L'OPECST a décidé d'organiser une audition publique consacrée aux hantavirus et aux zoonoses afin de comprendre leurs implications pour la science et la société et de tirer les premières leçons de l’épidémie de la souche andine du hantavirus apparue au mois de mai 2026.
Pourquoi ce contrôle ?
Le signalement d’un cluster de cas de la souche andine du hantavirus à bord du navire MV Hondius au début du mois de mai 2026, a rapidement mobilisé la communauté scientifique et les pouvoirs publics. Cette crise a parfois donné lieu à des réactions disproportionnées, voire déconnectées de la réalité du risque, dans le débat public et médiatique. Alors que les activités humaines comme la transformation des écosystèmes menacent d’accroître la récurrence des crises épidémiques, l’Office a décidé de faire un point sur le hantavirus – et, plus largement, sur la question des zoonoses –, afin d’en déterminer les implications pour la science et la société.
Avec une approche pluridisciplinaire, cette audition publique a cherché à répondre à plusieurs grandes interrogations. Que sont les hantavirus, leurs caractéristiques, les possibilités de prise en charge clinique, et les spécificités de la souche Andes ? Quel est l’état actuel de la recherche sur le sujet ? Comment l’épidémie liée à la souche andine s’inscrit-elle dans une dynamique plus large d’exposition accrue aux zoonoses, sous l’effet des activités humaines et des transformations des écosystèmes ? Que peut nous apprendre cet épisode sur notre rapport aux épidémies, leur représentation dans le débat public et leur gestion par les pouvoirs publics ?
Quels constats et recommandations ?
À l’issue de cette audition publique et alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement annoncé la fin de l’épidémie le 2 juillet 2026, l’Office dresse cinq principaux constats :
- les différentes espèces de la famille des hantavirus sont responsables de milliers de cas annuels partout dans le monde, d’une gravité variable. Contrairement à une idée répandue, elles ne sont pas apparues à l’occasion du foyer survenu sur le navire : les scientifiques les étudient en effet depuis plusieurs décennies ;
- le hantavirus Andes à l’origine du foyer d’infections sur le MV Hondius se distingue des autres hantavirus par sa létalité élevée et sa capacité de transmission interhumaine. Cependant, sa contagiosité semble limitée et conditionnée à des contacts étroits et prolongés. Aucun traitement ni vaccin n’est à ce jour approuvé ;
- la crise de mai-juin 2026 illustre l’importance des facteurs environnementaux, climatiques et socio-économiques dans l’émergence des zoonoses et met en exergue la nécessité d’une recherche pluridisciplinaire inspirée de l’approche « One Health » ;
- les réactions que cette crise a suscitées dans le débat public révèlent des rapports collectifs aux risques infectieux fortement marqués par la mémoire des épidémies passées, en particulier par la mémoire récente de la covid-19 ;
- la gestion de l’épisode, jugée globalement efficace, a reposé sur une importante mobilisation institutionnelle et scientifique. Elle s’est appuyée sur un principe de « précaution maximale » qui a permis de prévenir l’apparition de cas secondaires.
Compte tenu de ces observations, l’Office a adopté quatre recommandations :
- poursuivre la recherche sur la famille des hantavirus, en renforçant les systèmes de surveillance en amont et en constituant des cohortes de suivi des cas et de leurs contacts en aval, afin de mieux connaître ces virus, de prévenir leur transmission à l’homme, et d’orienter leur gestion sanitaire dans l’hypothèse de futurs foyers ;
- encourager la création de plateformes collaboratives internationales pour le développement de traitements et de vaccins, afin de mutualiser les coûts et de pallier la défaillance de marché liée à la rareté des cas, qui pourrait conduire à un sous-financement de ces initiatives par les acteurs privés ;
- poursuivre les efforts de financement des projets de recherche adoptant l’approche One Health et favoriser la constitution d’équipes pluridisciplinaires afin de renforcer la prise en compte et l’efficacité des systèmes d’alerte précoce, fondés sur la surveillance des réservoirs animaux et des déterminants climatiques qui les influencent ;
- poursuivre les efforts de pédagogie auprès du grand public, en amont comme pendant les périodes de crise, en s’appuyant sur des outils et des modalités de communication qui permettent de susciter la confiance envers la parole institutionnelle et scientifique.