneur.

Directeur général des contributions directes et du cadastre en 1945, il est nommé l'année suivante à la direction du crédit du ministère des finances avant de se voir confier la direction du cabinet d'André Philip, ministre de l'économie nationale et des finances. En 1947, après avoir occupé la présidence de la Caisse centrale de crédit coopératif, Ludovic Tron rejoint la Banque nationale pour le commerce et l'industrie (BNCI), l'une des quatre banques nationalisées, dont il assure la présidence pendant dix ans, fonction à laquelle viennent rapidement s'ajouter beaucoup d'autres : administrateur de la BNCI-Afrique, de la Compagnie sucrière marocaine, de la Foncière-Transports et des laboratoires Roger Bellon puis président de la Société pour l'étude et le développement de l'industrie, de l'agriculture et du commerce (Sediac), membre de la commission de réforme fiscale et président de l'Union française d'outre-mer (1952), membre de la commission d'études des plans de modernisation et d'équipement de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc au commissariat général au Plan (1953), membre du conseil technique institué pour l'élaboration du statut de l'Agence France-Presse (1954).

Conseiller général socialiste indépendant du canton d'Embrun depuis 1951, Ludovic Tron, qui vient d'être nommé inspecteur des finances hors cadre, se présente sous l'étiquette Union socialiste et républicaine à l'élection partielle du 27 octobre 1957 destinée au remplacement du sénateur des Hautes-Alpes Aristide de Bardonnèche, décédé. Il est alors élu au second tour du scrutin par 163 voix contre 155 au candidat démocrate-chrétien Jean Aubin sur 318 suffrages exprimés. Rattaché administrativement au groupe SFIO du Conseil de la République, il siège à la commission du suffrage universel. Durant ce bref mandat (1957-1959), il intervient dans la discussion de la proposition de loi relative à l'amélioration de l'habitat rural le 21 janvier 1958 puis prend part à la discussion du projet de loi relatif à la réparation des dommages causés par les inondations de juin 1957 dans les départements alpins le 11 mars 1958.

Les 2 et 3 juin 1958, Ludovic Tron vote n'accorde pas les pleins pouvoirs au gouvernement mais il approuve la révision constitutionnelle.

Ve République

TRON (Ludovic, Charles)

Né le 3 janvier 1904 à Molines-en-Queyras (Hautes-Alpes) Décédé le 24 octobre 1968 à Paris

Sénateur des Hautes-Alpes de 1957 à 1968

En votant contre les pleins pouvoirs le 2 juin 1958, mais pour la révision constitutionnelle le lendemain, Ludovic Tron a pris une position d'opposant au pouvoir gaulliste. Ses critiques devaient se faire plus sévères avec le temps et prendre parfois la forme de véritables philippiques. Il sollicite le renouvellement de son mandat de sénateur lors des élections du 26 avril 1959 dans les Hautes-Alpes et se réclame de la gauche modérée. En tête à l'issue du 1er tour, il l'emporte lors du scrutin décisif avec 180 voix sur 302, contre 122 au maire radical de Gap, Emile Didier.

Ludovic Tron siège à la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation et est rattaché administrativement au groupe socialiste du Sénat jusqu'en 1968. Il est élu membre du Sénat de la Communauté en juillet 1959 et appartient au Conseil supérieur de la coopération au début de la Ve République. Très actif à la Haute assemblée, il y consacre l'essentiel de son attention aux problèmes économiques et financiers. Cet ancien inspecteur des finances ne les envisage pas sous un angle étroitement technique. Il reconnaît ainsi avec humour, lors de la séance publique du 20 juillet 1959, que l'uniformité des tarifs du gaz et de l'électricité sur tout le territoire français a ses mérites : elle évite d'avoir à arbitrer entre les

« régions productrices ?qui? demandent des tarifs réduits parce qu'elles sont productrices », les « régions de grande consommation ?qui? demandent des prix réduits parce qu'elles ont une grande consommation » et « les régions de faible consommation ?qui? demandent des prix réduits parce qu'elles ont une faible consommation » ! Cette uniformité gênerait toute « politique de régionalisation », puisqu'elle ne contrarie pas « le formidable attrait qu'exercent [...] la région parisienne et les régions déjà industrialisées ». Il considère au contraire le recours aux « tarifs différenciés » comme inéluctable. Le 18 novembre 1959, il conteste l'opportunité d'une réforme du contentieux fiscal et des aménagements fiscaux qui s'apparente à « une belle construction cartésienne » quand il faudrait opter, selon lui, pour « un système pratique ». Il rappelle avec autorité que l'impôt est fait « pour être supportable par les contribuables » et non « pour la commodité des techniciens » et juge

« extravagant » le taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Ludovic Tron critique également la répartition des

impôts : les salaires et le travail sont, à ses yeux, trop lourdement taxés. A la différence de nombre de ses collègues radicaux ou socialistes, il pousse l'hostilité au gouvernement Debré jusqu'à lui refuser les pouvoirs spéciaux au lendemain de la semaine des barricades (3 février 1960). Au nombre des 38 autres membres de la Chambre haute qui adopte cette position figure François Mitterrand, alors sénateur de la Nièvre.

