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Projet de loi de finances pour 2010 : Enseignement scolaire

 

B. DES PARCOURS PÉDAGOGIQUES ENCORE FLOUS

1. L'enjeu de la carte des formations

Le rapport des inspections générales a noté une forte hausse de l'offre de CAP à la rentrée 2009 dans la plupart des académies. À titre d'exemple, on peut mentionner l'académie de Versailles, qui a ouvert mille places supplémentaires soit 30 % d'augmentation, et celle de Strasbourg où 316 places nouvelles sont offertes, soit 25 % de hausse. À l'inverse, l'académie de Caen a stabilisé son offre.17(*) Cette augmentation de l'offre, qui a vocation à absorber les flux dirigés jusqu'à présent vers le BEP, ne doit pour autant pas conduire à une orientation excessive vers le CAP à l'issue de la 3e.

Sur les quatre académies suivies par les inspections générales, le baccalauréat représente entre 61 % et 69 % de l'offre de formation.18(*) Si l'on examine plus finement les spécialités offertes en CAP et en baccalauréat, on constate toutefois une hétérogénéité certaine entre les académies. Ces divergences dépendent pour une part du tissu économique propre à chaque région, mais elles sont aussi directement liées au principe d'autonomie placée au coeur de la réforme. Sur ce point, il conviendra d'être très vigilant pour que le désir souhaitable d'adapter la carte des formations à la situation locale de l'emploi ne nuise pas à l'équité entre les territoires, les établissements et in fine les élèves.

Il ne serait pas non plus acceptable que le critère de l'éloignement géographique surdétermine le choix tant de diplôme (CAP ou bac professionnel) que de spécialité. Dans les zones rurales en particulier, la rareté de l'offre conduit trop souvent à choisir la spécialité offerte dans le lycée du chef-lieu de canton. Bien qu'il soit impossible de garantir la présence de tout l'éventail des formations en tout point du territoire, votre rapporteure estime néanmoins que doit être garantie dans chaque département une diversité suffisante pour ne pas contraindre inutilement le choix des élèves et de leurs familles.

De plus, la pérennisation de formations liées traditionnellement à un bassin d'emploi ne devrait pas conduire à une spécialisation excessive dans des secteurs d'activité en déclin.

Votre rapporteure tient également à ce qu'une attention particulière soit portée aux élèves de 3e les plus fragiles, notamment issus de SEGPA ou de classes d'insertion, afin qu'aucun d'entre eux ne soit laissé de côté et que tous trouvent une place dans la filière de leur choix.

En particulier, il conviendra de veiller à ce que le calibrage des CAP soit suffisamment large pour pouvoir les accueillir. En effet, la hausse des inscriptions en CAP concerne pour partie des publics dont les difficultés scolaires étaient moins grandes et qui étaient autrefois orientés vers le BEP. Dès lors, la concurrence entre les élèves s'est accrue pour obtenir une place CAP de leur choix, ce qui ne peut qu'aggraver la situation des plus fragiles venant de SEGPA ou de 3e d'insertion.

Enfin, la cohérence des formations doit être assurée, de telle sorte qu'il existe au niveau d'une même zone géographique une offre à la fois de CAP et de bac professionnel dans des spécialités proches. Tout défaut de cohérence risquerait en effet de contraindre les élèves souhaitant avant tout entrer dans une spécialité donnée à choisir le diplôme (CAP ou baccalauréat professionnel) existant près de chez eux. Ils ne prendraient pas alors assez en considération la spécificité de chacun des deux parcours de formation conduisant au diplôme, ce qui pourrait entraîner certaines désillusions.

Il paraît donc important qu'au sein d'un même territoire, le choix d'un diplôme et d'une spécialité soit le résultat d'une réflexion, accompagnée par l'ensemble de l'équipe éducative, et non uniquement dicté par l'organisation contingente de l'offre de formation locale.

En outre, l'effectivité des passerelles entre le CAP et le bac professionnel dépend très étroitement de la carte des formations. Les désajustements entre l'offre de CAP et les offres de baccalauréats rendent caduques dans la pratique les possibilités de réorientation.

En résumé, le calibrage de l'offre et sa répartition géographique sont des éléments clés de la réussite de la rénovation de la voie professionnelle. C'est un des points essentiels pour ne pas laisser s'aggraver les inégalités territoriales et sociales. Il conviendra de réaliser un bilan très fin de tous les déséquilibres repérés localement afin d'y remédier dès la rentrée prochaine.

* 17 Igen-Igaenr, La rénovation de la voie professionnelle, rapport n° 2009-065, juillet 2009, p. 7.

* 18 Ibid., p. 4.