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Projet de loi de finances pour 2010 : Enseignement scolaire

 

2. Les pièges de l'utilitarisme

Actuellement semble prévaloir une conception utilitariste de l'orientation, qui la réduit au rôle d'un instrument de placement des élèves en fonction des besoins du monde du travail. Votre rapporteure déplore le succès de cette vision réductrice, qui conduit tôt ou tard au relâchement de l'effort de démocratisation des études et de lutte contre l'échec scolaire.

La conception utilitariste de l'orientation implique une réduction des actions menées à la simple information sur les métiers et les formations, sans tenir compte du niveau de maturité des élèves, ni du degré de stabilité de leurs goûts et de leurs ambitions.

Il est très regrettable que ne soient pas davantage prises en compte les capacités de projection dans l'avenir et les aspirations premières du collégien. On semble oublier, lorsqu'on ne se préoccupe que des débouchés et de l'insertion professionnelle immédiate, que choisir un métier, c'est aussi choisir un statut dans la société. Les adolescents en ont confusément conscience, ce qui signifie qu'une orientation par défaut et par l'échec peut leur apparaître comme un enfermement dans un rôle social qu'ils n'ont pas choisi. Il n'y a rien d'étonnant, dès lors, à ce que les ruptures de parcours scolaires soient nombreuses après une orientation imposée.

Au lieu de partir de la personnalité en construction du jeune, on ne se préoccupe que de l'offre préexistante d'emplois et de filières en lui intimant de faire un choix.

En outre, on estimera à tort ce choix d'autant plus éclairé et raisonnable qu'il sera appuyé sur une plus grande masse d'information. L'éducation à l'orientation devrait être aussi une éducation au traitement de l'information dont on sait que l'excès nuit tout autant que la rareté.

De l'abondance d'information ne saurait naître spontanément la décision d'orientation dans l'esprit du jeune. Il est nécessaire de lui apprendre à consolider ses intérêts pour telle ou telle activité, à analyser à travers ce prisme les formations et les métiers qui lui sont proposés pour qu'il puisse progressivement s'y projeter. Le processus d'orientation doit donc comprendre une phase d'éducation au choix, qui mobilisera nécessairement les connaissances et les compétences acquises à l'école ou au cours d'activités extérieures.

De ce fait, tout retard cognitif d'un enfant, et notamment en matière d'expression orale et de lecture, nuit en cascade à son appréhension correcte des carrières et des filières. L'orientation ne peut donc servir de palliatif à l'échec scolaire, puisqu'elle est elle-même compliquée par les difficultés scolaires.

On mésestime souvent les dégâts psychologiques des difficultés scolaires. Or, il est difficile de travailler à la construction d'un projet quand l'estime de soi est atteinte. C'est pourquoi la préparation de l'orientation nécessite l'intervention de personnels dont les compétences en psychologie de l'adolescent sont solides.

Loin de devoir servir à la gestion des flux sur le marché du travail, dans la seule perspective d'une optimisation économique, l'orientation doit au contraire être considérée comme un levier de développement et de réussite pour tous les élèves.