Ludovic Tron regrette au printemps 1962 que l'occasion d'une « véritable réforme fiscale » n'ait pas été saisie au début de la Ve République. Plusieurs pistes auraient pu être suivies à cette occasion, qu'il s'agisse de

« l'unification des abattements », de l'élimination de « la fraude sur les frais professionnels et sur les déficits par la pratique de contrôles successifs et répétés », « de la taxation des plus values » ou de la mise en place « du mécanisme des retenues à la source ». Il demande en outre au Gouvernement de consentir à « un desserrement vraiment substantiel des cinq premières tranches de l'impôt progressif », qui profiterait entre autres aux « cadres, petits et moyens » (séance du 24 mai 1962). Ludovic Tron est élu président du Conseil général des Hautes-Alpes

en 1961. Puis, il est confirmé dans son mandat de sénateur le 23 septembre 1962 : 175 voix sur 312 se portent en effet sur son nom au second tour.

Il publie Les métamorphoses de la France en 1961, puis Opposition à sa Majesté en 1964, ouvrages dans lesquels il critique très sévèrement la politique économique et sociale des gouvernements Debré et Pompidou. Il fait partie de la Convention des institutions républicaines dès l'été 1964 et se rapproche alors de François Mitterrand. Le sénateur des Hautes-Alpes multiplie les articles ou tribunes dans la presse nationale. Sa prédilection pour les questions financières ne l'empêche pas d'y aborder parfois les problèmes institutionnels ou de politique étrangère. Sa compétence reconnue vaut à Ludovic Tron de détenir le portefeuille - virtuel - des finances dans le contre-gouvernement de l'opposition que dirige François Mitterrand à partir de mars 1966. Au Sénat, l'activité de l'ancien inspecteur des finances ne faiblit pas après 1962. Rapporteur spécial du budget des charges communes de 1959 à 1968, il en dénonce avec constance la présentation trop peu lisible. Il note ainsi, le

28 novembre 1967, que ce budget « contient plusieurs chapitres qui trouv?er?aient plus logiquement leur place dans les budgets des ministères directement concernés ». Ludovic Tron restitue une dimension politique à ce qui pourrait n'apparaître que comme un point de technique budgétaire : « il est ?en effet? de tradition que les chapitres du budget des charges communes fassent l'objet d'une discussion relativement sommaire » alors que, s'ils étaient inscrits aux budgets des ministères concernés, « la subvention en matière de céréales, de sucre, ou les crédits destinés à la recherche aéronautique », par exemple, seraient discutés plus en détail. Le sénateur des Hautes-Alpes ne va pas cependant jusqu'à affirmer que le Gouvernement escamote de la sorte une partie du débat parlementaire.

Il est rapporteur du projet de loi portant unification ou harmonisation des procédures, délais et pénalités

en matière fiscale en 1963, puis d'un texte qui amende les statuts de la Banque de France en octobre 1965. Ludovic Tron se montre très hostile à la force de frappe, qu'il juge trop coûteuse pour la France. Elu local, il s'indigne des déclarations de responsables de l'Union pour la nouvelle République (UNR) qui ont envisagé, au lendemain des élections législatives de mars 1967, de réserver un traitement de faveur aux territoires qui ont voté pour la majorité (question orale du 11 avril 1967). Il approuve la réforme des régimes matrimoniaux (11 mai

1965) et la légalisation de la contraception médicamenteuse (5 décembre 1967).

Ludovic Tron s'éteint à l'automne 1968, des suites d'une longue maladie. Lors de la séance du

5 novembre 1968, le président du Sénat Alain Poher rend hommage à cet homme qui fut plus qu'un technicien des finances : un élu aux « vue?s? profondément humaine?s? et fraternelle?s? ». Son suppléant, l'ancien député du Mouvement républicain populaire (MRP), Jean Aubin, lui succède à la Haute assemblée.

Extrait de la table nominative

Résumé de l'ensemble des travaux parlementaire
de Ludovic TRON

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