La délégation aux Entreprises du Sénat a désigné les sénateurs Damien Michallet, Laurence Garnier et Jérôme Darras pour élaborer, au cours du premier semestre 2026, un rapport d'information consacré aux "entreprises et l'intelligence artificielle".

Pourquoi ce contrôle ?

Prolongeant le rapport de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques "ChatGPT, et après ? Bilan et perspectives de l'intelligence artificielle", ce rapport souhaite évaluer l'impact de l'usage de l'IA sur les entreprises "classiques" qui ne sont pas des AI-First Companies, mais sont en train de se numériser voire ne le sont pas encore, et sur l'emploi ou l'employabilité des salariés confrontés à cette évolution technologique et économique fondamentale, laquelle semble à l'aube d'une révolution interne, basculant des modèles génératifs actuels tels que les LLM (Large Language Models) vers l'architecture JEPA (Joint Embedding Predictive Architecture) des World Models, qui prolongent cette logique en construisant un véritable “simulateur interne” du réel. 

Les enjeux sur l'entreprise sont considérables. Dans la robotique, seul un système capable de prédire les conséquences de ses mouvements peut manipuler des objets de manière fiable. Dans la logistique, l’anticipation des perturbations devient une condition de performance. Dans l’énergie, la modélisation des matériaux et des réactions chimiques nécessite une compréhension fine des dynamiques microscopiques. Dans les logiciels d’entreprise, la planification sur plusieurs étapes deviendra un prérequis pour toutes les tâches complexes. Tout ce que les LLM font aujourd’hui par approximation linguistique, pourrait être recréé sur des mécanismes de prédiction et de simulation. Les entreprises en sont-elles conscientes ?

L'impact de la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (SNIA) et de la stratégie européenne  (plan d’action pour le continent de l’IA d’avril 2025,  stratégie Appliquer l’IA d'octobre 2025) sur les entreprises seront évaluées. Elles cherchent à développer une IA basée sur les données, infrastructures et réseaux nationaux ou européens. L’IA souveraine est une approche locale qui crée un environnement plus confiné et contrôlé, notamment pour respecter des réglementations plus strictes en matière de confidentialité des données. Avec l’IA souveraine, un pays ou une région étend sa souveraineté à l’entraînement, au déploiement et à l’utilisation des modèles. La France ou l'Europe se sont fixé des objectifs ambitieux : sont-ils réalistes ?

Avec l'IA, l’automatisation des tâches engendrerait disparition et transformation d'emplois. Les projections restent toujours difficiles à analyser compte tenu d’une part de l’accélération de l’innovation technologique et d’autre part de la création d’emplois qu’elle suscite (dans la robotique, gestion des datas, cybersécurité…). L’emploi ne sera pas supprimé par l’IA, mais le salarié pourrait être remplacé par quelqu’un qui maîtrise mieux ses outils. Quelles politiques sont conduites ou envisagées pour accompagner les mutations de l'emploi ?

Les auditions, déplacements sur le terrain et à l’étranger privilégieront une approche du sujet « à hauteur des entreprises ».